Idylles prussiennes, 1871
Paris
Ainsi, les nuits dans les tranchées,L’arme au pied, le froid et la faim,Les dures souffrances cachéesD’une attente morne et sans fin ;
Les batailles, les escarmouches,Le sang qui coule sur vos pas,Et les fusillades farouchesD’un ennemi qu’on ne voit pas ;
L’ami qui tombe, l’ombre noireOù le hasard seul est vainqueur ;La retraite après la victoire,Avec le désespoir au cœur ;
Les Parisiens gais et pâles,Devenus soldats en un jour,Ont subi ces angoisses mâlesAvec une extase d’amour.
Enfants d’une mère meurtrieQu’ils adorent tous à genoux,Les yeux tournés vers la Patrie,Ils ont dit à la Mort : Prends-nous !
Les blessés, fiers de leur martyre,Sans baisser leurs regards voilés,Ont vu même avec un sourireTomber leurs membres mutilés.
Dans la forteresse où nous sommes,Nous avons, sans reprocher rien,Rapporté morts des jeunes hommes,Et leurs mères ont dit : C’est bien.
Paris aux mille renomméesA levé son front de géant ;Il a fait sortir des arméesDe la misère et du néant.
Graveur sur l’or et l’améthyste,Tenant son délicat burin,Il a su, de sa main d’artiste,Fondre les lourds canons d’airain.
Partout, du faubourg Saint-AntoineA l’ancien boulevard de Gand,Il a mangé son pain d’avoineAvec un dandysme élégant ;
Et lorsque l’orage des bombesA formidablement tonnéSur nos palais et sur nos tombes,Ses femmes n’ont pas frissonné.
Tel fut Paris en ses désastres.Tel ce héros, dont le front bout,Tint son cœur plus haut que les astres,Saignant et lassé, mais debout !
Janvier 1871.
Versification
- Forme
- 12 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 12(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 12 quatrains
- Mots à la rime
- a tranchées / cachées féminine, classiqueb faim / fin masculine, classiquea escarmouches / farouches féminine, classiqueb pas masculine, classiquea noire / victoire féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquea pâles / mâles féminine, classiqueb jour / d’amour masculine, classiquea meurtrie / Patrie féminine, classiqueb genoux / Prends-nous masculine, classiquea martyre / sourire féminine, classiqueb voilés / mutilés masculine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb rien / bien masculine, classiquea renommées / armées féminine, classiqueb géant / néant masculine, classiquea l’améthyste / d’artiste féminine, classiqueb burin / d’airain masculine, classiquea Saint-Antoine / d’avoine féminine, classiqueb Gand / élégant masculine, classiquea bombes / tombes féminine, classiqueb tonné / frissonné masculine, classiquea désastres / astres féminine, classiqueb bout / debout masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1999· numérisation Peter Edwards· Sources