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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Idylles prussiennes, 1871

Le Moineau

Théodore de Banville· 14 quatrains, octosyllabes, 56 vers

Rien n’est plus utile, rien n’est meilleur
que d’avoir des ailes.Aristophane, Les Oiseaux.

Nous traversions une prairieDont le gazon à ciel ouvertBrillait d’un éclat de féerie ;Et sur son riant tapis vert,

D’où s’enfuit la blanche colombeEmportant son léger fardeau,Nous vîmes un éclat de bombeQue la pluie avait rempli d’eau.

Tirailleur précédant sa troupe,Un oiselet, un moineau-francBuvait à cette large coupe,Dont le dehors, taché de sang,

Était enfoncé dans la boue.Sans songer à rien de fatal,L’oiseau folâtre, qui se joue,Y buvait le flot de cristal.

Dans la prairie, où se lamenteLe zéphyr aux parfums errants,Je vis cette chose charmante,Et je m’écriai : Je comprends !

Je comprends enfin. O prairie,Sous ton beau ciel aérienCeux qui font la rouge tuerieNe l’auront pas faite pour rien !

Je disais parfois, je l’avoue,Pensant à ce qui nous est cher :A quoi sert le canon qui troueToutes ces murailles de chair ?

A quoi bon tant de meurtrissures ?Et, sous la mitraille de feu,Toutes ces lèvres des blessuresQue l’on entend crier vers Dieu ?

Guerre ! il faut que tu me révèlesPourquoi tes coursiers, en chemin,Foulent des débris de cervellesOù vivait le génie humain !

Oui, je parlais ainsi, poëteAyant en souverain méprisLa bataille, sinistre fête.Mais, à présent, j’ai tout compris !

Non, ce hideux massacre, où l’hommeÉgorge l’homme sans remords,N’était pas inutile, en somme,Puisque les amas de corps morts,

Tant de dépouilles méprisées,Ces pâles cadavres clouésA terre, ces têtes brisées,Tous ces affreux ventres troués

Aboutissent à quelque chose.Car s’éveillant, ô mes amis,Sous le regard de l’aube rose,Ce champ plein de morts endormis,

Ce charnier de deuil et de gloireAu souffle pestilentiel,A la fin sert à faire boireUn tout petit oiseau du ciel !

Novembre 1870.

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a prairie / féerie féminine, classiqueb ouvert / vert masculine, classiquea colombe / bombe féminine, classiqueb fardeau / d’eau masculine, classiquea troupe / coupe féminine, classiqueb moineau-franc / sang masculine, classiquea boue / joue féminine, classiqueb fatal / cristal masculine, classiquea lamente / charmante féminine, classiqueb errants / comprends masculine, classiquea prairie / tuerie féminine, classiqueb aérien / rien masculine, classiquea l’avoue / troue féminine, classiqueb cher / chair masculine, classiquea meurtrissures / blessures féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquea révèles / cervelles féminine, classiqueb chemin / humain masculine, classiquea poëte / fête féminine, classiqueb mépris / compris masculine, classiquea l’homme / somme féminine, classiqueb remords / morts masculine, classiquea méprisées / brisées féminine, classiqueb cloués / troués masculine, classiquea chose / rose féminine, classiqueb amis / endormis masculine, classiquea gloire / boire féminine, classiqueb pestilentiel / ciel masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1999· numérisation Peter Edwards· Sources