Idylles prussiennes, 1871
Les Fontaines
Lorsque la Ville était heureuse,Les fontaines, depuis l’aurore,Disaient d’une voix amoureuseLeur chanson tremblante et sonore.
Leurs gais jets d’eau, sous la feuilléeS’envolant en gerbes fleuries,Dans la lumière ensoleilléeÉparpillaient des pierreries,
Et, baignés d’une clarté blonde,Leurs bassins, riant sous les grilles,Reflétaient dans leur eau profondeLes visages des belles filles.
Même la nuit, quand sous la brumeParis, toujours prêt aux extases,Mettait à son front qui s’allumeUne parure de topazes,
Leur murmure disait encoreD’une voix amie et touchante :Noble Ville que l’Art décore,Vis et travaille en paix : je chante !
Et j’aimais jusqu’à leur silence !Mais à présent, dans les ténèbresChacun de leurs jets d’eau s’élanceEn jetant des plaintes funèbres.
Ainsi que des démons fantasquesMenant des danses illusoires,Je vois tristement dans leurs vasquesPasser de vagues formes noires.
De mystérieuses ChimèresS’y viennent ébaucher en foule,Et moi, plein de larmes amères,Je songe à tout le sang qui coule,
Versé, versé comme un flot sombrePar nos batailles incertaines,Quand j’entends s’exhaler dans l’ombreLe gémissement des fontaines.
Novembre 1870.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a heureuse / amoureuse féminine, classiqueb l’aurore / sonore féminine, classiquea feuillée / ensoleillée féminine, classiqueb fleuries / pierreries féminine, classiquea blonde / profonde féminine, classiqueb grilles / filles féminine, classiquea brume / s’allume féminine, classiqueb extases / topazes féminine, classiquea encore / décore féminine, classiqueb touchante / chante féminine, classiquea silence / s’élance féminine, classiqueb ténèbres / funèbres féminine, classiquea fantasques / vasques féminine, classiqueb illusoires / noires féminine, classiquea Chimères / amères féminine, classiqueb foule / coule féminine, classiquea sombre / l’ombre féminine, classiqueb incertaines / fontaines féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1999· numérisation Peter Edwards· Sources