Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le sang de la coupe, 1857

L’Invincible

Théodore de Banville· 6 huitains, octosyllabes, 48 vers

Ris sous la griffe des vautours,Cœur meurtri, que leur bec entame !Vas-tu te plaindre d’une femme ?Non ! je veux boire à ses amours !Je boirai le vin et la lie,O Furie aux cheveux flottants !Pour mieux pouvoir en même tempsTrouver la haine et la folie.

Dans mon verre entouré de fleursS’il tombe une larme brûlante,Rassurez ma main chancelante,Et faites-moi boire mes pleurs.Assez de plaintes sérieusesQuand le bourgogne a ruisselé,Sang vermeil du raisin fouléPar des Bacchantes furieuses.

Pour former la chaude liqueur,Elles n’ont pas, dans leurs victoires,Déchiré mieux les grappes noiresQu’elle n’a déchiré mon cœur.Amis, vous qui buvez en fouleLe poison de l’amour jaloux,Mon cœur se brise ; enivrez-vous,Puisque la poésie en coule !

C’est dans ce calice profondQue l’infidèle aimait à boire :Puisque au fond reste sa mémoire,Noble vin, cache-m’en le fond !J’y jetterai les rêveriesEt l’amour que j’avais jadis,Comme autrefois ses mains de lysY jetaient des roses fleuries !

Et vous, mes yeux, que pour miroirPrenait cette ingrate maîtresse,Extasiez-vous dans l’ivressePour lui cacher mon désespoir.Ces lèvres, qu’elle a tant baisées,Me trahiraient par leur pâleur ;Je vais leur rendre leur couleurDans le sang des grappes brisées.

Je noierai dans ce flot divinLe feu vivant qui me dévore.Mais non ! Elle apparaît encoreSous les douces pourpres du vin !Oui, voilà sa grâce inhumaine !Et cette coupe est une merD’où naît, comme du flot amer,L’invincible Anadyomène.

Novembre 1849.

Versification

Forme
6 huitains (huitains)
Rimes
6(abbacddc)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
6 huitains
Mots à la rime
a vautours / amours masculine, classiqueb entame / femme féminine, classiquec lie / folie féminine, classiqued flottants / temps masculine, classiquea fleurs / pleurs masculine, classiqueb brûlante / chancelante féminine, classiquec sérieuses / furieuses féminine, classiqued ruisselé / foulé masculine, classiquea liqueur / cœur masculine, classiqueb victoires / noires féminine, classiquec foule / coule féminine, classiqued jaloux / enivrez-vous masculine, classiquea profond / fond masculine, classiqueb boire / mémoire féminine, classiquec rêveries / fleuries féminine, classiqued jadis / lys masculine, classiquea miroir / désespoir masculine, classiqueb maîtresse / l’ivresse féminine, classiquec baisées / brisées féminine, classiqued pâleur / couleur masculine, classiquea divin / vin masculine, classiqueb dévore / encore féminine, classiquec inhumaine / Anadyomène féminine, classiqued mer / amer masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Le sang de la Coupe, Trente-six Ballades joyeuses, Le Baiser., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1857· numérisation poesies.net· Sources