Le sang de la coupe, 1857
Malédiction de Cypris
C’était le vendredi,‖ jour de Cypris la blonde,Un soir de juin ; bercés‖ par les flots attendris,Les iris pâlissants‖ croissaient au bord de l’onde ;Et, dans le Luxembourg,‖ ce paradis du monde,Les marbres de l’Attique,‖ amoureux de Paris,Voyaient l’air et les cieux‖ et la terre fleuris.
Leurs crinières au vent,‖ sur les quais pacifiquesLes régiments passaient,‖ cuirasses et musiques ;Et, dans le ciel en feu,‖ doré comme un fruit mûr,Au-dessus des palais‖ ceints de casques d’azur,Des cavaliers, vêtus‖ d’armures magnifiques,Sur leurs chevaux ailés‖ volaient dans le bleu pur.
Les filles de Coustou‖ rêvaient parmi les roses ;Les Satyres lascifs‖ souriaient à l’entour ;Sur les thyrses neigeux‖ des marronniers morosesLes oiseaux gazouillaient‖ aux derniers feux du jour,Et leur chant semblait dire‖ aux âmes longtemps closesDe chanter dans les fleurs‖ la chanson de l’amour.
Mais soudain, au milieu‖ du ciel plein d’allégresse,Rapide, et tout brillant‖ de la nacre des mers,Un char d’or, attelé‖ de blancs oiseaux, caresseL’azur vaste, et rayonne,‖ éblouissant les airs.Une femme, ou plutôt‖ une jeune DéesseEn descend, et son pied‖ foule nos gazons verts.
C’est Cypris. L’or divin‖ rit dans sa chevelure.Elle tient son grand arc ;‖ dans sa prunelle obscureS’ouvrent les profondeurs‖ d’un ciel oriental ;Sur son sein va fleurir‖ le rosier idéal,Et sur son dos, au lieu‖ de sa belle ceinture,Brillent les traits aigus‖ dans le carquois fatal.
Dès que Cypris ouvrit‖ sa bouche, urne choisie,Et de ses dents de lys‖ fit briller la blancheurSur sa lèvre divine‖ où court la fantaisie,L’air, empli de parfums,‖ de charme et de fraîcheur,Se teignit à l’entour‖ d’une rose lueur,Et la brise du soir‖ s’imprégna d’ambroisie.
Les étoiles d’argent,‖ moins blanches que sa chair,Semaient de diamants‖ sa chevelure rousseEt faisaient resplendir‖ son sourcil calme et fier :Les roses l’écoutaient,‖ assises dans la mousse.Elle dit, d’une voix‖ impérieuse et douceComme celle des flots‖ qui chantent dans la mer :
Toi que j’aime au-dessus‖ des Cyclades humidesEt de Paphos riante‖ où, sous mon pied nacré,Naissent à chaque pas‖ les boutons d’or splendides,L’églantine sanglante‖ et le myrte sacré,O Paris, ciel d’amour,‖ toi que j’ai préféréA mon écrin chéri‖ de vertes Atlantides !
O ville dont j’ai fait‖ mon temple et mon autel !J’ai voulu que vers moi,‖ tandis que tu t’affamesDe leurs yeux étoilés,‖ plus tendres que le ciel,Sur ma limpide mer‖ que sillonnent des rames,Le parfum de l’amour‖ idéal et charnelMontât incessamment‖ des grands cœurs de tes femmes !
J’ai baigné dans ton air‖ mon corps passionné ;Et secouant sur toi,‖ parmi les blonds zéphyres,Ma ceinture d’azur‖ et d’or, je t’ai donnéPour t’enivrer du vin‖ des pleurs et des sourires,Un harem éternel‖ de cent mille hétaïresPlus belles que Laïs,‖ Aspasie et Phryné.
Je t’ai donné Mailly,‖ Gabrielle, Fontanges,Diane, à qui ma sœur‖ prête son divin nom,Et Margot qui fut reine,‖ et cette sœur des angesLa Vallière aux yeux bleus,‖ que pleura Maintenon,Et Marion la folle,‖ et la sage NinonQui s’enivra cent ans‖ d’amour et de louanges ;
George, qui tout un soir‖ a soudain rajeuniUn parterre de rois‖ qu’on vit tressaillir d’aise ;La reine Caroline‖ et Pauline Borghèse,Ces déesses qu’aimaient‖ dans un siècle finiLes héros disparus,‖ et la CelianiQue Prudhon fait sourire‖ au soleil qui la baise.
Je t’ai donné Saint-Ange‖ habile à mes doux jeux,Blanche Colbert pareille‖ à Niobé, Lignolle,Ozy, les deux Arsène,‖ et Doche ton idole,Letellier blonde et blanche‖ aux cheveux radieux,Et cette Cléonice‖ insoucieuse et folleDont le châle est pareil‖ à la pourpre des Dieux.
Et pour cacher parmi‖ les Nymphes familièresLes baisers, la défaite‖ et les charmants refus,J’ai fait fleurir pour toi‖ mille jardins confusQu’Hésiode eût chantés,‖ qu’a chéris Deshoulières,Cythères et Paphos‖ pleins d’œillets et de lierres,De rivières d’argent‖ et d’ombrages touffus !
Montmorency, joyeux‖ de ses cerises roses,Bagatelle, où rêvant‖ sous un royal abri,La peinture d’amour‖ comme un lys a fleuri,Enghien, dont le lac pur‖ sourit aux cieux moroses,Maurecourt, Saint-Germain,‖ Fraisfontaine, Fleury,Grosbois, et Fontenay‖ que fleurissent les roses !
Enfin je t’ai donné,‖ pour embellir ta courEt pour rendre les cœurs‖ dociles à mes fêtes,Tous ces voluptueux‖ dont les âmes sont faitesPour réfléchir la grâce‖ et le divin contour,Les peintres, les sculpteurs,‖ et surtout les poëtes,Célestes messagers‖ amoureux de l’amour !
Je t’ai donné Ronsard‖ et le tendre RacineQui savaient tous les deux‖ la langue des amants,La Fontaine et Musset,‖ deux lyriques charmantsDont la Muse s’abreuve‖ à la même colline ;Coysevox et Coustou,‖ dont le caprice inclineDes marbres blancs et purs‖ comme des diamants ;
Ingres, qui travailla‖ pour les races futures,Prudhon qui m’a touchée‖ avec sa noble main ;Pradier et Gavarni,‖ qui rêvent en cheminUn paradis confus‖ de belles créatures ;Et le divin Balzac,‖ cet homme surhumainQui sait tous les secrets‖ de mes triples ceintures !
Et maintenant, orgueil‖ de ces coteaux penchants,O Thébaïde ! ô ville‖ interdite aux profanes !Paris ! j’ai traversé‖ les villes et les champs,Et je viens voir, du haut‖ de ces monts où tu planes,Comment tu fais l’amour‖ à ces belles sultanes,Dans ces jardins, parmi‖ ces marbres et ces chants !
Car l’amour est cette onde‖ où tout le corps se plongeEt dont la lèvre en feu‖ baise en riant les bords ;C’est ce vase d’eau pure‖ et cette fraîche épongeQui lave à ses baisers‖ les souillures du corps ;Et sans l’amour tout n’est‖ que folie et mensonge,Car tout est dans l’amour‖ et rien n’est en dehors.
C’est le seul vrai devoir‖ et la seule science ;Et les hardis plongeurs‖ dont le regard profondComme une vaste mer‖ fouille la conscience,N’ont rien trouvé de plus‖ en allant jusqu’au fond.Heureux celui qui voit‖ avec insoucianceLes idoles sans yeux‖ que les hommes lui font !
Aux parfums des jasmins‖ et de la tubéreuse,Dans les jardins aimés‖ du soleil radieux,Il s’enivre à loisir‖ d’accords mélodieux ;Nul souci ne s’attache‖ à sa vieillesse heureuse,Et dans les bras charmants‖ d’une vierge amoureuseCet homme fortuné‖ devient pareil aux Dieux.
Mais celui dont les dents‖ ont fui ma coupe amèreEt qui n’a pas dormi‖ sur un sein libre et fier,Quand sur lui tomberont‖ les neiges de l’hiverCelui-là pleurera‖ sur sa vaine chimère,Et, comme les guerriers‖ aux cuirasses de fer,Il maudira trois fois‖ son aïeule et sa mère !
En vain, son front couvert‖ d’augustes cheveux blancsBrillera, glorieux‖ de savoir et d’années ;Des fleuves couleront‖ de ses yeux ruisselantsEt feront deux ruisseaux‖ de ses tempes fanées,Car le désir mordra‖ ses lèvres décharnéesEt séchera les os‖ de ses genoux tremblants !
Enfin, lassé d’étreindre,‖ en ses nuits énervantes,La science inféconde‖ et la pâle amitié,Celui-là sentira‖ son cœur crucifié,Et, brûlé de mes feux‖ parmi ses épouvantes,Il traînera son front‖ sous les pieds des servantesEt baisera leur robe‖ en leur criant : Pitié !
Mais elles en courant‖ s’enfuiront dans les saules,Et riront du vieillard‖ au prochain cabaretAvec ce beau jeune homme‖ aux puissantes épaulesQui, dans l’allée en fleur,‖ sous l’ombrage secret,Marche en blouse et pieds nus‖ comme un enfant des Gaules,Et dont les noirs cheveux‖ semblent une forêt.
Ainsi parla Cypris.‖ Oubliant leurs querelles,Les oiseaux se taisaient ;‖ dans les roses pourprisLes lys ouvraient plus grands‖ leurs calices épris.Mais elle, fendant l’air‖ comme ses tourterelles,Elle vola, pliant‖ ses bras comme des ailes,Au sommet du palais,‖ et regarda Paris.
C’était bien cette ville‖ aux urnes débordéesQui donne à l’univers‖ ses flammes et ses flots,Et qui, belle comme Ève‖ et Ninon de Lenclos,Élève sur le front‖ des villes fécondéesSa lèvre que rougit‖ le vin et les sanglotsEt son front chevelu‖ d’où tombent les idées.
Sur les coteaux, avec‖ des rires convulsifs,Comme un beau corps la Ville‖ immense se déroule.Elle tient à la main‖ son large verre où couleUn vin plein de folie‖ et de désirs lascifs,Et s’admire géante,‖ et regarde la fouleAvec ses yeux de gaz‖ flamboyants et pensifs.
Ses grappes de maisons‖ semblent, dans la nuit noire,Des troupeaux dispersés‖ sur un grand territoireQue la Guerre a foulé‖ de son pied souverain ;Et, penchant leurs grands fronts‖ sur le fleuve serein,Ainsi que des béliers‖ se lèvent avec gloireSes mille monuments‖ de granit et d’airain.
Voici ses boulevards‖ où Londres et l’AsieViennent au même club‖ chercher la fantaisie ;Voici ses cabarets,‖ ses tapis baignés d’or,Ses fiers salons, son bal‖ qui passe au chant du cor,Et son drame, où le peuple,‖ empli de poésie,Ivre sous Frédérick‖ haletant, crie : Encor !
Voici ses régiments‖ superbes et terribles,Ses clairons, ses tambours,‖ ses jeunes officiers,Les hussards blancs et bleus,‖ les sapeurs invincibles,Les dragons revêtus‖ d’indomptables aciers,Les grenadiers géants,‖ les spahis, les lanciers,Et les carabiniers‖ aux crinières horribles.
O ville, enfin voici‖ tes salles d’opérasOù l’or, les diamants‖ et le satin ruissellent ;Là, chaque femme est reine,‖ et les moindres excellentPar la neige du front‖ et la blancheur des bras ;Tels, dans un salon clair,‖ sur les fonds de damasLes camellias blancs‖ parmi l’or étincellent.
Là sous le maillot rose‖ ou l’habit travesti,Fuoco, Cerrito,‖ Carlotta nous enchantent ;Dorus et Damoreau,‖ ces harpes, se lamentent,Et, faisant flamboyer‖ notre cœur amorti,Lui disent quels oiseaux‖ et quelles flûtes chantentDans l’âme de Mozart‖ et de Donizetti.
Ville qu’un souffle émeut‖ et qu’un zéphyr apaise !Amazone qui prends‖ la guerre pour un jeuEt qui, penchée au bord‖ du fleuve qui te baise,Chaque jour dans son onde‖ émiettes quelque dieu !L’univers voit sans cesse,‖ ainsi qu’une fournaise,Ton crâne en fusion‖ fumer sous le ciel bleu.
Épris de tes soldats‖ que la foudre enveloppe,Parmi leurs champs couverts‖ de morts et de blessés,Les peuples sur tes pas‖ accouraient empressésEt flattaient de la main‖ ton cheval qui galope,Lorsque tu conduisais‖ par les villes d’EuropeTes héros de vingt ans‖ aux longs cheveux tressés.
Ainsi qu’un beau génie‖ en un monde féerique,Tu brises d’un seul doigt‖ les liens corporelsQuand tu lances un jour,‖ au bruit d’un chant lyrique,Sur ces chemins, plus longs‖ qu’un fleuve d’Amérique,Que sillonne d’azur‖ le fer brillant des rails,Tes grands coursiers de flamme‖ aux pieds surnaturels !
Nourrice de lutteurs,‖ ville douce et traîtresse,Tu portes sur ton front‖ des lys de diamantEt des lauriers rougis‖ dans le combat fumant ;Dénouant sur ton sein‖ l’or de sa lourde tresse,La fière Poésie‖ est toujours ta maîtresseEt l’Art baise ta lèvre‖ ainsi qu’un jeune amant !
Ton phare est un soleil,‖ et tes jeunes AchillesOnt réveillé le monde‖ au bruit de leur tambour ;Mais, ô Paris ! cité‖ ruisselante ! séjourDe la grâce amoureuse‖ et des lèvres dociles,Toi, pour l’amour choisie‖ entre toutes les villes,O ville de Cypris,‖ qu’as-tu fait de l’Amour ?
Telle du haut du ciel‖ une aigle au bec voraceDe mille oiseaux épars‖ dans son vol suit la traceEt porte le carnage‖ au milieu de leurs jeux ;Telle, les yeux noyés‖ dans les horizons bleus,L’héroïque Cypris‖ d’un seul regard embrasseLe fond de la cité‖ ceinte de mille feux.
Près du lit où la mort‖ roidit la courtisane,Celle qui trafiqua‖ de son sang et sa chair,Sa mère, ô honte ! étale‖ une douleur profanePour exploiter encor‖ ces lys en proie au ver,Et vendre vingt louis‖ la dernière cuillerQui servit à l’enfant‖ pour prendre sa tisane.
Ici l’ambitieux,‖ les deux pieds sur l’autel,Étend ses maigres bras‖ pour étreindre la terre.Livide, comme Ajax‖ il insulte le ciel,Et, cachant dans son cœur‖ sa fièvre solitaire,Il voit en souriant‖ son épouse adultère,Et, le front dans ses mains,‖ il rêve de Cromwell.
Là, serrant les ducats‖ entre leurs mains fatales,Gobseck et Gigonnet,‖ au fond des tristes sallesDont un vieux rideau vert‖ éteint le jour changeant,Brossent avec la main‖ leur habit indigent,Et dans l’ombre indécise‖ allument les opalesAux rayons de leurs yeux‖ couleur d’or et d’argent.
La richesse, voilà‖ la vraie amante blonde,Disent-ils. Ses cheveux‖ sont couleur du soleil,Sa bouche est de corail‖ et non de chair immonde,Ses yeux sont de lapis,‖ son sein d’argent vermeil,Et, lumineux trésor,‖ de la nuque à l’orteilTout son corps est sorti‖ des mines de Golconde.
Nous pouvons avec l’or,‖ nouveaux Pygmalions,Faire vivre le marbre‖ au gré de nos caprices,Atteindre les vautours‖ et dompter les lions,Et prendre les enfants‖ au sein de leurs nourrices,Et les reines du monde‖ et les impératricesDéchausseraient le soir‖ nos pieds, si nous voulions.
Sur les monts chevelus‖ où gravissent les chèvres,Près d’un adolescent‖ beau comme Gabriel,La pâle prophétesse,‖ en proie à mille fièvres,Jette son ode impie‖ aux quatre vents du ciel,Et, sorti de son cœur‖ où déborde le fiel,Son iambe lui brûle‖ et lui sèche les lèvres.
La moderne Sappho,‖ qu’agite un grand dessein,Trempe ses longs cheveux‖ dans sa coupe d’absinthe.Cette sœur du Titan‖ rêve un autre larcin,Et, tressaillant trois fois‖ comme une femme enceinte,Blasphème le plaisir‖ et la volupté sainteQue l’orgueil parricide‖ a tués dans son sein.
Le poëte, ruffian‖ de la Muse divineQu’il adorait hier‖ dans le temple idéal,La prostitue au lit‖ de quelque baladine ;Et, portant au hasard‖ son sarcasme banal,Chaud encor des baisers‖ de cette Messaline,L’insulte pour deux sous‖ au bas d’un grand journal.
Que m’importent, dit-il,‖ vos lèvres et vos couches,O vierges de quinze ans,‖ au sourire enchanté ?La maîtresse qu’il faut‖ à ma virilitéC’est la déesse aux yeux‖ caressants et farouchesQui me loue et me baise‖ avec ses mille bouches,L’ange des carrefours,‖ la Popularité !
C’est elle dont le souffle,‖ ainsi qu’un phare allumeUne lueur au front‖ qu’enveloppait la brume,Elle qui, les deux bras‖ tendus à l’univers,Arrête les passants‖ pour leur chanter mes vers,Et qui saura pétrir‖ avec l’airain qui fumeMon buste couronné‖ de lauriers toujours verts.
En habit de gala,‖ les courtisanes vainesSur le front de l’Amour‖ posent leurs pieds lassés.Plus pâles que la neige‖ au sommet des Cévennes,Ces folles, dont le vent‖ baise les seins glacés,Pour réchauffer la pourpre‖ éteinte dans leurs veinesBoivent l’or et le sang‖ des pâles insensés.
Elles songent parfois,‖ quand refleurit la mousse,Aux humides baisers‖ de leurs jeunes amours,Aux blanches nuits de juin‖ qu’abrégeaient cent discours,Et même, quand la brise‖ en feu souffle plus douce,A ces enfants qui, morts‖ pour elles pleins de jours,Dorment dans une terre‖ inculte où l’herbe pousse.
Mais, ô mon cœur ! pourquoi‖ se souvenir des morts ?Disent-elles. Mon sein‖ gonfle d’orgueil la soie.Le peigne aux mille dents‖ tremble en baisant les orsDe mes cheveux touffus‖ dont le flot se déploie,Et la naïade en pleurs‖ frémit toujours de joieEn touchant au matin‖ les blancheurs de mon corps.
Mes amants, beaux toujours‖ quoique l’Amour s’enfuie,Ce sont tous ces joyaux‖ que mon haleine essuie,Ces mille diamants‖ en lys épanouis,Ces colliers de sequins,‖ ces ducats, ces louisSi beaux qu’en les voyant‖ on dirait une pluieDe soleils amoureux‖ de mes yeux éblouis.
Les jeunes hommes, fiers‖ de voir blanchir leurs têtes,Sont enivrés d’orgueil,‖ comme autrefois de vin.Amour, ce n’est plus toi,‖ flambeau clair et divin,Qui baignes de tes feux‖ les roses de leurs fêtes.Qu’importe, disent-ils,‖ ce mot que les poëtesOnt fait comme leurs vers‖ harmonieux et vain ?
Non, le bonheur n’est point‖ sur la couche enfantineDe votre jeune épouse‖ échevelée au vent,Qui, nouant de ses bras‖ le beau collier mouvant,Vous enivre aux parfums‖ de sa jeune poitrine,Et songe dans son cœur‖ aux amours du couventEn vous disant : Je t’aime !‖ avec sa voix divine.
Le bonheur, ce n’est pas‖ d’errer sous les bosquetsOù s’égarent, bras nus,‖ ces filles trivialesDont les robes de soie‖ et les hardis bouquetsResplendissent les soirs‖ sous les lustres des salles,Et passent des salons‖ aux cabarets des halles,Et des bras des Césars‖ dans les bras des laquais !
C’est d’avoir sur le dos‖ de la mer qu’elle scinde,Une flotte qui porte,‖ avec ses galions,L’ivoire de Java,‖ les marbres blancs du Pinde,Les perles de Ceylan,‖ grosses de millions,Le duvet de l’eider‖ et les tissus de l’Inde,Les dépouilles des Dieux‖ et celles des lions !
Le bonheur, c’est d’aller‖ pour la chose communeHaranguer un sénat‖ en mots impétueux,De dominer sans peur‖ les cris tumultueux,Et de bien voir, si haut‖ que monte sa fortune,Plissant à votre voix‖ son front majestueux,Le ministre pâlir‖ au pied de la tribune !
C’est de faire frémir‖ sous le soleil des roisCes plaques, ces cordons,‖ ces écharpes à frange,Étoiles et colliers‖ d’une splendeur étrange,Crachats de pierrerie‖ éblouissants et froids,Ces riches arcs-en-ciel,‖ ces rubans et ces croixCouleur d’azur, de pourpre‖ et de flamme et d’orange !
Surtout, c’est de sentir‖ vivre en bas une foule,Travailleurs dont le sang‖ et dont la sueur coule,Artistes, artisans,‖ chantres aux saints trépieds,Généraux sur Ajax‖ et Marceau copiés,Tout cela n’étant plus‖ qu’une chose qu’on foule,Un piédestal immense‖ où l’on pose ses pieds !
Ainsi, les yeux hagards‖ et l’écume à la bouche,Ils insultent l’Amour‖ dans leurs cœurs pleins de fiel.Et les vierges, levant‖ leurs yeux bleus vers le ciel,Disent : Pourquoi livrer‖ à quelque époux faroucheNos cheveux qu’en jouant‖ l’aile d’un zéphyr toucheEt nos lèvres en fleur,‖ plus douces que le miel ?
O ville ! nulle part‖ dans tes architectures,Sous tes lambris dorés,‖ dans les entassementsDe tes toits monstrueux‖ et de tes monuments,Nulle part tu ne vois,‖ le cœur et les mains pures,S’unir dans des baisers‖ et des embrassementsUn couple jeune et fort‖ aux belles chevelures.
Seule, les yeux éteints,‖ sous la vive clartéDes flambeaux, des surtouts‖ et des lustres sévères,Tandis que ses amants‖ au regard enchantéCachent sous mille fleurs‖ des tristesses amères,La Débauche sourit‖ et boit dans tous les verres,Et dit en grimaçant :‖ Je suis la Volupté !
Et la cité superbe,‖ insatiable, immonde,Aux balcons des palais,‖ aux lucarnes des toits,Hommes, vieillards, enfants,‖ vierges à tête blonde,Foulant aux pieds ses Dieux,‖ ses lauriers et ses lois,Avec ses millions‖ de bouches et de voixCrie et chante son hymne‖ au seul maître du monde !
Voilà ce qu’entendit‖ la Déesse au front d’or.Et fauve, sur son front‖ et sa tête sacréeSa chevelure épaisse,‖ ondoyante et dorée,Tressaillit et laissa‖ ruisseler son trésor.Cypris trembla de rage,‖ et frissonnante encor,Elle mit sur son arc‖ une flèche acérée.
Alors sur ses beaux seins‖ par ses ongles meurtrisTombent à flots ses pleurs‖ ainsi qu’une rivière ;Ses voiles au hasard‖ fouettent les vents surpris ;Parmi ses blanches dents‖ que baise la lumièreS’échappent furieux‖ les sanglots et les cris ;Le dédain fait pâlir‖ sa bouche rose et fière.
Ses yeux que le courroux‖ et la honte embrasaientEt son corps rougissant‖ présageaient cent désastres ;Ses pieds, où les oiseaux‖ naguère se posaient,Du palais magnifique‖ ébranlaient les pilastres,Et dans les noirs jardins‖ du ciel, ses mains brisaientSur leurs tiges d’azur‖ les calices des astres.
Ses cheveux flamboyaient‖ d’or, de pourpre et de feu,Et, dénoués, pareils‖ aux panaches horriblesQue hérisse l’effroi‖ sur le casque d’un dieu,Ensanglantaient les airs,‖ comètes invisibles.La Déesse, le dos‖ frémissant dans l’air bleu,Exhala son courroux‖ dans ces strophes terribles :
O ville qui meurtris‖ mon cœur et vends ma chair !Si ma main sait verser‖ le fiel plein d’amertume,Si mon regard flétrit,‖ si mon venin consume,Si je naquis avec‖ les filles de l’enferSous l’éclair effrayé,‖ dans le sang et l’écumeEt du corps d’un grand dieu‖ mutilé par le fer !
Écroule-toi ! Soyez‖ maudites, ô murailles !Par le sein de la femme,‖ où l’enfant allaitéBoit l’oubli de la Mort‖ dans un vivant Léthé !Meurs ! Par ses flancs féconds‖ vainqueurs des funérailles,Par tout ce qui tressaille‖ au fond de mes entrailles,Par mon corps palpitant‖ sous les feux de l’été !
Meurs ! puisque tu t’endors‖ ivre de la Matière,Sans songer seulement‖ au courroux de Cypris,Ainsi qu’un animal‖ couché sur sa litière,Stupide, et l’œil blessé‖ par la blancheur des lys !Puisque tu fais horreur‖ à la nature entièreEt qu’il ne reste rien‖ dans l’âme de tes fils !
Puisque le canon seul‖ résonne à tes oreilles !Puisque devant les fouets‖ irrités et cinglants,Plus stupide en effet‖ à l’heure où tu t’éveillesQue les premiers humains‖ qui ramassaient des glands,Tu ne sais accomplir‖ de plus rares merveillesQue de pousser des cris‖ sur des pavés sanglants !
Puisque au pied des gibets‖ où ta haine me cloue,Ta prunelle hébétée,‖ insensible aux couleursDes astres et des cieux,‖ de la mer et des fleurs,Adore la Fortune‖ assise sur sa roue,Et que l’or et l’argent,‖ deux espèces de boue,Sont devenus tes Dieux,‖ comme ceux des voleurs !
Puisque, bravant les lois‖ qu’ils ont instituées,Et flairant le sang jeune,‖ ainsi que des vautours,Tes libertins, remplis‖ de vices et de jours,S’en vont, âmes sans frein,‖ du beau destituées,Près des enfants qu’au mal‖ ils ont prostituées,Souiller leurs cheveux blancs‖ le long des carrefours !
Puisque tu mets ta gloire‖ à flétrir ce qui m’aime !Puisque, les oripeaux‖ et l’argent excepté,Tout tombe autour de toi‖ sous ton propre anathème,Et que, trop délicat‖ pour un peuple dompté,L’amour de l’élégance‖ et de la voluptéEst éteint dans le cœur‖ des courtisanes même !
Puisque ma voix en vain‖ t’a voulu secourir !Puisque au lieu de me suivre‖ en sa verte campagne,Ton peuple à ses côtés‖ aime mieux voir pourrirL’Avarice, démon‖ hideux qui l’accompagne,Vil forçat de la chair,‖ meurs cloué dans ton bagne !Meurs, infâme ! ou plutôt‖ c’est moi qui veux mourir !
Je m’en irai bien loin‖ des modernes GomorrhesRejoindre les grands Dieux‖ dans la paix du trépas.Libre et quittant ce corps‖ divin qui sur ses pasTe laissait l’ambroisie,‖ et que tu déshonores,Mon âme roulera‖ dans les astres sonoresParmi les cieux vivants‖ auxquels tu ne crois pas !
J’irai, par l’immuable‖ et consolant mystère,Fondre mon être avec‖ le tout essentiel !Un rocher sortira‖ des flots où fut Cythère,Brûlé par un vent morne‖ et pestilentiel,Et les biens qui par moi‖ ruisselaient sur la terreS’envoleront avec‖ mon souffle dans le ciel !
La foi, le dévouement,‖ l’honneur et son délire,Tous ces fiers nourrissons‖ bercés entre mes bras,La pitié, la vertu,‖ l’héroïsme, le rire,Le regard de l’épée‖ et le chant de la lyreAvec moi seront morts,‖ mais tu triompheras !Et, puisque c’est l’or seul‖ que tu veux, tu l’auras !
L’or vierge ! l’or vainqueur !‖ Au gré de ta folie,Tu l’auras ! l’or demain,‖ toujours, partout, encor !Les placers du Mexique‖ et ceux de l’AustralieViendront gonfler ta bourse‖ et grossir ton trésor,Et l’or sera ton pain,‖ ton nectar et ta lie !Bois donc, voilà de l’or !‖ mange, voilà de l’or !
Emplis ton coffre, et vends‖ tout ce qui se monnoie !La tombe et le berceau,‖ le palais et la tour !Trafique du soleil !‖ du repos ! de l’amour !Déchire tout cadavre‖ et flaire toute proie !Vends les baisers craintifs‖ où j’avais mis la joie !Vends l’eau de la fontaine‖ et la clarté du jour !
Émiette les forêts,‖ fais de l’or ! Si ton globeJusqu’au fond de ses os‖ sent courir un frisson,Comme un jeune idiot‖ qui tremble dans sa robe,Que t’importe ! Son cœur‖ peut devenir glaçon ;N’auras-tu pas ton or,‖ cette sainte moissonQue tu ranges trop bien‖ pour qu’on te la dérobe ?
Vends les bois où dormaient‖ Viviane et Merlin !L’aigle des monts n’est fait‖ que pour ta gibecière,La neige vierge est là‖ pour fournir ta glacière,Le torrent qui bondit‖ sur le roc sibyllinEt vole, diamant,‖ neige, écume et poussière,N’est plus bon qu’à fouetter‖ l’aile de ton moulin !
Pour trouver les rubis‖ en guirlandes pareillesA celles des raisins‖ que la pluie a mouillésEt dont la grappe ardente‖ est la gloire des treilles,Que les caveaux profonds‖ soient avec soin fouillés !Fends le sépulcre et touche‖ aux cadavres souillésPour prendre leurs anneaux‖ et leurs pendants d’oreilles !
N’épargne rien ! demande‖ à la créationLe pain de ta fureur‖ et de ta passion !Triomphe ! empêche-la‖ de rester la plus forte !Et si tu t’aperçois,‖ pour ta punition,Que sous tes pieds la terre‖ agonisante est morteEt que même ton ciel‖ est vide, que t’importe !
Si ton peuple, parmi‖ lequel tant de hérosM’ont fait voir la beauté‖ virile et sans mélange,Montre, effrayant le jour,‖ des mufles de taureauxEt des yeux d’éléphant,‖ comme les Dieux du Gange ;Si tes poëtes, las‖ de fléchir des bourreaux,Traînent le laurier vert‖ dans le vin et la fange ;
Si les marbres sacrés‖ ravis au ParthénonDans leur blancheur pareille‖ à mon berceau d’écume,Flétris par le marteau,‖ blessés par le canon,Tombent à des marchands‖ courbés sur une enclume,Dans une île barbare,‖ au milieu de la brume,Que t’importe ! éblouis !‖ remplis tout de ton nom !
Montre le dur métal‖ dont tu fais des récoltes !Mets-le sur tes frontons‖ et sur tes archivoltes !Fais-en l’âme et le sang‖ des machines de ferQui par leurs dents de fonte‖ et leur souffle d’enferDompteront la nature‖ et vaincront ses révoltes,Et dont les noirs sanglots‖ étoufferont l’éclair.
Par ces gueules de flamme‖ à ta voix apparues,Tu régneras. Commande,‖ elles dominerontLe tonnerre et l’orage,‖ acharnés sur ton front.Tu peux les laisser faire,‖ et le long de tes ruesBriser le même jour‖ tes faux et tes charrues !Elles laboureront !‖ elles moissonneront !
Ton heure vient ; tu peux‖ demain réduire en poudreLa lyre et le ciseau ;‖ les cœurs martyrisésNe te consolent plus ;‖ à quoi bon les absoudre ?De quoi te serviraient‖ les hymnes embrasés,Paris ? Qu’as-tu besoin‖ de l’oubli des baisers,Puisque tu n’as plus peur‖ du ciel et de la foudre !
Mais quand le vaste Ennui,‖ vieux comme l’univers,Étendra devant toi‖ son grand désert de sable,Jaloux, mystérieux,‖ muet, infranchissable,Pelé, nu, sans un brin‖ d’herbe ou de gazons verts,Regrettant l’harmonie‖ et la douceur des vers,Tu te rappelleras‖ ton crime haïssable.
Triste comme un cheval‖ déchiré par le mors,Et pressentant déjà‖ tes propres funérailles,Tu diras : Où sont-ils,‖ ces hommes sans remordsDont la voix créatrice‖ élevait des murailles ?Sortie avec terreur‖ du fond de tes entrailles,Une voix répondra :‖ Les poëtes sont morts !
Alors vers le néant‖ courbant ton front servileSous les fiers souvenirs‖ de tes bonheurs si courts,Tu te rappelleras‖ ces temps où dans ta villeL’Amour, partout suivi‖ de Grâces et d’Amours,Entraînait sur ses pas‖ la belle fleur des cours,Et s’appelait Condé,‖ Chevreuse et Longueville !
Tu te rappelleras‖ ces ombrages, témoinsFrais et délicieux‖ des voluptés charmantesOù Lauzun et Biron‖ adoraient leurs amantes ;Et tu diras : Furie‖ exempte de tous soins,Qui ne fuis même pas‖ les ruines fumantes,O désolation,‖ tu me restes du moins !
Énervantes langueurs‖ de mes heures fiévreuses,Puisque rien désormais‖ ne vous peut endormir,Pour noyer dans le flot‖ des plaintes douloureusesL’anéantissement‖ dont je me sens frémir,Je puis pleurer, je puis‖ souffrir, je puis gémirEt savourer du moins‖ ces voluptés affreuses.
Mais la voix répondra :‖ Tes chênes chevelusSous lesquels résonnaient‖ ta prière et tes armes,Sont tombés ; tout est mort,‖ les temps sont révolus !Le Désespoir aussi‖ te refuse ses charmes.Tu ne souffriras plus !‖ tu ne pleureras plus !Car tu n’as plus de sang‖ et tu n’as plus de larmes.
En fuyant vers l’azur‖ à tes yeux interdit,Ainsi te parlera‖ ta conscience intime.Et maintenant, bouffon‖ que l’Érèbe applaudit,Pitoyable assassin‖ de l’aigle au vol sublime,Toi qui fais de l’Amour‖ ta première victime,Monstre libidineux‖ gorgé d’or, sois maudit !
Ainsi parlait Cypris‖ avec le vent qui brame,Quand ses cheveux épars‖ mordaient le ciel en feu.Elle hurlait, pareille‖ au loup que l’ombre affame,Ses imprécations‖ déchiraient l’éther bleu,Et toi, tu gémissais‖ à ces cris de la femme,O Nature éternelle,‖ ô corps sacré de Dieu !
Oui, tu tressaillis toute !‖ Une vapeur de soufreVoltigea sur les murs‖ déjetés et croulants.Comme s’agite en rêve‖ un malade qui souffre,Les vieux arbres craquaient,‖ de sueurs ruisselants.La rivière aux flots noirs‖ s’agita dans son gouffreEt voulut par ses cris‖ répondre aux chiens hurlants.
Mais la Déesse enfin‖ prit son vol. Les morsuresDu soleil dévoraient‖ déjà le fier dessinDes constellations.‖ Ses flèches d’or plus sûresDéchiquetaient les blancs‖ nuages. L’assassinPoussait son char sur eux,‖ et rougissait le seinDe l’Aurore vermeille‖ au sang de leurs blessures.
Mai 1847.
Versification
- Forme
- 101 sizains (sizains)
- Rimes
- 3(abaabb) 10(aabbab) 21(ababab) 29(ababba) 22(abbaab) 15(abbaba) 1(aababb)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 101 sizains
- Mots à la rime
- a blonde / l’onde / monde féminine, classiqueb attendris / Paris / fleuris masculine, classiquea pacifiques / musiques / magnifiques féminine, classiqueb mûr / d’azur / pur masculine, classiquea roses / moroses / closes féminine, classiqueb l’entour / jour / l’amour masculine, classiquea d’allégresse / caresse / Déesse féminine, classiqueb mers / airs / verts masculine, classiquea chevelure / obscure / ceinture féminine, classiqueb oriental / idéal / fatal masculine, classiquea choisie / fantaisie / d’ambroisie féminine, classiqueb blancheur / fraîcheur / lueur masculine, classiquea chair / fier / mer masculine, classiqueb rousse / mousse / douce féminine, classiquea humides / splendides / Atlantides féminine, classiqueb nacré / sacré / préféré masculine, classiquea autel / ciel / charnel masculine, classiqueb t’affames / rames / femmes féminine, classiquea passionné / donné / Phryné masculine, classiqueb zéphyres / sourires / hétaïres féminine, classiquea Fontanges / anges / louanges féminine, classiqueb nom / Maintenon / Ninon masculine, classiquea rajeuni / fini / Celiani masculine, classiqueb d’aise / Borghèse / baise féminine, classiquea jeux / radieux / Dieux masculine, classiqueb Lignolle / idole / folle féminine, classiquea familières / Deshoulières / lierres féminine, classiqueb refus / confus / touffus masculine, classiquea roses / moroses féminine, classiqueb abri / fleuri / Fleury masculine, classiquea cour / contour / l’amour masculine, classiqueb fêtes / faites / poëtes féminine, classiquea Racine / colline / incline féminine, classiqueb amants / charmants / diamants masculine, classiquea futures / créatures / ceintures féminine, classiqueb main / chemin / surhumain masculine, classiquea penchants / champs / chants masculine, classiqueb profanes / planes / sultanes féminine, classiquea plonge / éponge / mensonge féminine, classiqueb bords / corps / dehors masculine, classiquea science / conscience / insouciance féminine, classiqueb profond / fond / font masculine, classiquea tubéreuse / heureuse / amoureuse féminine, classiqueb radieux / mélodieux / Dieux masculine, classiquea amère / chimère / mère féminine, classiqueb fier / l’hiver / fer masculine, classiquea blancs / ruisselants / tremblants masculine, classiqueb d’années / fanées / décharnées féminine, classiquea énervantes / épouvantes / servantes féminine, classiqueb amitié / crucifié / Pitié masculine, classiquea saules / épaules / Gaules féminine, classiqueb cabaret / secret / forêt masculine, classiquea querelles / tourterelles / ailes féminine, classiqueb pourpris / épris / Paris masculine, classiquea débordées / fécondées / idées féminine, classiqueb flots / Lenclos / sanglots masculine, classiquea convulsifs / lascifs / pensifs masculine, classiqueb déroule / coule / foule féminine, classiquea noire / territoire / gloire féminine, classiqueb souverain / serein / d’airain masculine, classiquea l’Asie / fantaisie / poésie féminine, classiqueb d’or / cor / Encor masculine, classiquea terribles / invincibles / horribles féminine, classiqueb officiers / aciers / lanciers masculine, classiquea d’opéras / bras / damas masculine, classiqueb ruissellent / excellent / étincellent féminine, classiquea travesti / amorti / Donizetti masculine, classiqueb enchantent / lamentent / chantent féminine, classiquea apaise / baise / fournaise féminine, classiqueb jeu / dieu / bleu masculine, classiquea enveloppe / galope / d’Europe féminine, classiqueb blessés / empressés / tressés masculine, classiquea féerique / lyrique / d’Amérique féminine, classiqueb corporels / rails / surnaturels masculine, classiquea traîtresse / tresse / maîtresse féminine, classiqueb diamant / fumant / amant masculine, classiquea Achilles / dociles / villes féminine, classiqueb tambour / séjour / l’Amour masculine, classiquea vorace / trace / embrasse féminine, classiqueb jeux / bleus / feux masculine, classiquea courtisane / profane / tisane féminine, classiqueb chair / ver / cuiller masculine, classiquea l’autel / ciel / Cromwell masculine, classiqueb terre / solitaire / adultère féminine, classiquea fatales / salles / opales féminine, classiqueb changeant / indigent / d’argent masculine, classiquea blonde / immonde / Golconde féminine, classiqueb soleil / vermeil / l’orteil masculine, classiquea Pygmalions / lions / voulions masculine, classiqueb caprices / nourrices / impératrices féminine, classiquea chèvres / fièvres / lèvres féminine, classiqueb Gabriel / ciel / fiel masculine, classiquea dessein / larcin / sein masculine, classiqueb d’absinthe / enceinte / sainte féminine, classiquea divine / baladine / Messaline féminine, classiqueb idéal / banal / journal masculine, classiquea couches / farouches / bouches féminine, classiqueb enchanté / virilité / Popularité masculine, classiquea allume / brume / fume féminine, classiqueb l’univers / vers / verts masculine, classiquea vaines / Cévennes / veines féminine, classiqueb lassés / glacés / insensés masculine, classiquea mousse / douce / pousse féminine, classiqueb amours / discours / jours masculine, classiquea morts / ors / corps masculine, classiqueb soie / déploie / joie féminine, classiquea s’enfuie / essuie / pluie féminine, classiqueb épanouis / louis / éblouis masculine, classiquea têtes / fêtes / poëtes féminine, classiqueb vin / divin / vain masculine, classiquea enfantine / poitrine / divine féminine, classiqueb vent / mouvant / couvent masculine, classiquea bosquets / bouquets / laquais masculine, classiqueb triviales / salles / halles féminine, classiquea scinde / Pinde / l’Inde féminine, classiqueb galions / millions / lions masculine, classiquea commune / fortune / tribune féminine, classiqueb impétueux / tumultueux / majestueux masculine, classiquea rois / froids / croix masculine, classiqueb frange / étrange / d’orange féminine, classiquea foule / coule féminine, classiqueb trépieds / copiés / pieds masculine, classiquea bouche / farouche / touche féminine, classiqueb fiel / ciel / miel masculine, classiquea architectures / pures / chevelures féminine, classiqueb entassements / monuments / embrassements masculine, classiquea clarté / enchanté / Volupté masculine, classiqueb sévères / amères / verres féminine, classiquea immonde / blonde / monde féminine, classiqueb toits / lois / voix masculine, classiquea d’or / trésor / encor masculine, classiqueb sacrée / dorée / acérée féminine, classiquea meurtris / surpris / cris masculine, classiqueb rivière / lumière / fière féminine, classiquea embrasaient / posaient / brisaient masculine, classiqueb désastres / pilastres / astres féminine, classiquea feu / dieu / bleu masculine, classiqueb horribles / invisibles / terribles féminine, classiquea chair / l’enfer / fer masculine, classiqueb d’amertume / consume / l’écume féminine, classiquea murailles / funérailles / entrailles féminine, classiqueb allaité / Léthé / l’été masculine, classiquea Matière / litière / entière féminine, classiqueb Cypris / lys / fils masculine, classiquea oreilles / t’éveilles / merveilles féminine, classiqueb cinglants / glands / sanglants masculine, classiquea cloue / roue / boue féminine, classiqueb couleurs / fleurs / voleurs masculine, classiquea instituées / destituées / prostituées féminine, classiqueb vautours / jours / carrefours masculine, classiquea m’aime / anathème / même féminine, classiqueb excepté / dompté / volupté masculine, classiquea secourir / pourrir / mourir masculine, classiqueb campagne / l’accompagne / bagne féminine, classiquea Gomorrhes / déshonores / sonores féminine, classiqueb trépas / pas masculine, classiquea mystère / Cythère / terre féminine, classiqueb essentiel / pestilentiel / ciel masculine, classiquea délire / rire / lyre féminine, classiqueb bras / triompheras / l’auras masculine, classiquea folie / l’Australie / lie féminine, classiqueb encor / trésor / l’or masculine, classiquea monnoie / proie / joie féminine, classiqueb tour / l’amour / jour masculine, classiquea globe / robe / dérobe féminine, classiqueb frisson / glaçon / moisson masculine, classiquea Merlin / sibyllin / moulin masculine, classiqueb gibecière / glacière / poussière féminine, classiquea pareilles / treilles / d’oreilles féminine, classiqueb mouillés / fouillés / souillés masculine, classiquea création / passion / punition masculine, classiqueb forte / morte / t’importe féminine, classiquea héros / taureaux / bourreaux masculine, classiqueb mélange / Gange / fange féminine, classiquea Parthénon / canon / nom masculine, classiqueb d’écume / enclume / brume féminine, classiquea récoltes / archivoltes / révoltes féminine, classiqueb fer / d’enfer / l’éclair masculine, classiquea apparues / rues / charrues féminine, classiqueb domineront / front / moissonneront masculine, classiquea poudre / absoudre / foudre féminine, classiqueb martyrisés / embrasés / baisers masculine, classiquea l’univers / verts / vers masculine, classiqueb sable / infranchissable / haïssable féminine, classiquea mors / remords / morts masculine, classiqueb funérailles / murailles / entrailles féminine, classiquea servile / ville / Longueville féminine, classiqueb courts / d’Amours / cours masculine, classiquea témoins / soins / moins masculine, classiqueb charmantes / amantes / fumantes féminine, classiquea fiévreuses / douloureuses / affreuses féminine, classiqueb endormir / frémir / gémir masculine, classiquea chevelus / révolus / plus masculine, classiqueb armes / charmes / larmes féminine, classiquea interdit / applaudit / maudit masculine, classiqueb intime / sublime / victime féminine, classiquea brame / affame / femme féminine, classiqueb feu / bleu / Dieu masculine, classiquea soufre / souffre / gouffre féminine, classiqueb croulants / ruisselants / hurlants masculine, classiquea morsures / sûres / blessures féminine, classiqueb dessin / L’assassin / sein masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
606 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Le sang de la Coupe, Trente-six Ballades joyeuses, Le Baiser., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1857· numérisation poesies.net· Sources