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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le sang de la coupe, 1857

La Charité

écrite pour une représentation donnée au bénéfice des pauvres

Théodore de Banville· Ode· 20 quatrains, alexandrins, 80 vers

La Comédienne

O cœurs toujours ouverts,‖ dont la pitié si tendreVa chercher le malheur‖ pour mieux s’en souvenir,Écoutez-moi : c’est lui‖ que vous allez entendre,Je suis la voix de ceux‖ qui veulent vous bénir.

Eux à qui le Seigneur‖ donna pour seules armesL’humble foi du croyant‖ qui le prie à genoux,Pour vous remercier‖ ils n’avaient que leurs larmes ;Ils m’ont dit en pleurant :‖ Vous parlerez pour nous.

Aussi je viens vous dire‖ au nom des pauvres mèresDont le calme sourire,‖ aujourd’hui triomphant,Hier dissimulait‖ des angoisses amères :Merci, car c’est à vous‖ que je dois mon enfant !

Je viens vous dire au nom‖ de toutes les famillesPour lesquelles demain,‖ grâce à vous, sera beau :Merci pour les enfants‖ et pour les jeunes filles,Merci pour les vieillards‖ courbés vers le tombeau !

Je viens vous dire au nom‖ de celui qui déploieAu-dessus de nos fronts‖ le ciel immense et bleu :En plaisirs, en bonheur,‖ en délires de joieOn vous rendra cet or‖ que vous prêtez à Dieu !

Car le pauvre, c’est lui.‖ Sublime poésieQue lui-même enseigna‖ pour guide à la vertu !Celui qui donne au pauvre‖ un pain, le rassasie,Celui qui donne au pauvre‖ un manteau, l’a vêtu !

Mais ce pauvre, la chair‖ de sa chair, et qu’il aimeAvant tous, l’indigent‖ que le Christ appelaA s’asseoir dans le ciel‖ à côté de lui-même,N’aura besoin de rien‖ tant que vous êtes là !

C’est l’hiver. Tout gémit‖ dans la pauvre demeure.Auprès de son vieux chien‖ qu’il vient de rudoyer,Le père tout pensif‖ se tait, et d’heure en heureLe pain manque à la huche‖ et le bois au foyer !

Les petits, secouant‖ leur chevelure blonde,Disent : Qui soutiendra‖ nos pas, faibles roseaux,Si vous nous oubliez,‖ mon Dieu, maître du mondeQui donnez leur pâture‖ aux petits des oiseaux ?

La mère, elle, tressaille‖ en faisant la toiletteDe sa fille, et jetant,‖ de larmes arrosé,Un œil de désespoir‖ sur l’enfant qu’elle allaite,Le berce avec terreur‖ sur son sein épuisé.

Mais vous venez, ainsi‖ qu’une aurore vermeille,Des rayons de vos yeux‖ dorer ces pauvres murs,Et, comme un serviteur‖ qui vide sa corbeille,Vous faites de vos mains‖ tomber les épis mûrs !

Consolant tout ce monde‖ avec mélancolie,Vous leur dites avec‖ un sourire divin :Celui qui songe à tous‖ jamais ne vous oublie ;Mangez, voici du pain ;‖ buvez, voici du vin.

Et tous ces malheureux,‖ retrouvant l’espéranceRien qu’à vous voir ainsi,‖ pensent avec raisonQue, venus de là-haut‖ pour calmer leur souffrance,Des Anges de lumière‖ entrent dans leur maison !

Car, lorsque pour six mois‖ a fui la saison douceOù le contentement‖ tombe du ciel vermeil,On dit : Que reste-t-il‖ à ceux que tout repousseEt qui n’ont plus pour eux‖ l’air pur et le soleil ?

A ceux-là qui le soir‖ souffrent un long martyreEn voyant s’allumer‖ les vitres des palais ?Au marin dont la mer‖ a brisé le navire ?Au pêcheur dont la vague‖ a troué les filets ?

On dit : Que reste-t-il‖ à toutes les victimesQui, malgré cet espoir‖ résigné du chrétien,Sous leurs pieds frémissants‖ ne voient que des abîmes,Enfin, que reste-t-il‖ à ceux qui n’ont plus rien ?

O bons cœurs, il leur reste‖ encore un héritageDont aucun d’eux ne peut‖ être déshérité,Et qu’ils possèdent tous‖ entier et sans partage,Ce trésor infini,‖ c’est votre Charité !

C’est elle, Ange penché‖ partout où crie un gouffre,Amour inépuisable‖ entre tous les amours,Qui de sa lèvre en fleur‖ baise tout ce qui souffre :Elle est le bien du pauvre,‖ et ce soir et toujours !

Et maintenant, amis,‖ vous que nous implorâmes !(Quel que soit devant vous‖ mon invincible émoi,Je ne tremblerai pas,‖ car je parle à vos âmes,)Pour les pauvres encor‖ merci, merci pour moi !

L’humble artiste après eux‖ bénit votre indulgence,Car vous avez voulu‖ qu’en ses nobles cheminsVotre or sanctifié,‖ qui cherchait l’indigence,Pour arriver au but‖ ait passé par ses mains !

Décembre 1853.

Versification

Forme
20 quatrains (quatrains)
Rimes
20(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
20 quatrains
Mots à la rime
a tendre / entendre féminine, classiqueb souvenir / bénir masculine, classiquea armes / larmes féminine, classiqueb genoux / nous masculine, classiquea mères / amères féminine, classiqueb triomphant / enfant masculine, classiquea familles / filles féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classiquea déploie / joie féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classiquea poésie / rassasie féminine, classiqueb vertu / vêtu masculine, classiquea aime / lui-même féminine, classiqueb appela / là masculine, classiquea demeure / heure féminine, classiqueb rudoyer / foyer masculine, classiquea blonde / monde féminine, classiqueb roseaux / oiseaux masculine, classiquea toilette / allaite féminine, classiqueb arrosé / épuisé masculine, classiquea vermeille / corbeille féminine, classiqueb murs / mûrs masculine, classiquea mélancolie / oublie féminine, classiqueb divin / vin masculine, classiquea l’espérance / souffrance féminine, classiqueb raison / maison masculine, classiquea douce / repousse féminine, classiqueb vermeil / soleil masculine, classiquea martyre / navire féminine, classiqueb palais / filets masculine, classiquea victimes / abîmes féminine, classiqueb chrétien / rien masculine, classiquea héritage / partage féminine, classiqueb déshérité / Charité masculine, classiquea gouffre / souffre féminine, classiqueb amours / toujours masculine, classiquea implorâmes / âmes féminine, classiqueb émoi / moi masculine, classiquea indulgence / l’indigence féminine, classiqueb chemins / mains masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Le sang de la Coupe, Trente-six Ballades joyeuses, Le Baiser., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1857· numérisation poesies.net· Sources