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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le sang de la coupe, 1857

La Muse des vingt ans

Prologue écrit pour la première représentation de « Sappho » Drame de Philoxène Boyer.

Théodore de Banville· 13 quatrains, alexandrins, 52 vers

La Fantaisie

Mesdames et Messieurs,‖ pardonnez-moi si j’ose,Pauvre Muse troublée,‖ affronter vos regards ;Je suis la Fantaisie‖ aux doigts couleur de rose,La Muse des vingt ans,‖ chercheuse de hasards.

Je tremble devant vous,‖ ô foule ! hôtes illustres,O lèvres de penseurs,‖ ô corsages fleuris !Moi qui vois resplendir‖ sous l’éclat de ces lustresToutes les majestés‖ dont rayonne Paris ;

Tout ce qui brille encor‖ dans la moderne Athènes,Toutes les mains de lys‖ et tous les bras charmants,Les grands fronts éblouis‖ et les beautés hautainesDont les yeux font pâlir‖ l’éclair des diamants.

Je tremble, moi qui sais‖ dans un jardin féerique,Mêlant aux doux ruisseaux‖ la chanson de mes vers,Tresser en souriant‖ la guirlande lyriqueEt danser au soleil‖ parmi les gazons verts.

Je sais épanouir‖ les odes amoureuses,Charmant avec mes sœurs‖ les bois extasiés,Et j’accorde ma voix,‖ sous les forêts ombreuses,Avec les rossignols‖ cachés dans les rosiers.

Mais je tremble d’oser‖ sur la scène divineOù le maître Racine‖ a fait parler les Dieux,Vous montrer après lui‖ cette double collineQue Phoebos emplissait‖ de chants mélodieux.

J’ai voulu, pauvre enfant,‖ en mes jeunes délires,Vous faire voir, parmi‖ des rayons irisés,La sereine Lesbos‖ où dans la voix des lyresSe confondait le bruit‖ des chants et des baisers.

Mais je tremble à présent,‖ moi compagne du pâtre,En voyant mon idylle‖ et mon rêve enchanteurFouler d’un pied craintif‖ ces planches du théâtreQue peut seul animer‖ le génie, et j’ai peur.

Ah ! soyez-moi cléments,‖ rois élus de ces fêtes,Qui souriez déjà‖ rien qu’en me regardant,O fronts que le laurier‖ couronne, ô vous, poëtesQui marchez d’un pied sûr‖ dans le buisson ardent.

Et vous, reines du monde,‖ ô femmes adorées,Déesses de Paris,‖ ô fiertés et douceurs,Beaux yeux, boucles de jais,‖ chevelures dorées,Accueillez-moi, je tremble,‖ ô mes divines sœurs !

Rien qu’en posant au bord‖ des fontaines limpides,O sœurs de Galatée,‖ ô sœurs d’Amaryllis,Vos pieds, vos petits pieds‖ sur les rochers arides,Vous y faites fleurir‖ des roses et des lys.

O vous, troupe charmante‖ avec amour chantée,Si vous voulez, orgueil‖ de mes vers ciselés,L’outremer brillera‖ sur ma toile enchantéeEt ma pauvre Lesbos‖ vivra, si vous voulez.

Si vous voulez, mes sœurs,‖ votre fière jeunesseFera vivre un moment‖ dans un rêve fleuriMa jeunesse impuissante,‖ et j’aurai trop d’ivresseSi vous avez pleuré,‖ si vous avez souri !

Odéon, 12 novembre 1850.

Versification

Forme
13 quatrains (quatrains)
Rimes
13(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
13 quatrains
Mots à la rime
a j’ose / rose féminine, classiqueb regards / hasards masculine, classiquea illustres / lustres féminine, classiqueb fleuris / Paris masculine, classiquea Athènes / hautaines féminine, classiqueb charmants / diamants masculine, classiquea féerique / lyrique féminine, classiqueb vers / verts masculine, classiquea amoureuses / ombreuses féminine, classiqueb extasiés / rosiers masculine, classiquea divine / colline féminine, classiqueb Dieux / mélodieux masculine, classiquea délires / lyres féminine, classiqueb irisés / baisers masculine, classiquea pâtre / théâtre féminine, classiqueb enchanteur / peur masculine, classiquea fêtes / poëtes féminine, classiqueb regardant / ardent masculine, classiquea adorées / dorées féminine, classiqueb douceurs / sœurs masculine, classiquea limpides / arides féminine, classiqueb d’Amaryllis / lys masculine, classiquea chantée / enchantée féminine, classiqueb ciselés / voulez masculine, classiquea jeunesse / d’ivresse féminine, classiqueb fleuri / souri masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Le sang de la Coupe, Trente-six Ballades joyeuses, Le Baiser., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1857· numérisation poesies.net· Sources