Le sang de la coupe, 1857
Le Triomphe du Génie
Un grand aigle aux beaux yeux‖ vole d’une aile pleineVers le sommet du ciel,‖ où sont les pieds de Dieu.Les timides chasseurs‖ le guettent dans la plaine,Les doigts crispés sur l’arme,‖ et prêts à faire feu.
Un astre éblouissant,‖ plus haut que les orages,Brille parmi les cieux‖ tout semés de soleils.On voit dans leur azur‖ se liguer les nuagesPour cacher ses rayons,‖ à l’œil de Dieu pareils.
Un rocher colossal,‖ couronné par la brume,Élève son front chauve‖ au-dessus de la mer,Les vagues sur ses pieds‖ usent leurs dents d’écumeEt tâchent de le mordre‖ avec leur flot amer.
Un beau lys, tout rêveur‖ auprès de l’onde bleue,Échange des sanglots‖ avec les flots tremblants.Les poissons du marais,‖ battant l’eau de leur queue,Veulent jeter la vase‖ à ses pétales blancs.
Une vierge aux pieds nus,‖ triomphante et superbe,Les cheveux dénoués,‖ va dans les prés fleuris.Des pâtres en haillons‖ la renversent dans l’herbe,Et luttent avec elle‖ en poussant de grands cris.
Cependant quelque part,‖ sur une haute cime,On entend une voix‖ dire avec un grand bruit :Ne visez pas, chasseurs,‖ cet aigle au vol sublime ;Nuages, ôtez-vous‖ de ce soleil qui luit !
Que tes vagues, ô mer,‖ se calment sur la berge ;Poissons, ne troublez plus‖ les flots calmes et doux ;Pâtres, ouvrez ces bras‖ qui blessent une vierge !Cet aigle est dans les cieux‖ à l’abri de vos coups ;
Il flamboiera toujours,‖ ce soleil, œil du monde ;Il brisera vos dents,‖ ce rocher de la mer ;Ce lys restera pur‖ près des saphirs de l’onde ;Vous ne lasserez pas‖ cette vierge au cœur fier.
O Génie ! ô Génie !‖ œuvre de Dieu lui-même,Orgueil sacré de l’homme,‖ espoir des cœurs voilés,Ton éclat magnifique,‖ éternel et suprême,Ne s’éteindra pas plus‖ que les cieux étoilés !
Juin 1847.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a pleine / plaine féminine, classiqueb Dieu / feu masculine, classiquea orages / nuages féminine, classiqueb soleils / pareils masculine, classiquea brume / d’écume féminine, classiqueb mer / amer masculine, classiquea bleue / queue féminine, classiqueb tremblants / blancs masculine, classiquea superbe / l’herbe féminine, classiqueb fleuris / cris masculine, classiquea cime / sublime féminine, classiqueb bruit / luit masculine, classiquea berge / vierge féminine, classiqueb doux / coups masculine, classiquea monde / l’onde féminine, classiqueb mer / fier masculine, classiquea lui-même / suprême féminine, classiqueb voilés / étoilés masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Le sang de la Coupe, Trente-six Ballades joyeuses, Le Baiser., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1857· numérisation poesies.net· Sources