Le sang de la coupe, 1857
Les Roses
Vierges de dix-huit ans,‖ dénouez vos ceintures !Versez, versez à flots‖ vos larmes encor pures,Penchez votre cœur plein‖ et votre front si beau,Dépouillez les rosiers‖ pour orner un tombeau.La plus belle de vous‖ est maintenant une ombre.C’était pour ruisseler‖ dans la demeure sombreQue ses doux cheveux d’or,‖ pleins de zéphyrs tremblants,Étaient devenus longs‖ à cacher ses pieds blancs.Quoi ! c’était pour l’oubli,‖ quoi ! c’était pour la tombeQu’elle était fraîche et pure‖ ainsi qu’une colombe !Et c’était pour dormir,‖ comme nous la voyons,Qu’elle avait ses yeux noirs‖ étoilés de rayons !Hélas ! Dieu seul est grand,‖ et connaît toutes choses.Jeunes filles, pleurez !‖ vierges, cueillez les roses !Chaste Lydie ! enfant‖ qui souriais si bien,Tu vis, mais dans le ciel,‖ esprit aérien !Certes, nous le savions,‖ ô tendre fleur fanée !Il nous fallait te perdre,‖ et tu n’étais pas néePour meurtrir comme nous‖ la plante de tes piedsDans cet étroit cachot‖ de crimes expiés.Dieu qui, pour te créer,‖ Ange entre ses merveilles,A pétri des parfums‖ et des blancheurs vermeilles,Ne pouvait pour longtemps,‖ même dans ce beau corps,T’exiler des rayons,‖ te bannir des accords !Mais si tôt ! mais si vite !‖ Et pourquoi, chère morte,Nous a-t-il donc laissés‖ t’aimer, puisqu’il t’emporte ?O coupe de parfums,‖ rose nouvelle, boisNos larmes ! Dépouillons‖ les jardins et les bois !Jeunes filles, cueillez‖ les roses avant l’heure ;Mêlons nos pleurs amers‖ à la brise qui pleure.Votre Lydie est morte !‖ elle est morte au printemps !Peut-être il lui restait‖ encor beaucoup de tempsPour aller dans les champs,‖ pleins de senteurs divines,Cueillir des liserons‖ et d’humbles églantines,Pour s’agiter aux vents‖ comme un jeune roseau,Pour mêler quelque rêve‖ à ses chansons d’oiseau,Et pour sourire aux cieux‖ de rubis et d’opales.Morte ! Pourtant la fièvre‖ aux haleines fatalesN’a pas mis le trésor‖ de ses jeunes appasSur un lit de douleur.‖ Tout l’aimait. Ce n’est pasLe fer, dernier espoir‖ des espérances vaines,Qui fit couler à flots‖ la pourpre de ses veines.Non, tout l’aimait. La vague‖ aux regards onduleuxNe l’a pas entraînée‖ au fond des gouffres bleus.Rien n’a tranché le fil‖ d’une aussi belle vie.Non. Seulement, un jour,‖ cette sainte ravieAima. Son âme avait,‖ blanche comme sa main,Trop de fragilité‖ pour un amour humain :Elle a fui vers les cieux‖ ainsi qu’une nuée.La flèche qui nous blesse,‖ en jouant l’a tuée.
Juin 1847.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 25((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a ceintures / pures féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classiquea ombre / sombre féminine, classiqueb tremblants / blancs masculine, classiquea tombe / colombe féminine, classiqueb voyons / rayons masculine, classiquea choses / roses féminine, classiqueb bien / aérien masculine, classiquea fanée / née féminine, classiqueb pieds / expiés masculine, classiquea merveilles / vermeilles féminine, classiqueb corps / accords masculine, classiquea morte / t’emporte féminine, classiqueb bois masculine, classiquea l’heure / pleure féminine, classiqueb printemps / temps masculine, classiquea divines / églantines féminine, classiqueb roseau / d’oiseau masculine, classiquea d’opales / fatales féminine, classiqueb appas / pas masculine, classiquea vaines / veines féminine, classiqueb onduleux / bleus masculine, classiquea vie / ravie féminine, classiqueb main / humain masculine, classiquea nuée / tuée féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Le sang de la Coupe, Trente-six Ballades joyeuses, Le Baiser., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1857· numérisation poesies.net· Sources