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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le sang de la coupe, 1857

Les Voyageurs

Théodore de Banville· 14 quatrains, alexandrins, 56 vers

Couvertes de haillons,‖ deux vierges magnifiques,A la démarche svelte,‖ au regard ingénu,Vont par les carrefours‖ et les places publiques,Les cheveux dénoués‖ et le sein demi-nu.

Toutes les deux font voir‖ à la foule profondeLe fier sourire fait‖ pour les éternités.La prunelle céleste‖ et la crinière blondeEt le port qui convient‖ à des divinités.

Près d’elles, et parfois‖ leur prêtant son épaule,Les nommant tour à tour‖ l’une et l’autre : ma sœur,Passe, le front plus pur‖ que les neiges du pôle,Un grave adolescent‖ en habit de chasseur.

Il les console ainsi :‖ Courage, ô mes compagnes !Bientôt dans les parfums‖ nos pieds seront lavés.Après tant de forêts,‖ de champs et de campagnes,Voici Paris sans doute,‖ et nous sommes sauvés.

Ils s’arrêtent d’abord‖ au festin plein de flammesOù l’or, que rend vivant‖ l’esprit des ciseleurs,Reflète follement,‖ pour enchanter nos âmes,Le sang des noirs raisins‖ et les lèvres des fleurs.

Là, la coupe est en feu‖ sous les tresses fleuries,Tout s’étale à souhait‖ pour ravir les amants :Le vin du Rhin y lutte‖ avec les pierreries,Et la blancheur du lys‖ avec les diamants.

Les voyageurs divins‖ sous la splendide voûteS’avancent d’un air doux‖ et cependant hautainEn faisant voir leurs pieds‖ tout meurtris de la route,Et disent : Donnez-nous‖ une place au festin.

Puis ils vont au théâtre,‖ au cher pays du rêve,Où de deux bras de lys‖ pour une heure enlacé,Le sublime histrion,‖ appuyé sur son glaive,S’écrie : O Juliette !‖ avec un ton glacé.

Ils lui disent : Oh ! viens,‖ toi qui connais les charmesDe la Douleur, pareille‖ à l’orage des flots,Que nous te racontions‖ la cause de nos larmes,Et pourquoi notre cœur‖ est gonflé de sanglots !

Puis ils vont au dernier‖ sanctuaire, où l’artiste,Pareil à la Pythie‖ interrogeant l’autel,Se demande quelle est‖ la tête noble et tristeQui mérite le marbre‖ et le bronze immortel.

Et tous les trois, calmés‖ alors, parce qu’ils lisentSur les socles épars‖ des noms mélodieux,Parlent au statuaire‖ indécis et lui disent :Reconnais trois enfants‖ sortis du sang des Dieux !

Mais tous ceux qu’ils avaient‖ implorés leur répondent :Enfants, évitez-moi‖ des efforts superflus.Nos villes cette année‖ en orphelins abondent,Redites-moi vos noms,‖ car je ne les sais plus.

Déjà, pour assouvir‖ leur appétit vorace,On posait devant eux‖ le vin et le doux miel,Mais dès qu’ils ont montré‖ les signes de leur raceEn ajoutant ces mots :‖ Nous arrivons du ciel,

Nous sommes la Beauté,‖ l’Amour, la Poésie,On s’écrie aussitôt :‖ Portez ailleurs vos pas.Enfants déguenillés,‖ ô buveurs d’ambroisie,Passez votre chemin,‖ je ne vous connais pas !

Février 1856.

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a magnifiques / publiques féminine, classiqueb ingénu / demi-nu masculine, classiquea profonde / blonde féminine, classiqueb éternités / divinités masculine, classiquea épaule / pôle féminine, classiqueb sœur / chasseur masculine, classiquea compagnes / campagnes féminine, classiqueb lavés / sauvés masculine, classiquea flammes / âmes féminine, classiqueb ciseleurs / fleurs masculine, classiquea fleuries / pierreries féminine, classiqueb amants / diamants masculine, classiquea voûte / route féminine, classiqueb hautain / festin masculine, classiquea rêve / glaive féminine, classiqueb enlacé / glacé masculine, classiquea charmes / larmes féminine, classiqueb flots / sanglots masculine, classiquea l’artiste / triste féminine, classiqueb l’autel / immortel masculine, classiquea lisent / disent féminine, classiqueb mélodieux / Dieux masculine, classiquea répondent / abondent féminine, classiqueb superflus / plus masculine, classiquea vorace / race féminine, classiqueb miel / ciel masculine, classiquea Poésie / d’ambroisie féminine, classiqueb pas masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Le sang de la Coupe, Trente-six Ballades joyeuses, Le Baiser., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1857· numérisation poesies.net· Sources