Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Cariatides, 1842· Livre deuxième· Songe d’hiver

XII. « Chose horrible ! Ils n’étaient d’abord que quelques-uns »

Théodore de Banville· 8 sizains, alexandrins et hexasyllabes, 48 vers

Chose horrible ! Ils n’étaient‖ d’abord que quelques-unsNoyant leur âme vierge‖ à ces âcres parfums ;Mais bientôt une fouleAu festin monstrueux‖ s’amassa follement,Et je les vis tomber,‖ privés de sentiment,Comme un mur qui s’écroule.

Ils allaient ! Déchirés‖ par quelque étrange faim,Sans entrevoir le but,‖ sans regarder la fin,Pris dans un noir vertige ;Et chacun, l’œil éteint‖ et le front dans les cieux,Tombait, en murmurant‖ des mots harmonieux,Lys inclinant sa tige.

Et l’ivresse augmenta.‖ Par degrés, éperdusTous chancelaient. À voir‖ tous leurs corps étendusPrès du marbre des portes,On eût dit, aux glaçons,‖ à la blancheur de lysDe ces rêveurs couchés,‖ une nécropolisPleine de choses mortes.

Alors, plus j’en voyais‖ tomber autour de moi,Hasard étrange ! Et plus‖ dans un divin émoiJe me sentais revivre.Enfin, glacé d’attente‖ et chaud de leurs baisers,Je sentis tressaillir‖ mes membres embrasésEt je voulus les suivre.

Mais la vierge à la lyre‖ eut un air abattuEt me prit par la main‖ en disant : connais-tuCes deux beautés de neige ?Moi je voulus partir‖ et je répondis : non !— L’une est la volupté, dit-elle, c’est son nom.— et l’autre ? Demandai-je.

— Cette fille si pâle, aux baisers si nerveux,Qui se laisse oublier‖ et dort dans ses cheveux ?C’est la mort qu’on la nomme.Et malgré ces deux noms‖ effrayants, j’allai pourBaiser aussi les seins‖ des vénus, fou d’amourN’ayant plus rien d’un homme.

Dès le premier baiser‖ je ne sais quelle peurMe vint, et je fléchis,‖ livide de stupeur,Comme en paralysie.À mon réveil, autour‖ du lustre qui pâlit,Ces visions fuyaient.‖ Seule auprès de mon litRestait la poésie.

C’est l’enfant à la lyre,‖ aux célestes amours,Que depuis j’ai suivie,‖ et que je suis toujoursDans son chemin aride.Voilà pourquoi, souvent‖ sur mon front fatigué,On voit, dans les éclats‖ du rire le plus gai,Grimacer une ride.

Versification

Forme
8 sizains (sizains)
Rimes
8(aabccb)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (32 de 12, 16 de 6)· profil 6, 6+6
Strophes
8 sizains
Mots à la rime
a quelques-uns / parfums masculine, classiqueb foule / s’écroule féminine, classiquec follement / sentiment masculine, classiquea faim / fin masculine, classiqueb vertige / tige féminine, classiquec cieux / harmonieux masculine, classiquea éperdus / étendus masculine, classiqueb portes / mortes féminine, classiquec lys / nécropolis masculine, classiquea moi / émoi masculine, classiqueb revivre / suivre féminine, classiquec baisers / embrasés masculine, classiquea abattu / connais-tu masculine, classiqueb neige / je féminine, classiquec non / nom masculine, classiquea nerveux / cheveux masculine, classiqueb nomme / homme féminine, classiquec pour / d’amour masculine, classiquea peur / stupeur masculine, classiqueb paralysie / poésie féminine, classiquec pâlit / lit masculine, classiquea amours / toujours masculine, classiqueb aride / ride féminine, classiquec fatigué / gai masculine, équivalente
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Cariatides, Paris, Charpentier, 1891· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources