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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Cariatides, 1842· Livre deuxième

Clymène

Théodore de Banville· distiques, alexandrins, 72 vers

L’aurore enveloppait‖ dans une clarté roseLe vallon gracieux‖ que le Pénée arrose,Et les arbres touffus,‖ et la brise et les flotsSe redisaient au loin‖ d’harmonieux sanglots.Près du fleuve pleurait,‖ parmi les hautes herbes,Une nymphe étendue.‖ À ses regards superbes,À ses bras vigoureux‖ et vers le ciel ouverts,À ses grands cheveux blonds‖ marbrés de reflets verts,On eût pu reconnaître‖ une fille honoréeDe Doris aux beaux yeux‖ et du sage Nérée.Ses cheveux dénoués‖ se déroulaient épars,Et ses pleurs sur son corps‖ tombaient de toutes parts.Ô trop bel Iolas !‖ Insensé, disait-elle,Pourquoi dédaignes-tu‖ l’amour d’une immortelle ?Guidé par ta fureur,‖ sans écouter ma voix,Tu vas, chasseur cruel,‖ ensanglanter les bois.Enfant ! Je ne suis pas‖ une blonde sirèneDont les chants radieux‖ pendant la nuit sereineÉgarent le pilote‖ au milieu des roseaux.Hélas ! J’ai bien souvent,‖ sur l’azur de ces eaux,Avec mes jeunes sœurs,‖ nymphes aux belles joues,Folâtré près de toi‖ dans l’onde où tu te joues,Et pour ton fleuve bleu‖ quitté nos océans !Bien souvent, pour te voir,‖ j’ai sur les monts géantsPorté le long carquois‖ des jeunes chasseresses,Et, livrant aux zéphyrs‖ tous mes cheveux en tresses,Comme font les enfants‖ de l’antique Ilion,Jeté sur mon épaule‖ une peau de lion.Bien souvent, nue, en chœur‖ j’ai conduit sous ces arbresLes nymphes du vallon‖ aux poitrines de marbres ;Mais sous les flots d’azur,‖ aux grands bois, dans les champs,Jamais tu n’es venu‖ pour écouter mes chants.Et cependant, ainsi‖ que les nymphes des plaines,J’avais pour toi des lys‖ dans mes corbeilles pleines ;Mais tu les refusais,‖ et la seule PhyllisPeut jeter devant toi‖ ses chansons et ses lys.Quand je t’ai tout offert,‖ tu gardais tout pour elle.Et pourtant de nous deux‖ quelle était la plus belle ?Souvent dans nos palais‖ j’ai vu le flot, moins prompt,Frémir joyeusement‖ de réfléchir mon front ;Sur un sein éclatant‖ mon cou veiné s’incline,Un sang pur a pourpré‖ ma lèvre coralline,Le ciel rit dans mes yeux,‖ et les divins amantsAutrefois m’appelaient‖ Clymène aux pieds charmants.Ami ! Viens avec moi.‖ Nos sœurs les néréidesT’ouvriront sur mes pas‖ leurs demeures splendides,Et, près des cygnes purs,‖ dans leurs ébats joyeux,Nageront, se plaisant‖ à réjouir tes yeux.Là, comme les grands dieux,‖ dans nos chastes déliresNous savons marier‖ nos voix aux voix des lyres,Ou verser le nectar‖ dans les vases dorés ;Et l’onde, en se jouant‖ près de nos bras nacrés,Songe encore aux blancheurs‖ de l’anadyomène.Oh ! Désarme pour moi‖ ta froideur inhumaine ;Viens ! Si tu ne veux pas‖ que sous ces arbrisseauxMes yeux voilés de pleurs‖ se changent en ruisseauxOu que tordant mes bras‖ divins, comme Aréthuse,Je meure, en exhalant‖ une plainte confuse.Mais, hélas ! L’écho seul‖ répond à mes accords ;Le soleil rougissant‖ a desséché mon corpsDepuis que je t’attends‖ de tes lointaines courses,Et mes yeux étoilés‖ pleurent comme deux sources.Ainsi Clymène, offerte‖ au courroux de Vénus,Disait sa plainte amère ;‖ et les sœurs de CycnusPleuraient des larmes d’ambre,‖ et les gouffres du fleuvePleuraient, et la fleur vierge,‖ et la colombe veuve,Et la jeune Dryade‖ en tordant ses rameaux,Pleuraient et gémissaient‖ avec d’étranges mots.Et lorsque vint la nuit‖ ramener sa grande ombre,Où scintille Phœbé,‖ sœur des astres sans nombre,Au sein des flots troublés‖ et grossis de ses pleurs,Triste, elle disparut‖ en arrachant des fleurs.

juillet 1842.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
36((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a rose / arrose féminine, classiqueb flots / sanglots masculine, classiquea herbes / superbes féminine, classiqueb ouverts / verts masculine, classiquea honorée / Nérée féminine, classiqueb épars / parts masculine, classiquea disait-elle / immortelle féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiquea sirène / sereine féminine, classiqueb roseaux / eaux masculine, classiquea joues féminine, classiqueb océans / géants masculine, classiquea chasseresses / tresses féminine, classiqueb Ilion / lion masculine, classiquea arbres / marbres féminine, classiqueb champs / chants masculine, classiquea plaines / pleines féminine, classiqueb Phyllis / lys masculine, classiquea elle / belle féminine, classiqueb prompt / front masculine, classiquea s’incline / coralline féminine, classiqueb amants / charmants masculine, classiquea néréides / splendides féminine, classiqueb joyeux / yeux masculine, classiquea délires / lyres féminine, classiqueb dorés / nacrés masculine, classiquea l’anadyomène / inhumaine féminine, classiqueb arbrisseaux / ruisseaux masculine, classiquea Aréthuse / confuse féminine, classiqueb accords / corps masculine, classiquea courses / sources féminine, classiqueb Vénus / Cycnus masculine, classiquea fleuve / veuve féminine, classiqueb rameaux / mots masculine, classiquea ombre / nombre féminine, classiqueb pleurs / fleurs masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Cariatides, Paris, Charpentier, 1891· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources