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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Cariatides, 1842· Livre premier

Les baisers de pierre

Théodore de Banville· strophe unique, alexandrins, 994 vers

à Armand Du Mesnil

La lumière des candélabres devint
blafarde et verte, les yeux des femmes
et les diamants s’éteignirent ; le rubis
radieux étincelait seul au milieu du
salon obscurci,comme un soleil dans
la brume.THÉOPHILE GAUTIER, Onuphrius.

Sois béni, mon très cher !‖ Ta gracieuse lettreM’a trouvé justement‖ comme j’allais me mettreAu lit. Quand sur un vers‖ on s’est presque endormi,C’est un charmant réveil‖ qu’une lettre d’ami ;Un carré de papier‖ qui vient de tant de lieues,Auprès du foyer rouge‖ ou des collines bleues,Vous dire les échos‖ de la grande cité !Oh ! Cher ! En te lisant,‖ mon cœur tout excitéS’élançait dans l’azur‖ vers son Paris grisâtre.Le feu plein de rubis‖ qui pétille dans l’âtre,La cigarette amie‖ et le punch vigilantQui fait danser au mur‖ un farfadet sanglant,Notre bon far-niente‖ avec nos causeries,Nos divagations‖ dans les routes fleuries,Je voyais tout cela !‖ Près des riants LignonsJ’égarais de nouveau‖ tous nos chers compagnonsQui remplissent de vin‖ les verres de Venise,Et ces pâles enfants‖ que mon vers diviniseEt dont la lèvre, prompte‖ à nous incendier,A pris sa folle pourpre‖ aux fleurs du grenadier.Ce que j’aime de toi,‖ c’est que la poésieQui coule sous ta plume‖ et qui me rassasie,N’exclut aucunement‖ ces détails parfumésQui reportent le cœur‖ sur les objets aimés.Tu rêves donc toujours !‖ Et Victor ? Il travaille.Son destin est marqué,‖ vois-tu. Vaille que vaille,Il ira loin. Alfred‖ aime toujours Jenny ?Hélas ! Si, pitoyable‖ à son rêve infini,Elle entr’ouvrait le ciel‖ à cet enfant qui souffre,Il nous rappellerait‖ Décius et le gouffre.Il est triste pourtant,‖ pour un beau chérubin,D’avoir vu tant de fois‖ son Ève dans le bain,De l’avoir aspirée‖ à long regard de faune,Sans pouvoir défleurir‖ le bout de son gant jaune.Un jour qu’il ébauchait‖ la Magdeleine en pleurs,Jenny parut soudain,‖ comme un bouquet de fleurs :Le tableau saint lui plut,‖ à la fille profane ;Mais il était promis‖ à quelque autre sultane,Si bien que notre ami‖ jeûna devant l’ÉdenQu’il se serait ouvert‖ au seul prix d’un amen.Une chose, à mon sens,‖ qu’on doit trouver exquise,C’est ce que tu me dis,‖ cette pauvre marquiseToujours en pleurs, toujours‖ fidèle à son tourment !On dit Lutèce triste‖ épouvantablement,Et que dans cet ennui,‖ dont s’augmente la dose,On adore pourtant‖ Mademoiselle Doze.Un nouveau diable est-il‖ entré dans le beffroi ?Dis-moi l’événement‖ du jour, tandis que moi,Pour te conter aussi‖ quelque nouvelle histoire,Je fouille vainement‖ le fond de l’écritoire.Dois-je à ton préjudice,‖ infortuné songeur !Abuser des récits‖ que pare un voyageur ?Cela m’ennuierait fort,‖ et ce serait folie.Eussé-je parcouru‖ l’Espagne ou l’Italie,Rien ne t’empêcherait‖ en me laissant moi, nain,De lire là-dessus‖ Dumas, ou mieux, Janin.Et d’ailleurs, à Bourbon,‖ aux pelouses d’Avermes,Dont l’Allier, fleuve d’or,‖ arrose les dieux Termes,À Souvigny, vieille urbs,‖ où près des noirs piliersDorment sur leurs tombeaux‖ d’antiques chevaliers,À Moulins, sous les vieux‖ tilleuls du cours Bérulle,J’ai gardé la folie‖ et l’amour qui me brûle.Je suis toujours le même‖ et tel que tu m’as vu,De fantaisie étrange‖ abondamment pourvu,Joyeux, gai, chérissant‖ la vie et son ivresse,Mais plus jaloux toujours‖ de ma blonde paresse.Je continue à croire‖ ici que les hérosTrouveraient dans les champs,‖ à l’ombre des sureaux,Ce qu’ils cherchent au sein‖ des batailles rangées.Quant aux paupières, moi,‖ je les aime orangées.Pour dormir le matin,‖ j’aime épais les rideaux,Et préfère ardemment‖ le Bourgogne au Bordeaux.Puis, n’étant pas de ceux‖ que l’amour scandalise,J’en parle volontiers‖ chez une cidalise.Rousse comme à Cythère,‖ et les yeux éclatants,Sa taille a beaucoup plu‖ quand elle avait vingt ans.Ainsi, je te l’ai dit,‖ je suis toujours le même,Toujours aussi français,‖ toujours aussi bohême,Toujours de bonne race‖ enfin, dur comme un rocAux faiseurs, et moins fort‖ que le bon Paul De KockPour agencer tout seul‖ le plan de quelque chose,Du reste, chérissant‖ l’écarlate et le rose.Ma muse, à moi, n’est pas‖ une de ces beautésQui se drapent dans l’ombre‖ avec leurs majestésComme avec un manteau‖ romain. C’est une filleÀ l’allure hardie,‖ au regard qui pétille ;Charmeresse indolente,‖ elle sait parfumerSes bras nus de verveine‖ et de rose, et fumerLa cigarette ; elle a‖ des étreintes lascives,Des chastetés d’enfant‖ et des larmes furtives.Ne t’étonne donc pas‖ que de l’ami ProsperElle ne t’ait pas fait‖ un héros duc et pair.Si le supplice lent‖ que son loisir te forge,L’ennui, te saisissait‖ par trop fort à la gorge,Car, par oubli sans doute,‖ on n’a pas fait de loiContre les rimailleurs,‖ eh bien ! Figure-toiQue nous sommes encore‖ à ces folles soirées,Où nous buvions l’espoir‖ dans les coupes dorées,Où nos yeux pleins de rêve,‖ autour du kirsch en feu,Dans les flots de fumée‖ avaient un pays bleu.On y raillait toujours‖ quelqu’un ou quelque chose ;Nous lisions, moi, des vers,‖ parbleu ! Toi, de la prose ;Le poëte pourtant,‖ c’est bien toi. Le passéRevient, je continue‖ un récit commencé.Donc, Prosper apparaît.‖ Seize ans, l’âge critique.Avec un père imbu‖ de la sagesse antique,Un père homme d’esprit,‖ là, comme on n’en voit pas,Tout plein d’un vieux respect‖ pour les quatre repas,Mais qui, fort dénué‖ du revenu des princes,Trouvait bon de laisser‖ son épouse aux provinces.Et puis une cousine‖ au regard enragéQui sortait chez le père‖ aux grands jours de congé,Un démon de velours,‖ une pensionnaireDont le vainqueur d’Elvire‖ eût fait son ordinaire.Petits pieds andalous,‖ braise rougeâtre aux yeux,Corps de liane, bras‖ d’ivoire, cheveux bleus.Tout cela s’appelait‖ Judith. La vierge, en somme,Eût fait par son sourire‖ un empereur d’un homme.Prosper ne devint pas‖ du tout empereur, maisIl devint en revanche‖ amoureux, ou jamaisHomme ne désira‖ cette pourpre enchantéeQui frémit sur la lèvre‖ en fleur de Galatée.Il aimait à tel point,‖ lui, qu’il en maigrissait.Comment la guérison‖ arriva, Dieu le sait.Ce fut d’abord un soir,‖ sous une allée ombreuse :Judith lui confia‖ qu’elle était malheureuse,Que sa petite amie‖ aimait un monsieur brun,Et qu’elle voudrait bien‖ aimer aussi quelqu’un.Notez que ce jeune homme‖ avait deux noirs complicesDe son naissant amour,‖ oui, deux moustaches lissesComme une aile de cygne,‖ et qu’il était rempliDe politesse ; enfin‖ un jeune homme accompli.Prosper lui répliqua :‖ moi, je n’ai pas encoreDe moustaches ; mais, vois,‖ ma lèvre se colore,Et j’en aurai bientôt.‖ Si tu veux me laisserT’aimer, sois ma chère âme,‖ et je vais t’embrasser.Or, Judith objecta‖ qu’elle avait eu la fièvre,Que les baisers laissaient‖ des traces sur la lèvre,Et se mit en colère‖ avec sa douce voix,Si bien que son cousin‖ l’embrassa quatre fois.Puis elle n’osa plus‖ se fâcher, dans la crainteD’être embrassée encor.‖ Voyez quelle contrainte !Les choses allaient donc‖ au mieux. S’il n’eût falluRentrer pour le souper,‖ tu ne m’aurais pas luDavantage. Le cœur‖ de Prosper se dilate,Et la fillette semble‖ une rose écarlate.Le pater Anchises,‖ qui commence à souffrirD’une superbe faim,‖ a crié d’accourir,Et jure que le soir‖ on attrape du rhume.Prosper prouve contra‖ que l’exercice allumeL’appétit, et qu’aux nerfs‖ il est quelquefois bon.Le père, là-dessus,‖ découpe le jambon.Que ton parfum est doux,‖ ô suave caresse !Ô bonheur encor chaste‖ et déjà plein d’ivresse !Oh ! Ces regards tout pleins‖ de billets doux, ces piedsQui se cherchent tout bas,‖ vainement épiés !Oh ! Comme cet amour,‖ enfant né dans les flammes,Est un bon statuaire‖ et sait pétrir les âmes !Oh ! Que tristes et longs‖ passent les lendemains !Comme on invente alors,‖ pour se tenir les mains,Quelque moyen nouveau‖ que l’on ignorait ! CommeIl veut dire à la fois,‖ le nom dont on la nomme,Étoile, perle, fleur,‖ chanson, lumière ! Et puisTu sais, on va le soir‖ regarder dans le puitsLa fleur qui de ses mains‖ fragiles est tombée.Je crois qu’on la prendrait‖ d’une seule enjambée !Comme tout devient rose‖ et doux ! Comme on est fierDu vieux ruban flétri‖ qu’elle portait hier !Ô démence ineffable‖ et qui nous fait renaître !On en serait heureux,‖ si quelqu’un pouvait l’être.Pourquoi le cœur est-il‖ si large et si profond,Que nulle volupté‖ n’en atteigne le fond ?Pourquoi, noyé des feux‖ d’une humide prunelle,Voulons-nous embrasser‖ la menteuse éternelle,Et d’où vient ce désir‖ d’être déchiquetéEntre les doigts crochus‖ de la réalité ?Certes, Prosper avait‖ une âme de poëte,Mais de riches désirs‖ bouillonnaient dans sa tête,Et ses sens lui disaient‖ que ce n’est pas assezDe la communion‖ des regards embrassés.Souvent il s’en alla‖ dans les bruyères sombres,La nuit, s’asseoir tout seul‖ au milieu des décombres ;Il s’en alla gravir‖ le pied fangeux des monts,Où les rocs dentelés‖ semblent de noirs démons :La lune aux yeux d’argent‖ frissonnait. La roséePleurait de chastes pleurs‖ sur sa bouche arrosée ;Tout semblait un joyau‖ doux et silencieux ;La terre d’émeraude‖ et la turquoise aux cieux,Et le frêle rameau‖ tendant sa verte palme ;Tout, excepté les sens‖ de Prosper, était calme.Au fait, comment rester‖ tant de jours sans se voir ?Vivre un jour sur huit jours,‖ est-ce vivre ? Et le soirSe quitter ! Et sentir‖ sur une froide coucheLa solitude avec‖ son baiser sur la bouche,Courtisane de marbre,‖ et qui vient vous saisirQuand votre ami la chasse‖ aux rires du plaisir !Et ces rêves menteurs !‖ Et ces nuits d’insomnie,Quand, près du temple où dort‖ la chère Polymnie,On rôde, l’œil fixé‖ sur le vieux mur éteintQui des rayons du monde‖ a préservé son teint !Un grand homme inconnu,‖ joueur de chez Procope,Disait que le désir‖ est un bon microscope :Or, tant de fois Prosper‖ vint explorer le mur,Que pour cet examen‖ un soir le trouva mûr.Il vit qu’au résumé‖ la pente était fort douce,Et les pierres d’en haut‖ recouvertes de mousse.Il alla donc trouver‖ Judith, et lui fit partDe l’idée. On pouvait‖ assiéger le rempart.L’enfant sourit tout bas,‖ baissa sur les étoilesDe ses pudiques yeux‖ l’ébène de leurs voiles,Et dit que là-dessus‖ il fallait éclairerLa sous-maîtresse, afin‖ que l’on fît réparerLa muraille. Tu vois‖ qu’ils étaient loin de compte.Prosper à ce mot-là‖ devint rouge de honte.Puis vinrent les serments,‖ les larmes, les combats.Elle écoutait si bien,‖ et lui parlait si bas,Qu’à peine si la brise‖ avec ses ailes d’angeEmporta quelques mots‖ de ce céleste échange.— Vous me faites mourir, monsieur ! — venez ici !— Non, je te hais ; va-t’en ! — vous croyez ? Grand merci !— Et mon honneur, monsieur ! Un mur ! La belle histoire !— Je t’aime ! — taisez-vous, démon ! — un bras d’ivoire !— Mais je n’y viendrai pas. — des yeux à s’y noyer !— Vous mentez, vous ! — je t’aime ! — oh ! Le beau plaidoyer !Ici la brise encor‖ passa mystérieuse,En courbant les rameaux‖ du saule et de l’yeuse.— On peut, sans être vue, en un sombre peignoir…— On ne peut pas, monsieur ! — s’échapper du dortoir.— Je ne t’écoute plus. — enfant ! — oh ! Dis, toi-même,Non, tu ne voudrais pas me perdre ainsi ! — je t’aime.Ces pauvres amoureux‖ n’ont pas d’autre raison !Celle-là, par bonheur,‖ est toujours de saison.Parlèrent-ils encor ?‖ Je ne sais trop. La briseNe les entendit plus.‖ Mais, sur la pierre grise,Près du mur dont la mousse‖ a rongé les granits,Elle revint un soir‖ baiser leurs fronts unis.Quelle joie, ô mon dieu !‖ Les heures solennelles,La nuit qu’ils éclairaient‖ de leurs chaudes prunelles,Le parfum des jasmins‖ et des pâles rosiers,Tout prenait à la fois‖ leurs cœurs extasiés.La brise soupirait‖ entre eux deux. Leurs parolesNe s’échangèrent plus,‖ et puis leurs lèvres follesConfirmèrent tout bas‖ les clauses de l’hymenQue la main de chacun‖ jurait à l’autre main.Ce fut comme un éclair‖ où flambent deux nuages,Ineffable moment‖ que les plus durs naufragesNe sauraient arracher‖ du cœur ! Car, si profondQu’il soit, et quelque fiel‖ qu’il élabore au fond,Quelque orage qu’un jour‖ la passion y fasse,Toujours ce feu céleste‖ en dore la surface.Oh ! Comme ils oubliaient‖ le monde, cet égout !Et leurs plaisirs d’enfant,‖ et leurs mères, et tout !Comme au baptême saint‖ des invisibles flammesIls brûlaient leurs passés‖ et retrempaient leurs âmes !Fut-ce un rare bonheur‖ pour les sens enlacés ?Oui, mais les vrais moments‖ d’extase était passés ;Car les plus doux transports‖ sont dans l’inquiétudeDont les rêves s’en vont‖ à la béatitude,Quand le cœur comprimé‖ doute, et sous le surcroîtDu doute, se replie‖ et se réveille, et croit !Mais quand l’illusion‖ s’incarne tout entière,Lorsque l’ange du rêve‖ est devenu matière,On ne sait plus alors‖ ce qu’on en pensera.C’est le provincial‖ qui vient à l’opéraDes clochers inconnus‖ de sa verte campagne.Il vient comme on viendrait‖ au pays de Cocagne,Si bien que ni le chant,‖ ni le public choisi,Ni le vol fabuleux‖ de Carlotta GrisiEt les pâles Willis‖ avec leurs maillots roses,Ne semblent à ses yeux‖ de merveilleuses choses.Il rêvait tout moins beau,‖ mais quelque chose encor,Et croyait au perron‖ trouver des marches d’or.C’est ainsi que l’espoir‖ s’entoure de mensonges,Et que la passion‖ est un pays de songesOù l’on va comme un homme‖ enivré d’alcool.Il semble qu’on va suivre‖ un aigle dans son vol,Qu’on est grand, que la joie‖ et ses rudes atteintesEn râles convulsifs‖ tordront les chairs éteintes,Qu’on se relèvera‖ tout autre ; mais souventOn se retrouve après‖ gros-jean comme devant.Aussi lorsque j’ai soif‖ de rage et de caresse,En un mot, que je veux‖ choisir une maîtresseTelle que le dieu grec‖ les élève à son jeu,Une femme de lit,‖ je m’inquiète peuDes petits pieds de reine‖ et des yeux en amandes.Ce qu’il me faut, à moi,‖ ce sont les chairs flamandesQue dessinait Rubens‖ de son hardi pinceau.Quant à ces dona sol‖ aux tailles d’arbrisseauDont les cheveux pleureurs‖ vont en rameaux de saules,C’est trop triste pour moi.‖ Mais de larges épaules,Des jambes d’amazone‖ et des bras sans défaut,Et des muscles de fer,‖ voilà ce qu’il me faut !Avec son torse fier,‖ la vénus Callipyge,Comme poëme épique,‖ est un rare prodige.Des bandeaux moyen âge‖ avec des yeux cernésFont de sombres profils‖ d’archanges consternés ;Mais cette lèvre rouge‖ et ce sein qui frissonne,Le port majestueux‖ que la stature donne,Ces hanches aux plis durs,‖ ces robustes appas,Qui vous les donnera,‖ si vous n’en avez pas ?Il faut avoir jauni‖ dans un cachot bien sombre,Où de pâles serpents‖ se caressent dans l’ombre,Pour bien savourer l’air‖ et la beauté des cieux.On se blase sur tout :‖ sur l’azur des beaux yeux,Sur le scribe fécond,‖ sur le pâté d’anguille,Sur le chant que murmure‖ une rieuse fille ;Et toutes les beautés‖ auxquelles nous croyonsTombent au souffle impur‖ des désillusions.Le grand héros nous semble‖ un meurtrier. Le princeEst pour nous un flâneur‖ venu de sa province,Le politique un sot‖ raillé par le destin,La vierge une Isabelle‖ agaçant Mezetin,L’astronome savant‖ un fou dans les étoiles,Ce divin coloriste‖ un barbouilleur de toiles ;Nos souvenirs aimés‖ deviennent des fardeaux,Et les pauvres honteux‖ achètent des landaus.L’espérance se fait‖ un chagrin près d’éclore,L’amour un impudent‖ marché ; le météoreUn lampion fumeux‖ accroupi sur un if.Des seins fermes et lourds,‖ au moins, c’est positif.Quoique Prosper n’eût pas‖ dans cette nuit peut-êtreConnu tout le bonheur‖ qu’il rêvait sous le hêtre,Lorsque le blond Phœbus‖ parut à l’horizon,Il partit, mais laissant‖ son cœur à la maison,Si bien que l’on trouva‖ sa démarche légère.Puis il vécut ensuite‖ au sein d’une atmosphèreDe bagues en cheveux,‖ de petits billets doux,Éden de souvenirs,‖ de fleurs, de rendez-vous,Qui put, malgré l’effort‖ de la fortune humaine,Comme dans la chanson,‖ durer une semaine.Quoi, huit jours seulement !‖ C’est bien peu, diras-tu.Être huit jours fidèle‖ est presque une vertu :D’abord on a le temps‖ d’écrire plusieurs stancesQuand on s’aime huit jours.‖ Et puis les circonstancesViennent souvent forcer‖ à se quitter plus tôtQu’on ne veut. Le malheur‖ est un grand paletotQu’endosse tour à tour‖ chaque homme, et que sans honteProsper doit endosser‖ à cet endroit du conte.Ce conte, pour toi seul,‖ ami, je l’ai rimé ;Toutefois, s’il fallait‖ qu’on le vît imprimé,Sortant pour cette fois‖ de la nuit protectrice,Je m’agenouillerais‖ aux pieds de ma lectrice,Petits pieds que je vois,‖ chaussés d’un clair velours,Mollement endormis‖ sur des coussins bien lourds ;Charmante caution‖ pour répondre du reste.Puis en levant les yeux,‖ je verrais sans contesteUn visage adorné‖ d’un éclat non pareil,Un front d’ivoire mat‖ et des yeux de soleil ;Puis un hardi corsage,‖ et, sur un flanc qui ploie,Des cheveux soyeux, pleins‖ de délire et de joie,Sombres comme le noir‖ feuillage des forêts.Or, je crois que voici‖ ce que je lui dirais :Ô ma dame d’amour !‖ Mon amante inconnue !À qui la vérité‖ parle ici toute nue,Oh ! Si, réalisant‖ tous mes rêves de fou,Chère, vous me vouliez‖ jeter vos bras au cou,À l’heure où l’ombre molle‖ endort les tubéreuses,Et me donner huit nuits‖ de vos nuits amoureuses,(Éros devine alors‖ ce que je tenterais ! )Ma dame, sur l’honneur,‖ je m’en contenterais.Enfin, comment cessa‖ ce bonheur éphémère ?Cela vint de Prosper.‖ Qui l’aurait cru ? Sa mèreMourut tout justement‖ à cette époque-là.Or, elle avait un frère‖ aîné, qu’on rappelaD’exil en mil huit cent‖ quatorze. Un gentilhommeTrès entiché des fleurs‖ de lys, et brave commeBayard, au temps jadis‖ fort bien vu de la cour.La digne sœur et lui‖ se chérissaient, et pourSe réunir encor‖ dans la main où l’on trembleEt ne pas se quitter,‖ ils moururent ensembleDe vieillesse. Prosper‖ fut contraint de partirPour recueillir avec‖ des sanglots de martyrL’héritage de l’oncle,‖ un fort bel héritageQui n’aurait pas tenu‖ de Penafiel au Tage.Ayant enfin rempli‖ tous les devoirs que feuNotre oncle, s’il fut riche,‖ impose à son neveu,Il s’entoura d’un crêpe,‖ et prit la malle-poste,Rêveur comme un lépreux‖ de la cité d’Aoste.De plus, quand il revint,‖ son père avait quittéNotre monde frivole‖ et plein d’iniquité.Que de morts à la fois !‖ C’est comme un mélodrameOù les trépas fameux‖ s’impriment à la rame,Bel art au nom duquel‖ D’Ennery méritaLa croix ! Prosper pleura‖ beaucoup, mais hérita.C’est un baume aux chagrins‖ les plus cuisants. En sommeIl eût trouvé l’auteur‖ de ses jours un brave homme,Si ce pauvre vieillard‖ à ses derniers moments,Quoiqu’il eût toujours eu‖ les meilleurs sentiments,Ne se fût laissé faire‖ une bévue exquise.Je te le donne en cent !‖ Il fit… Judith marquise.Afin qu’elle eût un père‖ avec un bel hôtel,Un jour il la mena‖ toute blanche à l’autel.Quant à son jeune époux,‖ ce fut un diplomateHaut, sec, raide, pompeux,‖ monté dans sa cravate,Droit comme un lys, couvert‖ de croix, éblouissant,Et portant de sinople‖ au griffon d’or yssantDu chef ; d’ailleurs sauvage,‖ aimant la solitude,Et voyageant toujours ;‖ mais ayant l’habitudeMauvaise de rentrer‖ dans sa demeure à pasDe loup, toutes les fois‖ qu’on ne l’attendait pas.Pour les fleurs sans parfum,‖ le satin et le cierge,Oublia-t-elle donc‖ ses doux serments de vierge ?Son cœur fut donc un gouffre‖ où l’on pouvait plongerSes rêves, sans que rien‖ ne dût y surnager ?Peut-être. Elle ne vit‖ dans cet épithalameQu’un moyen tout trouvé‖ de jouer à la dame.Elle eut de fins chevaux,‖ des villas, des palais,Du drap rouge fort cher‖ sur des corps de valets,Et fit merveille au bois‖ avec ses équipages.On prétendit alors‖ qu’elle eut même des pages.Aussi ne parlons pas‖ de ces pensionnatsOù l’on a le secret‖ de charmants incarnatsPour se faire monter‖ la pudeur au visage,Lorsqu’un œil indiscret‖ vous fixe le corsage.Oh ! Si quelqu’un lisait‖ sous vos regards baissésTous les impurs désirs‖ dont vous vous enlacez,Courtisanes d’esprit,‖ filles dont le corps chasteEst comme un champ de fleurs‖ que l’ouragan dévaste !Pâles virginités,‖ vertus sans lendemain,Laissant votre dépouille‖ aux buissons du chemin !Écoute, le hasard,‖ ou bien les dieux prospèresM’ont fait vivre un instant‖ dans un de ces repaires.J’y cherchais un écho‖ des chants du paradis.N’aurais-tu pas pensé‖ comme je pensais, dis ?Eh bien, souvent, le soir,‖ caché sous des charmilles,J’ai surpris le secret‖ de quelques blondes filles,J’écoutais inquiet,‖ presque comme un amant,Et j’ai senti le rouge‖ à ma face. VraimentIl se murmure là‖ des discours dont l’exordeSoulèverait le cœur‖ aux danseuses de corde !Puis, c’est là qu’on apprend‖ le sourire qui mordEt l’art si compliqué‖ de mentir sans remord.Ne crois pas que Judith‖ fût donc embarrasséePour dire à son cousin‖ qu’on l’avait tant forcéeQu’elle n’avait pas pu‖ refuser cet oison.Prosper lui répliqua :‖ vous avez bien raison,Et ce n’est après tout‖ qu’une affaire de forme,Car un époux marquis‖ reste, pourvu qu’il dorme,Un meuble de salon‖ à ne pas dédaigner.Mais un ancien amour‖ permet d’égratignerLe papier qu’a noirci,‖ par un affreux mystère,Hymen, ce dieu qui porte‖ un habit de notaire.Tu sais que tous les deux‖ aimaient à discuter,Car nous les avons vus‖ autrefois affronterLa nuit fraîche, sous une‖ allée ombreuse et noire,À l’heure douce où Puck‖ dans le ruisseau vient boire ;Tu sais que, tous les deux,‖ après ces beaux discours,Nous les avons trouvés‖ dans des spasmes bien courtsAu fond d’un vieux jardin,‖ sur le banc, dont la mousseEmpruntait à Phœbé‖ sa lueur pâle et douce.Après les pourparlers‖ dont il s’agit ici,Nous devons comme alors‖ les retrouver aussi,Non pas dans un jardin,‖ nous sommes en décembre,Mais au fond d’un boudoir‖ rose et parfumé d’ambre,Avec de gros coussins‖ vêtus de velours verts,Comme on aime à les voir‖ dans le cœur des hivers ;Boudoir fort isolé,‖ n’ayant pour toute issueQu’une fenêtre haute‖ assise sur la rue.La nymphe du foyer‖ devient rouge, le théPar Judith elle-même‖ est bientôt apprêté,Puis dans les flacons d’or‖ le vin de SyracuseOffre aux jeunes amants‖ une charmante excuseDe toutes les pudeurs‖ qu’ils pourraient oublier.Oh ! Quel désir aigu‖ les vint alors lier !Qu’ils allaient bien mourir‖ dans ces voluptés sombresQue l’ange de la nuit‖ caresse de ses ombres,Et dont ils connaissaient‖ l’extase jusqu’au fond !Mais voilà le mari,‖ diplomate profond,Qui revient tout à coup,‖ montrant sous sa paupièreL’impassible regard‖ du convié de pierre.Deux hommes sur les bras‖ alors qu’on en veut un,Certes, cela doit être‖ un conflit importun,Et l’on voudrait s’enfuir‖ dans un autre hémisphère.Pas de cachette, hélas !‖ Que résoudre ? Que faire ?Encore, à l’ambigu‖-comique, ce seraitFacile, on trouverait‖ un passage secretDans un mur féodal.‖ Se tuer l’un ou l’autreSans pouvoir seulement‖ dire de patenôtre,C’est un moyen fossile‖ et maintenant honni ;D’ailleurs cela serait‖ imité d’Antony.Puis, Judith n’était pas‖ de ces femmes novicesQui prouvent leur amour‖ avec des sacrifices,Et qui donnent leur vie,‖ en faisant peu de cas.Elle jeta la lampe‖ avec un grand fracas,Et se mit à rugir‖ ce cri de rage folleQue hurle avec horreur‖ la femme qu’on viole.Aussitôt parut, fier‖ comme un toréador,Un suisse vert-lézard‖ caparaçonné d’or,Qui, jaloux de servir‖ les vertus de madame,Pour la première fois‖ sut dégainer sa lame.Comme tous les chasseurs,‖ ce fat malencontreuxDes pieds de sa maîtresse‖ était fort amoureux ;Ce fut donc comme un tigre‖ altéré de carnageQu’il arrêta Prosper,‖ et, contre tout usage,Le jeta sans façon‖ par la fenêtre, avantDe regarder au moins‖ s’il faisait trop de vent.Madame, quand parut‖ son noble misanthrope,Eut tout juste le temps‖ de tomber en syncope,Comme une Sémélé‖ devant son Jupiter.Le raide commandeur‖ demanda de l’éther.L’événement courut‖ le lendemain. La pressePour gloser sans mesure‖ oublia sa paresse ;On en parla beaucoup‖ dans les nobles faubourgs,Et Judith fut malade‖ au moins quinze grands jours.Descendons si tu veux‖ dans la rue, où la neigeÉtend sur le pavé‖ son manteau de Norwège.Quand le pauvre Prosper‖ s’éveilla pâle, sansUn souvenir, et vit‖ s’attrouper les passants,Il se trouva meurtri‖ sur des angles de glace,Où nous le laisserons‖ sans le bouger de place,Tel est notre caprice,‖ encor pour quelques vers.D’autant qu’on se fatigue‖ à ces récits divers,Et qu’il me faut quitter‖ la mystique ceinture,Car nous avons ce soir‖ bal à la préfecture.Déjà le jacquemart,‖ Quasimodo de plomb,Vient de sonner dix coups‖ avec beaucoup d’aplomb,L’ancien hôtel Saincy‖ s’entr’ouvre et s’illumineTandis que des beautés‖ à la superbe mineS’y rendent, en passant‖ par le pompeux séjourNé sous le consulat‖ de Monsieur De Champflour.Faut-il continuer ?‖ Je n’en ai guère envie.Le malheureux Prosper !‖ Comme, en pendant sa vieÀ des lèvres de femme,‖ il s’était bien trompé !Notre terre promise‖ est un roc escarpé :Il ne le savait pas ;‖ mais avoir fait son rêveD’un poëme d’amour‖ qu’une autre main achève,Être sorti vivant‖ de son passé caduc,Avoir fouillé son cœur‖ pour en donner le suc,Puis, amant d’une Églé,‖ se voir trahir par elle,C’est à se rendre ermite,‖ ainsi que Sganarelle.Hérodiade, svelte‖ en ses riches habits,Portant sur un plat d’or‖ constellé de rubisLa tête de saint Jean‖-Baptiste qui ruisselle,Nous résume très bien‖ l’histoire universelle ;Car le sage est toujours‖ celui qui, la voyantSous les tissus vermeils‖ et roses d’orient,Admire ses yeux noirs‖ et les fleurs de l’étoffe.Mais, par Bacchus ! Pourquoi‖ faire le philosopheAu bout d’un conte bleu‖ qui nous intéressait ?Disons ce qu’il advint‖ de Prosper. Qui le sait ?Comme un sombre plongeur‖ qui se confie aux lames,Il s’engouffra vivant‖ dans une mer de femmes,Festonna ses rideaux‖ d’actrices et de rats,Et devint très couru‖ dans les deux opéras.Frêles roseaux fleuris‖ sur les pierres gothiques,Types germains coulés‖ dans les moules celtiques,Bacchantes de Toscane‖ à la parole d’or,Pensives Lélias‖ qui cherchaient leur Trenmor,Elvires aux pieds fins,‖ bijoux d’Andalousie,Vierges à l’œil fendu‖ sous le surmé d’Asie,Il sut tout effeuiller‖ en critique de goût,Et quand il n’eut plus rien‖ à donner, il eut tout.Il eut, n’espère pas‖ que je les enregistre,Au théâtre-français‖ l’amante d’un ministre,Dont Paris en silence‖ admirait la hauteurSuperbe. Aux environs,‖ la femme d’un auteurDramatique, et Fanny,‖ la fille aux lèvres rouges,Dont la voix éveillait‖ les morts, et, dans les bouges,Éléonore, Esther,‖ Léontine et Jenny.Si je te disais tout,‖ quand aurais-je fini ?Ce serait trop. D’autant‖ que, grâce à ces astuces,Il trouva des vertus‖ et des princesses russes,Qu’il serait dangereux‖ de nommer pour raisonD’époux, et dont je veux‖ respecter le blason.D’ailleurs tout ce plaisir‖ est rampant et livide ;Avant de s’enivrer‖ on voit la coupe vide,Tandis que le vautour,‖ le souvenir vainqueur,Vous broie incessamment‖ de ses griffes le cœur.Oh ! Quelle chose aimée‖ alors semblerait douce ?Le zéphyr caressant,‖ la lumière, la mousse,Ou le givre odorant‖ des amandiers fleuris ?Prosper le blond rêveur‖ n’avait trouvé de prixÀ tous ces charmes nus‖ de la jeune natureQue lorsque à son amie‖ ils servaient de parure.Tout est décoloré,‖ discordant et fatalÀ présent, tout se tait.‖ Le ruisseau de cristalMurmurait sur ses pieds‖ délicats. Le vieux saulePenchait de verts rameaux‖ jusqu’à sa blanche épaule.En voltigeant, la brise‖ apportait dans sa voixLa chanson du vieux pâtre‖ et l’haleine des bois.Les fleurs ? ils en avaient‖ effeuillé les corollesPour y lire tout bas‖ mille promesses folles.Ô souvenirs toujours‖ adorés ! Le soleil ?Que de fois, éblouis‖ de son éclat vermeil,Étendus sur la mousse,‖ abrités, seuls au monde,ils l’avaient vu mourir‖ dans un baiser de l’onde !Chaque pas, chaque souffle‖ était un souvenirDe ce bonheur enfui‖ pour ne plus revenir :Mais au fait, je m’arrête‖ à faire de l’églogue,Tandis que mon héros‖ emplit son catalogue.Puis-je suivre ses pas‖ jusqu’au pays latinEt dire ce qu’il dut‖ souffrir un beau matinPour demander du calme‖ à la philosophieQue démontre là-bas‖ quelque brune Sophie ?Puis-je écrire les noms‖ d’Annette et de Clara,Cette autre Dolorès ?‖ Rira bien qui riraLe dernier. La débauche‖ à la fin vous enlaceEntre ses bras plus froids‖ et plus durs que la glace,Et don Juan court au gouffre‖ entr’ouvert sous ses pas,À propos, connais-tu,‖ qui ne la connaît pas ?(on la chante à présent‖ jusque dans Pampelune,)Cette moisson de lys,‖ blanche comme la lune,Qu’un païen surnomma‖ Phœbé, pour sa pâleur ?Quelle nymphe ! Souvent,‖ par goût pour la couleurLocale, étincelait‖ parmi sa chevelure,Masse de diamants‖ d’une farouche allure,Un croissant tout en feu,‖ par Janisset courbé.Prosper la posséda,‖ cette épique PhœbéDont chaque nuit absorbe,‖ au dire de la ville,Dix hommes, vingt flacons‖ pleins, et cinquante milleFrancs. Oui, tout cela tombe‖ en poudre sous ses doigtsComme un vieil oripeau‖ décousu. Mais tu doisEn avoir entendu‖ souvent parler : c’est elleQui, je ne sais pourquoi,‖ se mit dans la cervelleDe tuer sans péril‖ deux fats, et seulementPendant huit jours entiers‖ prit chacun pour amant.Entre toutes, ce fut‖ celle de ses maîtressesQue Prosper préféra,‖ peut-être pour les tressesDe cheveux, qui gênaient‖ sa marche, ou les contoursDe sa robe, sculptés‖ par des ciseaux d’amours,Peut-être pour ses yeux‖ ou ses faunes vieux-Sèvres,Peut-être pour ses chats,‖ peut-être pour ses lèvres.Belle femme, elle était‖ bonne fille. Il la pritNoblement, sans façon.‖ Puis, ils eurent l’espritDe se quitter sitôt‖ que le miel de la coupeFut au bout, estimant‖ tous les deux qu’une troupeDe bohèmes en sait‖ là-dessus plus qu’un roi.Mais s’ils se rencontraient‖ devant le café Foy,Ou bien s’ils étaient las‖ de leurs plaisirs vulgaires,Car les gens du commun‖ ne les amusaient guères,S’ils désiraient un soir‖ sortir de leur milieu,Si Prosper, au sortir‖ des tréteaux Richelieu,Voulait pour se guérir‖ voir un vrai corps de reine,Alors ils s’en allaient‖ ensemble. L’HippocrèneEst un mot à côté‖ de cette femme-là :C’est un fait positif,‖ qu’en ses jours de galaD’un triste portefaix‖ elle eût fait un poëte,Par son étreinte morne‖ et ses poses de tête.La source court au fleuve,‖ et la fange à l’égout.Tu dois le remarquer,‖ l’esprit et le bon goûtS’unissent d’ordinaire‖ aux formes les plus pures.Phœbé le prouve bien.‖ Ni l’or, ni les guipuresNe cachent son beau cou,‖ mais un camelliaS’embaume à ses cheveux,‖ et, comme Cinthia,Cette calme romaine,‖ hélas ! Trop tard venue,« Sa plus belle parure‖ étant de rester nue,Deux robes seulement‖ forment tous ses atours,L’une de moire blanche‖ et l’autre de velours. »Tout chez elle est parfait‖ pour l’amour idolâtre.Pas de livres, d’albums,‖ ni de sculpture en plâtre,Mais une Danaë‖ peinte par Titien,Inestimable corps‖ qu’elle a payé du sien,De bons divans de perse‖ avec des cordelettesEt de lourds oreillers,‖ et, comme statuettes,Deux seulement en marbre‖ et semblant percer l’air :Carlotta la divine,‖ et la rieuse Ellsler ;Du vin dans des flacons,‖ et près des pipes d’ambreLes verres de Bohême.‖ Au plancher de la chambrePas de riches tapis‖ d’un goût luxuriant,Mais une fraîche natte‖ en paille d’Orient.C’est là que les pieds nus,‖ dans l’ombre accoutumée,Prosper s’environnait‖ d’une blanche fumée,Et, les yeux de la reine‖ épanouis sur lui,Comme un autre Aenéas,‖ racontait son ennui :— Par Hercule ! Dit-il, depuis deux ans, ma chère,Je me gorge d’amour,‖ d’or et de bonne chère,Et je trouve l’or vil,‖ et les dégoûts bien prompts.— Si tu veux, dit Phœbé, nous nous enivrerons.— Je me suis réveillé repu sur tant de couches,Que ces femmes me sont‖ insipides. Leurs bouchesMe sont froides ! Du vin !‖ Verse tout le flacon !S’il me fallait encor‖ passer par un balcon,Peut-être que ces nuits‖ me sembleraient plus drôles :Mais tous ces bons époux‖ savent si bien leurs rôles,Que l’on entre aujourd’hui‖ par la porte. VraimentOn a l’air d’un laquais,‖ et non pas d’un amant.C’est, comme dit Pierrot,‖ toujours la même gamme !— Si tu veux, dit Phœbé, nous dormirons. — ô femme !Tu ne comprends donc pas‖ que pour moi tout est mort,Et qu’on est bien heureux,‖ ma blanche ! Quand on dort.Vois-tu, Dieu m’avait fait‖ pour une seule chose,Pour un amour d’enfant,‖ une pauvre fleur close,Et mon souffle s’envole‖ à la fleur que j’aimais.— Cueille-la, dit Phœbé. — ne me parle jamais,Femme, de cette enfant,‖ car elle est morte. ApprocheTa joue. Oh ! Non, ta lèvre‖ est trop froide. Une rocheDans un gouffre, vraiment,‖ c’est mon cœur, ô Phœbé.— Mio, répondit-elle, il vous faut faire abbé.À ce mot-là, Prosper‖ fit une cigarette.Car pareil au bon roi‖ chiffonnant sa fleurette,Il roulait un papel,‖ dès qu’il ne trouvait rienÀ dire. Et dans le fait,‖ c’est le suprême bien.Oh ! Si dans mon réduit‖ j’avais la douce natteDe Phœbé, ses bras blancs‖ et sa lèvre écarlate,Oui, cela, rien de plus,‖ avec du tabac frais,C’est pour le jugement‖ que je me lèverais.Les gens les plus heureux‖ que notre terre porteSont le turc et sa pipe‖ accroupis sur leur porte.Mais il faut être turc‖ pour prendre ce parti.Après quelques instants,‖ Prosper était partiPour suivre le torrent‖ de ses bonnes fortunes.Les pommes de l’Éden‖ deviennent fort communes,Et tous les tours d’alcôve‖ on les a si bien lusQue c’est tout naturel ;‖ je n’en parlerai plus.Il faut, pour terminer‖ dans l’irrémédiable,Qu’enfin Polichinelle‖ aille aux griffes du diable,Et qu’en baissant la toile‖ on sente le roussi.J’ai promis à don Juan‖ sa foudre. La voici :Pour parler net, ce fut‖ un être d’antithèseAu corps pelotonné‖ comme une chatte anglaise ;Le visage suave‖ et rose, mais les yeuxCruels, et reflétant‖ l’enfer plus que les cieux.Sa voix était limpide‖ et pleine d’harmonieComme un frémissement‖ des lyres d’Ionie ;Ses cheveux étaient doux,‖ ses doigts petits et longs,Ses pieds se meurtrissaient‖ aux tapis des salons ;Ajoutez un corps mince,‖ une allure mignonneEt des ongles rosés,‖ vous aurez la madone,Pareille à ces beautés‖ dont on baise la mainRespectueusement,‖ au faubourg Saint-Germain.Son nez grec, ses sourcils‖ arqués, ses dents d’opale,Tout était jeune, sauf‖ cette lèvre fataleQu’un sourire funèbre‖ éclairait. En tous temps,Même sous les rayons‖ du soleil de printemps,Elle était enterrée‖ au sein d’une fourrureToute blanche, et semblait‖ mourir. Une tortureÉtrange se peignait‖ dans son œil interdit,Et dans l’ombre elle avait‖ ce triangle mauditQue le doigt de Dieu trace‖ au front des mauvais anges.Était-elle arrachée‖ à ces noires phalangesQui tombèrent un jour‖ de la nue aux flancs d’or ?Peut-être. Je ne sais.‖ Mais on disait encorAvoir su vaguement‖ des vieillards que leurs pèresL’avaient vue autrefois‖ en des âges prospères,Alors qu’illuminée‖ aux splendeurs de son nom,La noblesse dorait‖ les prés de trianon.Alors que les iris‖ et les belles climènesJusques au madrigal‖ se faisaient inhumaines,Et plus tard, quand la fière‖ et belle TalienMarchait, tunique au vent,‖ sans voile et sans lien.Au fait, nous avons lu‖ bien souvent le vampireDu grand poëte ; eh bien,‖ cette femme était pireEncore, étant vampire‖ et femme. On ne pouvaitRelever un front pur‖ des plis de son chevet.Or, Prosper y posa‖ sa tête. Si l’histoireEst fausse, je ne sais.‖ Mais ce qui m’y fait croire,C’est qu’en touchant Alice,‖ on sentait un frisson,Que sa lèvre semblait‖ froide comme un glaçon,Et que, comme le tigre‖ après un jour de jeûne,Son regard aspirait‖ ardemment le sang jeune.Oh ! Trois fois malheureux‖ et perdu sans espoirL’homme de cœur qui prend‖ une femme un beau soir,Et, laissant de côté le reste, vit en elleSeulement, abrité du monde sous son aile !Cette madone-là‖ savait bien son métierDe panthère lascive,‖ et d’un bel air altierBuvant jusqu’à la fin‖ le sang de sa victime,Elle se délectait‖ de ce carnage intime.Un jour pourtant, Prosper,‖ qu’elle avait laissé seul,Faute étrange ! Sortit‖ vivant de son linceul.Tremblant, il vint s’asseoir‖ auprès d’une fenêtreOuverte, dont l’air pur‖ fit un instant renaîtreSa pensée, et bientôt,‖ par la flamme ébloui,Il recula de peur‖ quand le rayon eut lui.Car il avait senti‖ déjà que dans son âmeTout était consumé‖ sous cette impure flamme,Que de son être ancien‖ tout était déjà mort,Tout, l’espoir et le doute,‖ et même le remord.Alors il se rendit‖ chez la Phœbé, l’ancienneMaîtresse de trois rois‖ couronnés, et la sienne,Pour savoir si l’airain‖ de ce corps indomptéLe ferait vivre encore‖ à quelque volupté.Belle conclusion‖ et digne de l’exorde :Sa lyre était aussi‖ brisée à cette corde,Si bien que la Phœbé‖ dit, le bras étenduSur lui : poveretto,‖ comme on me l’a rendu !Là, d’un coup de sifflet,‖ nous transportons la scène,En dépit d’Aristote,‖ au pays d’outre-Seine.Ô mon pays latin !‖ Vieux pays désoléD’où le siècle sans plume‖ un jour s’est envolé,Moi, le dernier de tous,‖ je te reste, et je t’aime !J’aime tes boulevards,‖ verdoyant diadème,Ton fleuve morne et sourd,‖ et ses courants flanquésDe vieux murs de granit‖ où s’endorment les quais ;J’aime ta basilique‖ en fleur, ta cathédrale,Où sur les sombres tours,‖ dans l’ombre sépulcrale,Quand l’aile de la nuit‖ nous fait un noir bandeau,Nous voyons grimacer‖ quelque Quasimodo.Avec ton panthéon,‖ palais de gloires mortes,J’aime ton hôpital,‖ la maison aux deux portes :L’une par où l’on vient,‖ escorté de douleurs,Jusqu’à ces lits souillés‖ qu’on lave de ses pleurs,Comme Jésus sa croix ;‖ l’autre, dernier refugeOù nous trouve la mort‖ pour nous mener au juge.Et souvent je pensais,‖ en rêvant dans ce lieuOù se mêlent les voix‖ des mourants et de Dieu,Que pour ceux dont le cœur‖ sort vierge de ses langes,Notre calvaire touche‖ aux demeures des anges.Assis sur une pierre,‖ et le front dans les mains,Je repassais en moi‖ tous ces rêves humains,Je cherchais à fixer‖ de mon esprit superbeLe problème infini‖ de la chair et du verbe ;Je voulais commenter‖ l’impérissable loi,Pauvre fou que j’étais !‖ Et disséquer la foi :Connaître la liqueur‖ en en brisant le vase !Et la nuit m’eût trouvé‖ dans cette même extaseProfonde, si des voix‖ ne m’eussent réveillé.Alors, comme un songeur‖ toujours émerveilléQui d’Ève aux doigts de lys‖ retourne à Cidalise,Et cherche le théâtre‖ au sortir de l’église,Je flânais lentement‖ tout le long du cheminJusqu’à mon odéon,‖ ce colosse romain,Ce vaste amphithéâtre‖ aux moulures massives,À l’air grave, où les voix‖ sortent pleines et vives,Où Shakspere et le grand‖ Molière, ce martyr,Semblent en nous voyant‖ pousser un long soupir,Temple où la Melpomène‖ est vaste comme un monde,Et jetait en un jour,‖ vieille muse féconde !À ce monstre affamé‖ qu’on nomme le public,Deux Talmas à la fois,‖ Bocage et Frédérick !Et, comme deux enfants‖ qu’on flatte et qu’on câline,La muse les berçait‖ sur sa large poitrine,Et ne plia jamais,‖ tant ses reins étaient forts !Aux coups passionnés‖ de leurs rudes efforts.Oui, malgré les regards‖ de la foule béante,Elle ne put faiblir,‖ la robuste géante,Que sous les lourds baisers‖ des éléphants-harel.J’ai toujours, pour ma part,‖ trouvé surnaturelDe voir ces animaux‖ jouer la tragédie.C’est là ma bête noire,‖ et ma foi, quoi qu’on die,Comme dit Trissotin,‖ j’aime mieux Beauvallet.D’ailleurs, tout ce qui vient‖ d’Afrique me déplaît,Sauf ces brunes fellahs‖ dont la mamelle antiqueEst d’un bronze charnu‖ qui perce une tunique.Aussi, quand par hasard‖ ce souvenir me vint,Je prenais mon chapeau‖ quatorze fois sur vingt,Et pour le Luxembourg‖ dédaigneux et folâtre,Mon jardin, je quittais‖ l’odéon, mon théâtre.Dans tout ce qu’on me voit‖ écrire en général,Mais surtout dans les vers‖ de ce conte moral,J’abuse sans pudeur‖ du mot suave : j’aime.Il faudrait l’éviter‖ par quelque stratagème.Cependant nous voilà‖ dans l’Éden azuré,Mon âme, et c’est pour lui‖ que j’en abuserai.Car lorsque j’eus quinze ans,‖ que mes chimères lassesVoulurent secouer‖ la poussière des classes,Rêveur et fou, j’appris‖ chez lui mon cher métier.Je lui ferais sans peine‖ un livre tout entier.J’aime son bassin vert‖ aux cygnes blancs, ses marbresSe détachant au loin‖ sur le velours des arbres,Ses coupes sur des bras‖ d’amours, riche travail,Où les géraniums‖ de pourpre et de corailBrillent dans le soleil‖ comme des rois barbares,Et ses parterres gais,‖ où, parmi les fanfaresD’un triomphe de fleurs‖ plus charmant et plus beauQue l’entrée à Paris‖ de la reine Ysabeau,Passe un zéphyr, léger‖ comme un souffle de femme.Ô vous que j’appelais‖ mon âme, vous, madame,Que je mêle toujours‖ en mes songes flottantsÀ tous mes souvenirs‖ d’aurore et de printemps,Vous le rappelez-vous,‖ lorsque le soir flamboie,Ce vieux jardin riant,‖ plein d’ombre et plein de joie ?Ce fut là le berceau‖ de nos jeunes amours.C’est là qu’au mois de mai‖ vous alliez tous les jours,Une fleur à la main,‖ vous asseoir la premièreSur la terrasse, près‖ du vieux balcon de pierre.Et lorsque j’arrivais‖ aussi, par un hasardSi bien prévu la veille,‖ alors votre regardMe querellait au loin‖ d’une moue enfantine,Moi, portant sur mon front‖ des rougeurs d’églantine,Je venais saluer‖ votre mère, et souventElle me retenait‖ à ses côtés. SavantBachelier, délaissant‖ les codes pour les odes,Je pouvais au besoin‖ causer parure ou modes,Et, près d’un vieux parent‖ arrivé du Congo,Faire des calembours‖ contre Victor Hugo.Mais si pour un instant‖ nos mères enjôléesMe laissaient votre bras‖ dans les longues allées,Oh ! Comme tous les deux,‖ en nous serrant la main,Nous prenions du bonheur‖ jusques au lendemain !Hélas ! Où s’envola‖ cette rapide ivresse ?Maintenant, chaque été,‖ la brise vous caresseDans un vague séjour‖ d’eaux quelconques, et moiJe me suis fait mener,‖ je ne sais trop pourquoi,Au fond d’une province‖ où des Nemrods sauvagesDévorent, sans que rien‖ puisse apaiser leurs rages,Comme au temps où, quenouille‖ en main, Berthe filait,Des brochets monstrueux‖ et des cochons de lait.Or, fussé-je au Moultan,‖ ou bien chez les tungouses,Au Kiatchta, pays‖ des amantes jalouses,Ou chez les beloutchis,‖ ou chez les hottentots,Vierges de toute presse‖ et de tous paletots,Mon cœur s’envolerait‖ à ce riant ombrageOù nous étions si fous.‖ Pourquoi devient-on sage !Vous savez comme l’herbe‖ était verte ! Au bassinComme nous admirions‖ en leur calme dessinLes beaux petits amours‖ aux gracieuses poses,Et comme chaque brise‖ était pleine de roses !Oh ! Lorsque aux bords aimés‖ l’ancre à la forte dentMordra, si je reviens‖ entier, sans accident,Du char jaune-serin‖ des postillons hilares,C’est dans ce quartier-là‖ que dormiront mes lares.Ce sera pour toujours‖ alors, jusqu’au cercueil.Car, sinon la fortune‖ assise sur le seuil,Je trouverai du moins‖ ma chère solitude,Si douce pour l’amour,‖ et douce pour l’étude.Loin du fracas bourgeois‖ de leur nouveau Paris,Je lirai près du feu‖ mes poëtes chéris ;Je tâcherai surtout,‖ sans être aristocrate,De choisir mes amis‖ comme faisait Socrate,Écoutant auprès d’eux‖ s’enfuir l’heure et, les soirs,Allant rendre visite‖ à mes monuments noirs.J’entendrai sous le vent‖ crier leurs girouettes,Je verrai devant moi‖ leurs longues silhouettesDécouper leur contour‖ dans un ciel sombre et purEt jeter lentement‖ leur ombre sur le mur.Près de ces grands hôtels‖ au style large et vaste,Palais cyclopéens‖ que le temps seul dévaste,Je trouverai toujours‖ mon banc presque détruitOù l’on écoute en paix‖ l’haleine de la nuit.Là montent librement‖ la pleine consonnanceDu bruit harmonieux‖ que produit le silenceEt le parfum léger‖ des folles nappes d’air.Puis, lorsque du sein glauque‖ où le tenait la merS’élance l’astre blond,‖ et qu’aux jeunes nuéesIl met des corsets d’or‖ comme aux prostituées,La cité des vieux noms‖ s’embrase, et son réveilMet dans les arbres noirs‖ des éclats d’or vermeil.Seulement à son front‖ plus d’un noble édificeA, comme un nid d’oiseaux‖ que le lierre tapisse,Une pauvre mansarde‖ amante de rayons,Qui s’ouvre de bonne heure‖ à cent illusions.Là, quelque étudiant,‖ sans crainte et sans envie,Écoute frissonner‖ le flot noir de la vieEt jette l’avenir‖ aux chances du destin.Pauvres petits palais‖ de ce pays latinSi dédaigneusement‖ jeté sur une rive,Quand on vous a quittés‖ tout jeune, et qu’on arriveTout pâle à votre seuil,‖ le cœur bat vite, allez !Or, retrouvant par là‖ tous ses jours envolés,Notre héros tremblait‖ comme un soir de décembre,Car il tournait la clef‖ de la petite chambreOù s’étaient écoulés‖ ses beaux jours. Si hardiQu’il fût, son front devint‖ pâle, et, tout étourdi,Il alla s’appuyer‖ contre un mur. Sa mémoirePleurait en s’éveillant,‖ et ses rêves de gloireVenaient, spectres hagards,‖ passer devant ses yeux.Il les avait quittés‖ si jeune ! Lui si vieuxMaintenant, pour jeter‖ aux caprices d’une ondePerfide, ses trésors,‖ et demander au mondeUne place au festin‖ du bonheur inconnu !Tu sais, mon pauvre Armand,‖ comme il est revenu.Bien des flots ont meurtri‖ son front. Bien des tourmentesOnt fait craquer son verre‖ aux dents de ses amantes ;L’implacable vautour‖ de la vie a rongéSon cœur. Pourtant rien n’est‖ absent, rien n’est changéDans la chambre : l’étoffe‖ illustre des vieux âges,Les meubles vermoulus‖ et les vieilles imagesSont là : maître Wolframb,‖ Hamlet dans son manteauNoir, les amaryllis‖ mourantes de Wateau,Sur le bahut sculpté‖ la grande Vénus grecque,Et les in-folios‖ dans la bibliothèque.Dire ce qu’éprouva‖ notre Prosper auprèsDe tous ces chers bijoux‖ d’enfant, je ne pourrais ;Surtout lorsqu’il trouva,‖ portant les folles tracesDes anciens jours vécus,‖ ses vieilles paperasses.Car toute sa jeunesse‖ au riant souvenirÉtait dans ces feuillets‖ épars, et revenirEn arrière, c’est vivre‖ une autre fois. La folleDu logis s’éveillait,‖ et sa blonde paroleSemblait douce à l’enfant‖ comme un zéphyr de mai.Alors, comme autrefois‖ le héros, enferméPrès des vierges, frémit‖ au son rauque des armes,Prosper, sorti plus grand‖ d’un baptême de larmes,Vers l’azur idéal‖ retrouva son chemin.Le poëme qu’il fit,‖ tu le liras demain.Tu verras si toujours‖ intrépide, il s’honoreD’enchanter l’air qui passe‖ avec un mot sonore ;Tu sauras si le gouffre‖ où ce cœur est tombéProfondément, au point‖ d’émouvoir la Phœbé,A laissé surnager‖ quelques flots d’ambroisie,Car, en somme, il en faut‖ pour toute poésieComme pour tout amour.‖ Quelquefois on écrit,C’est au mieux, que la forme‖ a sauvé son esprit,Et que, la rime aidant,‖ la vénus Callipyge,A mis sa lèvre chaude‖ à ce sang qui se fige.D’autres disent tout bas‖ qu’à ses mille reversIl ajoute celui‖ de se tromper en vers,Que, sentant son cœur vide‖ et faux, il se décideÀ chercher lentement‖ le plus noir suicide ;Que lui qui fut épris‖ du rose, il l’est du noir,Et qu’en son invincible‖ et profond désespoir,Ô don Juan ! D’avoir mal‖ continué ta liste,Ce Pindare vaincu‖ se fait vaudevilliste.

mai 1841.

Versification

Forme
Strophe unique
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a lettre / mettre féminine, classiqueb endormi / d’ami masculine, classiquec lieues / bleues féminine, classiqued cité / excité masculine, classiquee grisâtre / l’âtre féminine, classiquef vigilant / sanglant masculine, classiqueg causeries / fleuries féminine, classiqueh Lignons / compagnons masculine, classiquei Venise / divinise féminine, classiqued incendier / grenadier masculine, classiquej poésie / rassasie féminine, classiquek parfumés / aimés masculine, classiquel travaille / vaille féminine, classiqueb Jenny / infini masculine, classiquem souffre / gouffre féminine, classiquen chérubin / bain masculine, classiqueo faune / jaune féminine, classiquep pleurs / fleurs masculine, classiqueq profane / sultane féminine, classiquer l’Éden / amen masculine, classiquei exquise / marquise féminine, classiquef tourment / épouvantablement masculine, classiques dose / Doze féminine, classiqueu beffroi / moi masculine, équivalentev histoire / l’écritoire féminine, classiquew songeur / voyageur masculine, classiquej folie / l’Italie féminine, classiquen nain / Janin masculine, classiquex d’Avermes / Termes féminine, classiquek piliers / chevaliers masculine, classiquey Bérulle / brûle féminine, classiquez vu / pourvu masculine, classiquea ivresse / paresse féminine, classiqueb héros / sureaux masculine, classiqued rangées / orangées féminine, classiquec rideaux / Bordeaux masculine, classiquei scandalise / cidalise féminine, classiquee éclatants / ans masculine, classiquef même / bohême féminine, classiqueg roc / Kock masculine, classiques chose / rose féminine, classiquek beautés / majestés masculine, classiquei fille / pétille féminine, classiqued parfumer / fumer masculine, classiquej lascives / furtives féminine, classiqued Prosper / pair masculine, classiquel forge / gorge féminine, classiqueu loi / Figure-toi masculine, équivalented soirées / dorées féminine, classiquem feu / bleu masculine, classiques chose / prose féminine, classiqued passé / commencé masculine, classiquen critique / antique féminine, classiqueo pas / repas masculine, classiquep princes / provinces féminine, classiqued enragé / congé masculine, classiqueq pensionnaire / ordinaire féminine, classiquer yeux / bleus masculine, classiquet somme / homme féminine, classiqueu mais / jamais masculine, classiquev enchantée / Galatée féminine, classiquew maigrissait / sait masculine, classiquex ombreuse / malheureuse féminine, classiquey brun / quelqu’un masculine, classiquez complices / lisses féminine, classiqueb rempli / accompli masculine, classiquea encore / colore féminine, classiqued laisser / t’embrasser masculine, classiqueb fièvre / lèvre féminine, classiquec voix / fois masculine, classiquee crainte / contrainte féminine, classiquez fallu / lu masculine, classiquef dilate / écarlate féminine, classiqueg souffrir / d’accourir masculine, classiqueh rhume / allume féminine, classiquei bon / jambon masculine, classiquea caresse / d’ivresse féminine, classiquek pieds / épiés masculine, classiquej flammes / âmes féminine, classiquek lendemains / mains masculine, classiquet Comme / nomme féminine, classiquel puis / puits masculine, classiquev tombée / enjambée féminine, classiquek fier / hier masculine, classiquea renaître / l’être féminine, classiquem profond / fond masculine, classiquen prunelle / éternelle féminine, classiqued déchiqueté / réalité masculine, classiqueo poëte / tête féminine, classiqued assez / embrassés masculine, classiquep sombres / décombres féminine, classiqueh monts / démons masculine, classiquev rosée / arrosée féminine, classiquer silencieux / cieux masculine, classiqueq palme / calme féminine, classiquer voir / soir masculine, classiques couche / bouche féminine, classiqueg saisir / plaisir masculine, classiquej d’insomnie / Polymnie féminine, classiquet éteint / teint masculine, classiqueu Procope / microscope féminine, classiquev mur / mûr masculine, classiquew douce / mousse féminine, classiquex part / rempart masculine, classiquey étoiles / voiles féminine, classiqued éclairer / réparer masculine, classiquez compte / honte féminine, classiqueo combats / bas masculine, classiquea d’ange / échange féminine, classiqueb ici / merci masculine, classiquev histoire / d’ivoire féminine, classiqued noyer / plaidoyer masculine, classiquex mystérieuse / l’yeuse féminine, classiquer peignoir / dortoir masculine, classiquef même / t’aime féminine, classiquei raison / saison masculine, classiquei brise / grise féminine, classiquel granits / unis masculine, classiqueb solennelles / prunelles féminine, classiquek rosiers / extasiés masculine, classiquec paroles / folles féminine, classiquen l’hymen / main masculine, classiqued nuages / naufrages féminine, classiquee fasse / surface féminine, classiquef égout / tout masculine, classiquek enlacés / passés masculine, classiqueg l’inquiétude / béatitude féminine, classiqueh surcroît / croit masculine, classiqueq entière / matière féminine, classiquei pensera / l’opéra masculine, classiquej campagne / Cocagne féminine, classiqueb choisi / Grisi masculine, classiquek roses / choses féminine, classiquel encor / d’or masculine, classiquem mensonges / songes féminine, classiquen d’alcool / vol masculine, classiqueo atteintes / éteintes féminine, classiquef souvent / devant masculine, classiquea caresse / maîtresse féminine, classiquem jeu / peu masculine, classiquep amandes / flamandes féminine, classiqueq pinceau / d’arbrisseau masculine, classiquer saules / épaules féminine, classiques défaut / faut masculine, classiquet Callipyge / prodige féminine, classiquek cernés / consternés masculine, classiqueu frissonne / donne féminine, classiqueo appas / pas masculine, classiquev sombre / l’ombre féminine, classiquer cieux / yeux masculine, classiquei d’anguille / fille féminine, classiqueh croyons / désillusions masculine, classiquew prince / province féminine, classiquen destin / Mezetin masculine, classiquey étoiles / toiles féminine, classiqueb fardeaux / landaus masculine, classiquea d’éclore / météore féminine, classiquex if / positif masculine, classiquea peut-être / hêtre féminine, classiquei l’horizon / maison masculine, classiqueq légère / atmosphère féminine, classiquey doux / rendez-vous masculine, classiquea humaine / semaine féminine, classiquez diras-tu / vertu masculine, classiqueb stances / circonstances féminine, classiques tôt / paletot masculine, classiquez honte / conte féminine, classiqued rimé / imprimé masculine, classiquei protectrice / lectrice féminine, classiquec velours / lourds masculine, classiqued reste / conteste féminine, classiquee pareil / soleil masculine, classiquef ploie / joie féminine, classiqueu forêts / dirais masculine, classiqueg inconnue / nue féminine, classiqueh fou / cou masculine, classiquei tubéreuses / amoureuses féminine, classiqueu tenterais / contenterais masculine, classiqueq éphémère / mère féminine, classiquei époque-là / rappela masculine, classiquet gentilhomme / comme féminine, classiquej cour / pour masculine, classiquek tremble / ensemble féminine, classiqueg partir / martyr masculine, classiquel héritage / Tage féminine, classiquem feu / neveu masculine, classiquem malle-poste / d’Aoste féminine, classiqued quitté / d’iniquité masculine, classiquen mélodrame / rame féminine, classiquei mérita / hérita masculine, classiquee moments / sentiments masculine, classiquee hôtel / l’autel masculine, classiquef diplomate / cravate féminine, classiquef éblouissant / yssant masculine, classiqueg solitude / l’habitude féminine, classiqueo pas masculine, classiqueo cierge / vierge féminine, classiqued plonger / surnager masculine, classiquen épithalame / dame féminine, classiqueu palais / valets masculine, classiqued équipages / pages féminine, classiqueo pensionnats / incarnats masculine, classiquel visage / corsage féminine, classiqued baissés / enlacez masculine, classiquep chaste / dévaste féminine, classiquen lendemain / chemin masculine, classiqueq prospères / repaires féminine, classiquel paradis / dis masculine, classiquer charmilles / filles féminine, classiquef amant / Vraiment masculine, classiques l’exorde / corde féminine, classiquet mord / remord masculine, classiquev embarrassée / forcée féminine, classiquei oison / raison masculine, classiqueu forme / dorme féminine, classiqued dédaigner / d’égratigner masculine, classiqueq mystère / notaire féminine, classiqued discuter / affronter masculine, classiquev noire / boire féminine, classiquec discours / courts masculine, classiquew mousse / douce féminine, classiqueb ici / aussi masculine, classiquev décembre / d’ambre féminine, classiquew verts / hivers masculine, classiqueg issue / rue féminine, classiqued thé / apprêté masculine, classiquex Syracuse / excuse féminine, classiqued oublier / lier masculine, classiquep sombres / ombres féminine, classiquem fond / profond masculine, classiqueq paupière / pierre féminine, classiquey un / importun masculine, classiqueq hémisphère / faire féminine, classiquew serait / secret masculine, classiquey l’autre / patenôtre féminine, classiqueb honni / d’Antony masculine, classiquez novices / sacrifices féminine, classiqueo cas / fracas masculine, classiquez folle / viole féminine, classiquel toréador / d’or masculine, classiquen madame / lame féminine, classiquer malencontreux / amoureux masculine, classiquel carnage / usage féminine, classiquef avant / vent masculine, classiqueu misanthrope / syncope féminine, classiquek Jupiter / l’éther masculine, classiquea presse / paresse féminine, classiquec faubourgs / jours masculine, classiquea neige / Norwège féminine, classiquee sans / passants masculine, classiquee glace / place féminine, classiquew vers / divers masculine, classiqueb ceinture / préfecture féminine, classiquec plomb / d’aplomb masculine, classiqued s’illumine / mine féminine, classiquej séjour / Champflour masculine, classiquej envie / vie féminine, classiqued trompé / escarpé masculine, classiquee rêve / achève féminine, classiquef caduc / suc masculine, classiquen elle / Sganarelle féminine, classiquel habits / rubis masculine, classiquen ruisselle / universelle féminine, classiquef voyant / d’orient masculine, classiqueg l’étoffe / philosophe féminine, classiquew intéressait / sait masculine, classiquej lames / femmes féminine, classiqueo rats / opéras masculine, classiqueh gothiques / celtiques féminine, classiquel d’or / Trenmor masculine, classiquej d’Andalousie / d’Asie féminine, classiquef goût / tout masculine, classiquei enregistre / ministre féminine, classiquew hauteur / auteur masculine, classiquej rouges / bouges féminine, classiqueb Jenny / fini masculine, classiquek astuces / russes féminine, classiquei raison / blason masculine, classiquel livide / vide féminine, classiquew vainqueur / cœur masculine, classiquel fleuris / prix masculine, classiqueb nature / parure féminine, classiquen fatal / cristal masculine, classiqueo saule / épaule féminine, classiquec voix / bois masculine, classiquec corolles / folles féminine, classiquee soleil / vermeil masculine, classiquep monde / l’onde féminine, classiqueg souvenir / revenir masculine, classiqueq l’églogue / catalogue féminine, classiquen latin / matin masculine, classiquej philosophie / Sophie féminine, classiquei Clara / rira masculine, classiquee enlace / glace féminine, classiquer Pampelune / lune féminine, classiquew pâleur / couleur masculine, classiqueb chevelure / allure féminine, classiqued courbé / Phœbé masculine, classiquei ville / mille féminine, classiqued doigts / dois masculine, classiquen elle / cervelle féminine, classiquef seulement / amant masculine, classiques maîtresses / tresses féminine, classiquec contours / d’amours masculine, classiquet vieux-Sèvres / lèvres féminine, classiqueu prit / l’esprit masculine, classiquev coupe / troupe féminine, classiqueu roi / Foy masculine, classiqueq vulgaires / guères féminine, classiquem milieu / Richelieu masculine, classiquea reine / L’Hippocrène féminine, classiquei femme-là / gala masculine, classiquef l’égout / goût masculine, classiquew pures / guipures féminine, classiquei camellia / Cinthia masculine, classiqueg venue / nue féminine, classiquec atours / velours masculine, classiquee idolâtre / plâtre féminine, classiquen Titien / sien masculine, classiquex cordelettes / statuettes féminine, classiqued l’air / Ellsler masculine, classiquev d’ambre / chambre féminine, classiquef luxuriant / d’Orient masculine, classiquev accoutumée / fumée féminine, équivalenteb lui / ennui masculine, classiqueq chère féminine, classiqueh prompts / enivrerons masculine, classiquey couches / bouches féminine, classiquei flacon / balcon masculine, classiquer drôles / rôles féminine, classiquef Vraiment / amant masculine, classiquen gamme / femme féminine, classiquez mort / dort masculine, classiques chose / close féminine, classiqueu j’aimais / jamais masculine, classiquea Approche / roche féminine, classiqued Phœbé / abbé masculine, classiqueo cigarette / fleurette féminine, classiquen rien / bien masculine, classiquef natte / écarlate féminine, classiqueu frais / lèverais masculine, classiqueb porte féminine, classiqueb parti masculine, classiquec fortunes / communes féminine, classiqued lus / plus masculine, classiquee l’irrémédiable / diable féminine, classiqueb roussi / voici masculine, classiquea d’antithèse / anglaise féminine, classiquer yeux / cieux masculine, classiquej d’harmonie / d’Ionie féminine, classiqueh longs / salons masculine, classiqueu mignonne / madone féminine, classiquen main / Saint-Germain masculine, classiquef d’opale / fatale féminine, classiquee temps / printemps masculine, classiqueb fourrure / torture féminine, classiqueu interdit / maudit masculine, classiqueg anges / phalanges féminine, classiquel d’or / encor masculine, classiqueq pères / prospères féminine, classiquei nom / trianon masculine, classiqueh climènes / inhumaines féminine, classiquen Talien / lien masculine, classiquei vampire / pire féminine, classiquew pouvait / chevet masculine, classiquev l’histoire / croire féminine, classiquei frisson / glaçon masculine, classiquej jeûne / jeune féminine, classiquer espoir / soir masculine, classiquen elle / aile féminine, classiqued métier / altier masculine, classiquel victime / intime féminine, équivalentem seul / linceul masculine, classiquea fenêtre / renaître féminine, classiqueb ébloui / lui masculine, classiquen âme / flamme féminine, classiquet mort / remord masculine, classiquea l’ancienne / sienne féminine, classiqued indompté / volupté masculine, classiquez étendu / rendu masculine, classiquea scène / d’outre-Seine féminine, classiqued désolé / envolé masculine, classiquef t’aime / diadème féminine, classiquek flanqués / quais masculine, classiquef cathédrale / sépulcrale féminine, classiqueq bandeau / Quasimodo masculine, classiquen mortes / portes féminine, classiquep douleurs / pleurs masculine, classiqueo refuge / juge féminine, équivalentem lieu / Dieu masculine, classiqueg langes / anges féminine, classiquek mains / humains masculine, classiquep superbe / verbe féminine, classiqueu loi / foi masculine, classiquee vase / extase féminine, classiqued réveillé / émerveillé masculine, classiquei Cidalise / l’église féminine, classiquen chemin / romain masculine, classiquej massives / vives féminine, classiqueg martyr / soupir masculine, classiquep monde / féconde féminine, classiqueq public / Frédérick masculine, classiqued câline / poitrine féminine, classiques forts / efforts masculine, classiquet béante / géante féminine, classiquee éléphants-harel / surnaturel masculine, classiquej tragédie / die féminine, classiquew Beauvallet / déplaît masculine, classiquen antique / tunique féminine, classiquet vint / vingt masculine, classiquee folâtre / théâtre féminine, classiquen général / moral masculine, classiquef j’aime / stratagème féminine, classiqued azuré / métier masculine, classiqued abuserai / entier masculine, classiquew lasses / classes féminine, classiquex marbres / arbres féminine, classiquen travail / corail masculine, classiquey barbares / fanfares féminine, classiqueq beau / Ysabeau masculine, non classiquen femme / madame féminine, équivalentee flottants / printemps masculine, classiquef flamboie / joie féminine, classiquec amours / jours masculine, classiqueq première / pierre féminine, classiquez hasard / regard masculine, classiqued enfantine / d’églantine féminine, classiquef souvent / Savant masculine, classiquea odes / modes féminine, classiqueq Congo / Hugo masculine, classiqued enjôlées / allées féminine, classiquen main / lendemain masculine, classiquea ivresse / caresse féminine, classiqueu moi / pourquoi masculine, classiqued sauvages / rages féminine, classiquew filait / lait masculine, classiqueb tungouses / jalouses féminine, classiqueb hottentots / paletots masculine, classiquel ombrage / sage féminine, classiquen bassin / dessin masculine, classiquek poses / roses féminine, classiquef dent / accident masculine, classiquey hilares / lares féminine, classiquem cercueil / seuil masculine, classiqueg solitude / l’étude féminine, classiquel Paris / chéris masculine, classiquef aristocrate / Socrate féminine, classiquec soirs / noirs masculine, classiquex girouettes / silhouettes féminine, classiquev pur / mur masculine, classiquep vaste / dévaste féminine, classiqueu détruit / nuit masculine, classiqued consonnance / silence féminine, classiquek d’air / mer masculine, classiqued nuées / prostituées féminine, classiquee réveil / vermeil masculine, classiquei édifice / tapisse féminine, classiqueh rayons / illusions masculine, classiquen destin / latin masculine, classiquee rive / arrive féminine, classiqued allez / envolés masculine, classiquev décembre / chambre féminine, classiqueb hardi / étourdi masculine, classiquev mémoire / gloire féminine, classiquer yeux / vieux masculine, classiquep onde / monde féminine, classiquez inconnu / revenu masculine, classiquef tourmentes / amantes féminine, classiqued rongé / changé masculine, classiqued âges / images féminine, classiqueq manteau / Wateau masculine, classiqueg grecque / bibliothèque féminine, classiqueu auprès / pourrais masculine, classiquew traces / paperasses féminine, classiquez folle / parole féminine, classiqued mai / enfermé masculine, classiqueh armes / larmes féminine, classiquen chemin / demain masculine, classiquea s’honore / sonore féminine, classiqued tombé / Phœbé masculine, classiquej d’ambroisie / poésie féminine, classiqueu écrit / esprit masculine, classiquet Callipyge / fige féminine, équivalentew revers / vers masculine, classiquel décide / suicide féminine, classiquer noir / désespoir masculine, classiquei liste / vaudevilliste féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

994 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Cariatides, Paris, Charpentier, 1891· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources