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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Cariatides, 1842· Livre premier

La voie lactée

Théodore de Banville· distiques, alexandrins, 1092 vers

à Victor Perrot

Est via sublimis coelo manifesta sereno,
Lactea nomen habet,candore notabilis ipso.
Hac iter est superis ad magni tecta tonantis,
Regalemque domum.OVIDE, Métamorphoses, livre I.

Déesse, dans les cieux‖ éblouissants, la voieLactée est un chemin‖ de triomphe et de joie,Et ce flot de clarté‖ qui dans le firmamentJette parmi l’azur‖ son blanc embrasementSemble, dans sa splendeur‖ en feu qui s’irradie,Produit par un foyer‖ unique d’incendie.Mais quand notre regard‖ dans l’éther empli d’yeuxMonte vers l’océan‖ céleste que les dieuxFont rouler des Gémeaux‖ de flamme au Sagittaire,Il y voit flamboyer‖ des astres dont la terreAdmire en pâlissant‖ la sereine splendeur,Et dans le vaste flot‖ sacré dont la candeurÉclate et de la nuit‖ blanchit les sombres voiles,Il voit s’épanouir‖ des millions d’étoiles.Telle est la poésie :‖ à travers le lointainDes âges, qui s’enfuit,‖ comme au riant matinDevant les flèches d’or‖ à vaincre habituéesS’enfuit le triste chœur‖ frissonnant des nuées,Elle nous apparaît‖ d’abord confusément,Lueur, flambeau, clarté,‖ vaste éblouissementDe porteurs de lauriers‖ et de porteurs de lyreÀ l’homme encor sauvage‖ enseignant leur délire ;Puis nous reconnaissons‖ parmi des spectres vainsLes inventeurs sacrés,‖ les beaux géants divins,Pareils à des lions‖ dont la fauve crinièreEmbrase leurs fronts d’or‖ que baise la lumière.Ô Calliope ! Muse‖ aux chastes bras de lys,Avant tous, dans les jours‖ lointains je vois ton filsOrphée, et je salue‖ au riant crépusculeCe roi héros qui fut‖ le compagnon d’Hercule.Je le vois sur l’Argo ;‖ déjà courbant leurs fronts,Jason, Téphys, Idas‖ de leurs gais avironsFrappent les flots ; mais lui,‖ tenant la lyre, il chante.Tous les monstres marins‖ sur la mer qu’il enchanteMontent, heurtant leurs flancs‖ vermeils et se pressantPour suivre le vaisseau‖ rapide en bondissant ;Et cherchant le héros‖ avec un doux murmure,Le vent caressant fait‖ voler sa chevelure.Puis je le vois, plus tard,‖ soumettant à sa voixL’âpre désert, vainqueur‖ des antres et des bois ;Car, ô déesse, alors‖ sur les monts du RhodopeOu sur le sombre Hémus‖ que la nue enveloppe,Attirés par ses chants,‖ pins, yeuses, cyprès,Les arbres pour venir‖ l’écouter de plus prèsDéchiraient follement‖ en leurs fureurs divinesLa terre qui tenait‖ captives leurs racines ;Et, sans songer à fuir‖ leurs souffles arrogantsRestant pour l’écouter‖ dans les noirs ouragans,La colombe des cieux‖ laissait tomber sa plumeSur le flot irrité‖ du torrent blanc d’écume ;Les aigles oubliaient‖ de prendre leur essor ;La tigresse tournait‖ une prunelle d’orVers ses regards voilés‖ par ses longues paupières,Et sa voix éveillait‖ des âmes dans les pierres.Temps quatre fois heureux‖ où des vers ont changéUne arène infertile‖ en Éden ombragé !« Au haut de la colline,‖ une plaine déserteEt sans ombre, étalait‖ son tapis d’herbe verte.Sitôt que le poëte‖ issu du sang des dieuxY vint, et que la corde‖ aux sons mélodieuxRésonna sous ses doigts,‖ alors l’ombre prochaineAccourut. Ni ton arbre,‖ ô Chaon ! Ni le chêneTouffu ne manqua, ni‖ le frêne meurtrier,Ni l’érable qui saigne‖ et le chaste laurier.Puis le tilleul ami,‖ l’héliade pleureuse,Les tendres noisetiers‖ et la tremblante yeuseGroupèrent leurs rameaux‖ près du sapin sans nœudsEt du hêtre, étonnés‖ de trouver auprès d’euxLe saule et le lotus‖ amants des blondes rives ;Puis le myrte léger,‖ le buis aux teintes vivesQui bravent tous les deux‖ le souffle des hivers,Et le figuier poreux‖ qui s’orne de fruits verts,Et le mûrier portant‖ sa récolte sanglante,Et le prix immortel‖ d’une victoire lente,La palme. Vous aussi‖ vous vîntes, enlaçantL’ormeau, lierre aux cent mains,‖ la vigne en l’embrassant !Et près de vous le pin,‖ dont la tête se mêleAux blancheurs de la nue,‖ arbre aimé de CybèleDepuis que son écorce‖ emprisonna la chairDu bel Attis, et prit‖ l’enfant qui lui fut cher ;Enfin, suivant aussi‖ le charme qui le guide,Le cyprès, des forêts‖ mouvante pyramide,Arbre aujourd’hui, jadis‖ ami du dieu changeantDont la cithare est d’or‖ et dont l’arc est d’argent. »Et dès que sous ce dôme‖ ombragé le poëteEut doré de ses chants‖ la paisible retraiteEt que l’archet frémit,‖ tout l’univers crééVint rafraîchir sa lèvre‖ à ce torrent sacré ;Le lion, dont les yeux‖ lancent la mort, cet hôteDe la caverne sombre‖ et de la forêt haute,Cessa pour un moment‖ de répandre l’effroi ;Le tigre dépouilla‖ ses colères de roi,Et se laissa bercer‖ dans un tendre vertige ;Bien plus, en ce moment,‖ ineffable prodige !Les stériles rochers‖ où l’oiseau fait son nidQuittèrent la montagne‖ et ses flancs de granit ;La brise tut ses chants,‖ l’aigle quitta son aire,Le ruisseau ralentit‖ sa démarche légère,Et dans l’arbre amoureux‖ les dryades des boisTurent leurs vagues chants‖ pour la première fois.Dans cet enivrement,‖ les muses aonidesQuittèrent sans regret‖ les demeures splendidesOù l’écho retentit‖ d’harmonieux accords,Et le mont verdoyant‖ où les lys de leur corpsFont comme une guirlande‖ à la noire fontaine,Où le Permesse tombe‖ et meurt dans l’Hippocrène,Où le sombre Olmius,‖ avec un doux fracas,Bleuit d’un long baiser‖ leurs membres délicats ;Et les dieux, sur l’Olympe‖ où la jeune déesseLeur verse à flots vermeils‖ l’éternelle jeunesseAvec les vins sanglants‖ par l’amour embrasés,Oublièrent enfin‖ les immortels baisers.Chacun prêta l’oreille‖ aux premiers chants du cygne :Celui qui ralentit‖ les nuages d’un signe,Mercure ailé, Junon‖ si belle en son courroux,Lyæus accoudé‖ sur les grands lions roux,Puis la blonde Aphrodite‖ à la prunelle noire,Thétis, dont un rayon‖ baise les pieds d’ivoire,Mars, Diane, Pallas‖ aux yeux profonds et bleus,Et Phébus rayonnant‖ dans l’azur nébuleux.Sous ce profond regard‖ de la voûte étoiléeLe poëte eût senti‖ son âme consolée,S’il n’eût été choisi‖ pour la grande douleurQue les dieux immortels‖ égalent à la leur,Et s’il n’eût regretté‖ ce type insaisissableComme une goutte d’eau‖ dans un désert de sable,Ce spectre qui de loin‖ vous fait voir un sein nuEt fuit, vierge, un amant‖ qui ne l’a pas connu.Oh ! Pour que dans mes vers‖ ton doux nom resplendisse,Victime aux pieds légers,‖ réponds, jeune Eurydice !Le ciel t’envoyait-il‖ à notre humanitéPour montrer qu’ici-bas‖ l’éternelle beautéNe se révèle à nous‖ que dans l’éclair d’un rêve ?Blonde et rieuse enfant,‖ douce comme notre Ève,N’étais-tu pas, avec‖ ton front chaste et divin,L’image du bonheur‖ que nous touchons en vain,Qui nous apparaît tel‖ que nos vœux le choisissent,Et qui s’évanouit‖ quand nos mains le saisissent ?Qu’avais-tu fait aux dieux ?‖ à quoi pensait la mort,Quand les bois gémissant‖ la virent, sans remordSur ta lèvre surprise‖ éteignant la parole,Fermer ta bouche en fleur‖ ainsi qu’une corolle ?Eurydice ! Pendant‖ que de son pas légerElle fuyait les cris‖ d’un insolent berger,Courant éperdûment‖ dans les vertes campagnesDe la Thrace, avec les‖ naïades ses compagnes,Elle tomba, mordue‖ au pied par un serpent.Déroulant ses anneaux‖ et dans l’herbe rampant,Le monstre au cou livide‖ et qu’une bave arrose,Furtif, avait rampé‖ vers son talon de rose,Et mis ses crocs affreux‖ dans cette jeune chair.Les dryades, pleurant‖ son front qui leur fut cher,Crurent qu’en la perdant‖ la terre était changée.On entendit gémir‖ la cime du Pangée ;Le dur géant Rhodope‖ eut de longs désespoirs ;Les sanglots éclataient‖ parmi ses rochers noirs,Et le ciel vit les pleurs‖ de la froide Orithye.Pour Orphée, anxieux‖ et l’âme anéantie,Sur son front portant l’ombre‖ ainsi qu’un noir vautour,De l’aube à la nuit noire‖ il chantait son amour,Pâle, effrayant, en proie‖ au sinistre délire,Et des cris douloureux‖ s’échappaient de sa lyre.Enfin, brûlant toujours‖ de feux inapaisés,Cherchant la vierge enfant‖ ravie à ses baisers,Il pénétra parmi‖ les gorges du Ténare ;Il entra dans le bois‖ où la lumière avareSe voile et meurt, où les‖ vains spectres par milliersSe pressent, comme font‖ des oiseaux familiersQui vont rasant la terre‖ et dont le vol hésite.Il apaisa le flot‖ bouillonnant du Cocyte,Et même il vit au fond‖ de l’enfer souterrainLes dieux de l’ombre assis‖ sur leurs trônes d’airain.Il chantait, voix mêlée‖ à la lyre divine ;Les dieux voyaient l’amour‖ vivant dans sa poitrine ;Sans doute ils eurent peur‖ qu’en leur morne tombeauL’archer désir lui-même‖ avec son clair flambeauNe parût, et domptant‖ le Styx aux vagues sombres,Ne redonnât la vie‖ au vain peuple des ombres.Muse ! Tu sais comment,‖ subjugué par ses vers,Pluton qui règne, assis‖ près des gouffres ouvertsEt des pics trop brûlés‖ pour que l’herbe y verdisse,Rendit au roi chanteur‖ la tremblante Eurydice,Et comment, ô douleur !‖ Vaincu par son amourOrphée, en arrivant‖ presque aux portes du jourSe retourna pour voir‖ plus tôt la bien-aimée.Elle s’évanouit‖ en légère fumée.La mort couvrait de nuit‖ son visage riant,Et, triste, elle appelait‖ Orphée en s’enfuyantVers le gouffre béant‖ et d’où sortaient des râles,Tendant encor vers lui‖ ses mains froides et pâles,Et repassant déjà‖ le fleuve au noir limon.Pendant sept mois entiers,‖ sur les bords du Strymon,Orphée en pleurs, de tous‖ évitant les approches,Dans les antres glacés‖ vécut parmi les roches.Parmi les durs frimas‖ où fleurissent les lysDe l’âpre neige, aux bords‖ glacés du TanaïsIl erra, savourant‖ le funeste déliceDe sa douleur, toujours‖ chantant son Eurydice.Les ménades hurlant‖ dans leurs terribles jeux,L’aperçurent un jour‖ du haut d’un mont neigeux.Les tigres à ses pieds‖ se couchaient pleins d’ivresse,Et les chênes, suivant‖ sa voix enchanteresse,Venaient vers le divin‖ poëte en se mouvant.L’une d’elles, sauvage‖ et les cheveux au vent,S’écria : le voilà,‖ celui qui nous méprise !Et les cris furieux‖ se mêlaient dans la briseEt le son de la flûte‖ et le bruit des tamboursÉpouvantaient la nue,‖ et devant les dieux sourds,Rouges, à coups de thyrse,‖ à coups de branches d’arbre,Lui jetant de la terre‖ et des rochers de marbre,Même pour l’en frapper,‖ dans les sillons bourbeuxArrachant follement‖ les cornes des grands bœufs,Comme un farouche essaim,‖ les ménades hurlantesDéchirèrent son corps‖ avec leurs mains sanglantes,Et leurs cris étouffaient‖ ses plaintes et sa voixImpuissante à charmer‖ pour la première fois,Car un dieu dans leurs cœurs‖ avait mis cette fièvre,Et l’âme du héros‖ s’échappa de sa lèvre.« les oiseaux, les lions,‖ les rochers et les boisTe pleurèrent, Orphée !‖ Attirée à ta voixSi souvent, la forêt‖ laissa comme une veuveL’ornement de son front‖ pour te pleurer ; le fleuveCrût de ses pleurs ; voilant‖ son sein de toutes partsAvec son deuil, la nymphe‖ eut les cheveux épars.Le corps gît en lambeaux ;‖ et, prodige ! Quand l’ÈbreRoule avec lui la tête‖ et la lyre célèbre,La lyre cherche un son‖ plaintif, qu’en expirantLa voix plaintive mêle‖ aux plaintes du torrent. »On dit qu’en ce moment,‖ par un instinct de mère,Calliope sentit‖ une douleur amère ;Que sa voix tressaillit‖ dans son essor vainqueur,Et que son divin sang‖ reflua vers son cœur.Saluant du regard‖ ses légères compagnes,Elle vole dans l’air,‖ plane sur les campagnes,Et pâle, ses cheveux‖ dénoués sur son flanc,Touche enfin, mais trop tard,‖ au rivage de sang.Elle ne pleura pas,‖ la mère douloureuse !Mais regarda longtemps‖ le flot que le flot creuse,Et laissant retomber‖ ses voiles, montra nuLe chef-d’œuvre sacré‖ de son corps inconnu.C’en est fait, ce beau corps‖ a roulé sous la vague,Le fleuve soulevé‖ pousse un murmure vague,Fait briller son œil glauque,‖ et, trois fois agitéDe caresser dans l’ombre‖ une divinité,Cherche dans son transport‖ une force nouvellePour meurtrir follement‖ cette chair immortelle.Ivre, le vent gémit,‖ et les arbres dans l’airFont craquer sourdement‖ leurs grands rameaux ; l’éclairEnveloppe le ciel‖ d’un sanglant crépuscule,Et frissonnant, le jour‖ s’épouvante et recule,Et toute la nature,‖ émue en ce moment,Jette de sa poitrine‖ un long gémissement.Les hommes, effrayés‖ et baissant la paupière,Brûlent un encens pur‖ dans leurs temples de pierre,Jusqu’à ce que le ciel,‖ en essuyant ses pleurs,Déroule avec Iris‖ l’écharpe aux sept couleurs,Et que l’onde calmée‖ où ce rayon s’argenteCouvre son dos uni‖ d’une moire changeante.Alors, le regard trouble‖ et la bouche en sanglots,La muse reparaît‖ sur l’écume des flots,Non telle qu’autrefois‖ Cypris, la vierge blonde,Jaillit dans la clarté‖ sur l’écume de l’onde,Mais farouche, plaintive,‖ et sur un sein de lysTe serrant, douce Lyre,‖ échappée à son fils !Puis elle alla s’asseoir‖ aux sables du rivage,Les yeux illuminés‖ d’une terreur sauvage,Les cheveux dénoués‖ et mêlés de roseaux,Et l’épaule bleuie‖ à l’étreinte des eaux.Là, pleine d’amertume‖ en son âme qui saigne,Et regardant les fronts‖ que la lumière baigne,Elle chercha des yeux‖ le mortel assez grandPour tenir la cithare‖ où pleure un souffle errant.Mais nul n’osa prétendre‖ à ce divin trophéeDe mort et d’harmonie.‖ Ainsi mourut Orphée,La Lyre. Mais plus tard‖ ce fut de son espritErrant dans les grands bois‖ où l’herbe en fleur sourit,Mais que le bûcheron‖ frappe de sa cognée ;Ce fut de son amour,‖ de son âme indignéeQue naquirent tous ceux‖ dont le chant vif et clairS’envole dans l’orage‖ en feu comme l’éclairEt plane comme un aigle‖ au sein des cieux féeriques,Les dompteurs, les charmeurs,‖ les poëtes lyriques :Tyrtée, Alcée en pleurs‖ dont les vers fulgurantsOnt jeté la terreur‖ dans l’âme des tyrans,Et dont la sombre haine‖ invincible et crispéeSe retrouve, ô Chénier !‖ Sur ta tête coupée ;Pindare que d’en haut‖ suivent les dieux épars,Qui chante dans le bruit‖ des coursiers et des charsEt qui s’envole au but‖ sacré tout d’une haleine !Et toi, grande Sappho,‖ reine de Mitylène !Lionne que l’amour‖ furieux enchaîna,Près de la mer grondante,‖ avec son Érinna,Elle enseignait le rhythme‖ et ses délicatessesAu troupeau triomphal‖ des jeunes poëtesses,Et glacée et brûlante,‖ au bruit amer des flotsElle mêlait des cris‖ de rage et des sanglots.Éros, qui nous atteins‖ avec des flèches sûres,De quels feux tu brûlas‖ et de quelles blessuresSon chaste sein meurtri‖ par le baiser du vent !Mais comme rien ne meurt‖ de ce qui fut vivant,Sa colère amoureuse‖ et de souffrance avide,Plus tard devait dicter‖ sa plainte au fier OvideQui, choisissant l’amour,‖ eut la meilleure part,Et frémir dans les vers‖ d’Horace et de Ronsard.Mille chanteurs ont dit‖ chez nous, riants orphées,Les chevaliers héros‖ protégés par les fées ;Villon, ce bel enfant‖ qui n’eut ni feu ni lieu,A chanté sa ballade‖ en riant comme un dieu,Et Marot, comme un faune‖ escaladant la cimeDu mont sacré, baisa‖ les lèvres de la rime ;L’harmonieux Ronsard‖ fit vibrer sous ses doigtsLa glorieuse lyre‖ où sommeillent des voix,Et joyeux, anima‖ de son archet d’ivoireUn Tempé souriant‖ près de la verte Loire.Pindare, son aïeul,‖ lui dit les grands secrets,Et les nymphes baisaient‖ son front dans les forêts.Attirant sur ses pas,‖ au milieu des déesses,Un troupeau louangeur‖ de rois et de princesses,Il nous rendait Properce‖ et Tibulle et ce douxCatulle, et ses chansons‖ apprivoisaient des loups.Au tiède renouveau,‖ sous la verdure tendreCythérée amenait‖ son enfant pour l’entendre.Comme un rouge soleil‖ entouré d’astres d’orIl régnait, et, charmeur‖ d’âmes, volait encorLe sonnet et la rime‖ enflammée à Pétrarque ;Et par lui, ravissant‖ l’inexorable Parque,Victorieuse, comme‖ en un festin d’amourLe vin de pourpre emplit‖ un vase au pur contour,L’âme française entra‖ dans les mètres d’HoraceÉlégants et précis.‖ Voilà comment la raceD’Orphée, ainsi qu’un vol‖ d’abeilles au doux miel,Arriva jusqu’à nous‖ des profondeurs du ciel.Mais bien avant que sur‖ la terre émerveilléeL’ode aux cris éclatants‖ ne se fût réveillée,Un homme colossal,‖ une lyre à la main,Se leva pour chanter‖ un combat surhumain.Comment dire ton nom,‖ ton nom, géant Homère !Qui dominas du front‖ cette Grèce ta mère,Et qui, roulant tout bas,‖ spectre pâle et hagard,Ta prunelle d’azur,‖ sans flamme et sans regard,Laissas couler un jour‖ de ta main gigantesqueToute l’antiquité,‖ comme une grande fresque !Où sont tes dieux ravis‖ dans l’éblouissementEt tes héros plus grands‖ que tes grands dieux ? CommentDonnerai-je à mon vers‖ une assez forte haleinePour chanter les héros‖ et le chanteur d’Hélène ?Qui t’instruisait, ô roi ?‖ Quels secrets épiésT’apprirent ces mortels‖ qui rampaient sous tes pieds ?Qui t’avait révélé,‖ vieux mendiant des routes,Le ciel éblouissant‖ et ses splendides voûtes ?Qui t’a fait voir un jour,‖ d’un œil épouvanté,Le maître dans sa gloire‖ et dans sa majesté ?N’étais-tu pas le fils‖ d’Apollon, dieu de Sminthe,Qui dicte à ses enfants‖ une suave plainte ?Ou, dieu toi-même, un jour,‖ l’âme pleine de fiel,Jupiter t’avait-il‖ précipité du ciel,Et ne cachais-tu pas,‖ dans ton idolâtrie,Un souvenir lointain‖ de ta vieille patrie ?Nul ne le sut. Tu vins,‖ et d’un ton compassé,Un pied sur l’avenir,‖ l’autre sur le passé,Tu chantas à grands flots‖ ces créations pures,Fleuve où s’abreuveront‖ les cent races futures !Tu marchais, échangeant,‖ fier de ta pauvreté,Quelque repas furtif‖ pour l’immortalité,Disant au peuple sourd‖ à force d’insolence :Nation, je te voue‖ à la nuit du silence !Pour l’immense avenir‖ enflant ta large voix,Mendiant, t’asseyant‖ à la table des rois,Et parmi les rayons,‖ comme un essaim faroucheLes mots harmonieux‖ murmuraient sur ta bouche.Dans les enchantements‖ de tes superbes vers,Tu mis les deux splendeurs‖ qui charment l’univers,La force et la beauté‖ sereine, et pour écloreTon œuvre s’éveilla‖ dans une ardente aurore.Le mot fatal brilla,‖ l’autel fut consacré,Le monde de l’idée‖ étincela créé.Pour la beauté d’abord‖ tu nous donnas Hélène,Forme terrible et pure‖ en son manteau de laine,Pour laquelle à jamais‖ les hommes et les dieuxSe livrent sans relâche‖ un combat odieux,Et, comme sur un mont‖ les roches ébranlées,S’écroulent à longs cris‖ dans tes grandes mêlées ;Hélène, au sort fatal‖ qu’elle fuyait en vain,Que Vénus réservait‖ pour un bonheur divin,Et qui, dès que le blond‖ Pâris ouvrit la bouche,Pensa voir Lyæus,‖ le roi libre et farouche,Le dieu charmant, riant,‖ jeune, en qui s’est mêléLe sang de Jupiter‖ au sang de Sémélé !Hélène qui, riant‖ sur sa couche fatale,Tuait dans un baiser‖ l’Asie orientale,Et serrant sur son sein‖ l’enfant aux blonds cheveux,Étouffait un empire‖ entre ses bras nerveux !Prophétesse en courroux,‖ triste et fière lionne,Comment saluas-tu‖ la mère d’Hermione,Lorsque endormant Pâris‖ sur le navire ailé,Ses chants retentissaient‖ dans le détroit d’Hellé !Oh ! Quand tout l’avenir‖ de carnage et de cendrePassa comme un flambeau‖ sur l’âme de Cassandre ;Lorsqu’elle vit au loin,‖ comme un jeune lion,Achille déchirer‖ les princes d’Ilion,Que, le regard fixé‖ sur toutes ces détresses,Elle arrachait son voile‖ et ses cheveux en tresses,Quel frisson dut la prendre‖ au haut de cette tourQui devait sur son front‖ s’écrouler à son tour,Et d’où ses yeux ont vu,‖ dans l’horrible mêléeDe mille égorgements,‖ la guerre échevelée !Oui, ce furent bien là‖ des combats palpitantsEt tels qu’en avaient eu‖ les dieux et les Titans,Quand ces monstres hideux,‖ fils de la terre énorme,Pour élever au ciel‖ leur phalange difforme,Sur l’escalier fatal‖ que leur main exhaussaPosèrent pour degrés‖ Pélion sur Ossa !Quels combats et quels chocs !‖ Vénus et Diomède,Phœbus, Neptune, Ulysse‖ et Minerve à son aide ;Hector guidé par Mars‖ et par Bellone, HectorDont les chevaux ardents‖ brisent des harnois d’or,Et derrière eux l’Asie‖ ardente à se répandreDe l’Axius d’argent‖ aux rives du Méandre ;Atride et les Ajax‖ au carnage excités ;La Grèce impitoyable‖ et toutes ses cités,Depuis Cos, où les rocs‖ semblent de noires tombes,Jusqu’à Thisbé, séjour‖ aimé par les colombes !Oh ! Parle ! Redis-nous‖ de combien de hérosLes dieux ivres d’horreur‖ se firent les bourreaux !Chante encore, apparais‖ sous le deuil qui te navre,Muse ! Excite nos pleurs,‖ montre-nous le cadavreD’Hector, que tu suivis‖ en tes longs désespoirs,Balayant la poussière‖ avec ses cheveux noirs !Vierge, enfle tes clairons ;‖ c’est là que tout commence,Et rien n’eût rappelé‖ cette iliade immense,Si, las de cette mer‖ où tout poëte but,Le père des héros‖ n’eût vers un autre butTourné sa poésie‖ enivrante et pressée,Et gardé quelque amour‖ à sa sœur l’odyssée,Rêverie à plis d’or,‖ chant limpide et vainqueur,Dont chaque note éveille‖ un écho dans le cœur !Oh ! Que de passions‖ et de saintes idéesY dorment gravement,‖ hautes de cent coudées !Que de drames en germe‖ étalés sous les fleurs !Avec quel charme on suit‖ du sourire ou des pleursCe héros qui, jouet‖ du courroux de Neptune,Portant de tous côtés‖ son étrange fortune,Va parmi les flots verts,‖ destructeur des cités,Braver le dur cyclope‖ et ses atrocités,Suivre des yeux Pallas,‖ guerrière vengeresse,Dormir près de Circé‖ la brune enchanteresse,Et s’asseoir en haillons‖ au grand festin des rois,Ces fils de Jupiter,‖ dont l’éclatante voixDe leur noble origine‖ était comme une preuve,Et dont l’enfant lavait‖ ses robes dans le fleuve !Comme on prête l’oreille‖ au chant simple et divinQui jaillit au repas‖ d’une coupe de vin,Et peint avec amour‖ ces beautés extatiquesRayonnant au sommet‖ sur les ombres antiques,Ou qui, nous démasquant‖ les recoins de l’autel,Fait éclater les dieux‖ de leur rire immortel,Devant le filet d’or‖ à la maille serréeOù Vulcain près de Mars‖ enferme Cythérée !Odyssée ! Iliade !‖ ô couple ardent et fort !Vaste dualité,‖ fille d’un même effort !Ô lyres à cent voix !‖ ô douces philomèles !Coupes aux flancs sculptés !‖ Créations jumelles !Quel homme eût jamais cru‖ qu’un délire nouveauEût pu vous enfanter‖ dans le même cerveau ?Pourtant, marchant pieds nus‖ dans la ronce et les pierres,Il tenait dans ses mains‖ les géantes guerrières,Et jusqu’au but sacré,‖ sans redouter l’affront,Il porta sans pâlir‖ ces filles de son front.Mais quand ce créateur‖ eut son œuvre finie,Cet inventeur des chants,‖ ce héros, ce génie,Consumé par les feux‖ d’une céleste ardeur,S’affaissa sous le poids‖ de sa propre grandeur,Et, les regards fixés‖ aux cieux, où sur leurs ailesSes vers avaient porté‖ des déesses nouvelles,Colosse, s’endormit‖ au revers du chemin,Fier, souriant encore,‖ et tenant à la mainSa lyre de héros,‖ plus noble que l’épéeD’Achille. Ainsi mourut‖ Homère, l’épopée.Mais, ô muse ! Il revit‖ pour jamais comme un dieu,Dans un temple idéal‖ ouvert sur l’azur bleu :Nous le voyons, géant‖ environné de gloire,Dans la lumière, assis‖ sur un trône d’ivoire.Ses filles à ses pieds,‖ d’un geste souverain,Tiennent encor la rame‖ et le glaive d’airain.Et là, Virgile avec‖ sa longue chevelure,Lucrèce, à l’œil épris‖ de la grande nature,Le conteur de la guerre‖ effrayante, LucainPortant dans sa poitrine‖ un cœur républicain,Dante, sombre et vêtu‖ de sa robe écarlate,Tasse, Arioste enfant‖ qui nous berce et nous flatte,Camoëns tout mouillé‖ par les flots de la mer,Mitton qui se souvient‖ du ciel et de l’enfer,Ô muse ! Tous ces rois,‖ tous ces conteurs épiques,Nés pour chanter les chocs‖ des glaives et des piques,Tous ces grands inspirés‖ qui, même privés d’yeux,Plongent dans l’insondable‖ éther, et voient les dieuxEt leurs palais qui dans‖ la lumière se dorent,Veillent, silencieux,‖ près d’Homère et l’adorent ;Car ils sont tous les fils‖ de son glorieux sang.Ils sont même sortis‖ de son robuste flanc,Ceux-là qui, vendangeurs‖ aux doigts tachés de lie,Ont suivi Melpomène,‖ ou la brune ThalieDont on craint le regard‖ charmant et meurtrier :Eschyle au vaste front‖ couvert du noir laurier,Dont le Mède a connu‖ la bravoure intrépide,Sophocle, et le charmeur‖ des femmes, Euripide,Et cet Aristophane‖ irritable, au grand cœur,Dont la colère chante‖ avec les voix du chœur,Ménandre, Plaute esclave,‖ et le sage Térence,Le vieux Corneille, honneur‖ éternel de la France,Et Racine qui prend‖ les âmes, et Regnard,Et La Fontaine encor‖ sans égal dans son art,Qui, dans son iliade‖ ingénue et subtile,Fait du renard Thersite‖ et du lion Achille.Tous adorent Homère‖ et vers lui sont venusPar le hardi chemin‖ qu’ont touché ses pieds nus.S’ils n’ont pas, comme lui,‖ des cimes escarpéesPrécipité le flot‖ des larges épopées,C’est que l’homme enfermé‖ dans les champs et les murs,Toujours courbé vers l’or‖ ou vers les épis mûrs,Et n’ayant plus d’amour‖ pour les collines veuves,Se trouva trop petit‖ pour boire à ces grands fleuves.Alors pour nous fixer‖ au monde où nous passions,Vint le drame vivant‖ qui peint les passions,Et sa riante sœur,‖ la folle comédie,Qui jette sur nos mœurs‖ la satire hardie.Un masque sur le front,‖ effroyable ou rieur,Des chercheurs, attirés‖ par l’homme intérieur,Avec le dur scalpel‖ vinrent déchirer l’âmeEt l’éclairer tremblante‖ à leurs torches de flamme,Soulevèrent du doigt‖ l’enveloppe qui ment,Surprirent le secret‖ de chaque mouvement,Et léguant devant tous‖ leur étude profondeÀ la postérité,‖ cette voix qui féconde,Chantèrent au soleil,‖ harmonieux Memnons.Mais par-dessus leurs voix‖ et par-dessus leurs nomsRayonnent sur la scène‖ où leur souffle respire,Le justicier Molière‖ et le divin Shakspere !Deux sages, deux voyants‖ brûlés du même feu,Et qui sur notre monde‖ ont laissé pour adieuMille créations‖ palpitantes d’extases,Dont le sein est vêtu‖ de rêves et de gazes,Et qui, sur notre ennui,‖ du haut de leur ciel pur,Jettent de longs regards‖ d’incendie et d’azur.Oh ! Le bon sens joyeux‖ et brutal de Molière !Ce dilemme subtil,‖ acharné comme un lierre,Cette franche tirade‖ ou bien ces mots si courts,Étincelles d’esprit‖ qui charmèrent les cours,Oh ! Qui nous les rendra ?‖ Quand donc, pleins de querelles,Reverrons-nous gonfler‖ ces charmants SganarellesDont l’honneur outragé‖ crève comme un ballon ?Quand roucoulerez-vous,‖ ô reines de salon !Ces madrigaux ouvrés‖ et ces fadaises tendresQu’improvisaient pour vous‖ de précieux Clitandres ?Quand donc les Vadius‖ avec leurs TrissotinsViendront-ils débiter‖ leurs supplices latinsAux tout petits pieds blancs‖ de nos muses, dont mainteLaisse derrière soi‖ Bélise et Philaminte !Hélas ! Chaque Henriette‖ aujourd’hui sait le grec !Et toi, qui regardais‖ les bavards d’un œil sec,Alceste soucieux,‖ Céladon misanthrope,Qui vers ton cher soleil,‖ comme l’héliotrope,Tournes tes yeux ardents,‖ reviendras-tu des boisPour gourmander un peu‖ notre monde aux abois ?Ces Jourdains lamés d’or‖ et ces Josses orfèvres,Comme ils nous manquent tous‖ avec leur rire aux lèvres !Comment nous laissent-ils,‖ ces amis ? Et commentNous sommes-nous passés‖ de ce troupeau charmant ?Oh ! Comme ils savent tous‖ des façons bien apprises !Comme ils mènent à bout‖ leurs folles entreprises !Comme tous ces maris,‖ bouffons dont vous riez,Sont bien aux yeux de tous‖ triplement mariés !Et comme ce marquis,‖ bel ourdisseur de trames,Qui leur vole à plaisir‖ leurs filles et leurs femmes,Est un charmant vaurien‖ dont un regard séduitMagiquement, la jeune‖ Agnès dans son réduit !Il s’appelle Damis,‖ Horace ou bien Valère ;Il est tendre et charmant‖ jusque dans sa colère ;Il est fait comme un dieu,‖ rose comme un enfant,S’avance avec un air‖ superbe et triomphant,Et passe, d’une main‖ la plus blanche du monde,Son peigne dentelé‖ dans sa perruque blonde.Aussi les fleurs de cour,‖ aux yeux extravagants,Laissent-elles tomber‖ leurs cœurs avec leurs gantsDevant ce dédaigneux,‖ qui se baisse à grand’peinePour ramasser à terre‖ une âme toute pleine !Et c’est justice, au fait,‖ car ses rubans sont lourdsEt parent follement‖ son habit de velours ;Ses canons précieux‖ sont du plus grand volume,Et son chapeau lissé‖ disparaît sous la plume.De plus, il sait jeter‖ son or à pleines mains,Et d’un large mépris‖ couvre tous les humains.Après tout, les Orgons‖ et les pères GérontesOnt le tort d’être laids‖ comme l’ogre des contes,De garder leurs écus‖ comme des Harpagons,D’être vêtus de noir‖ et de sortir des gonds,Au lieu de chantonner‖ ces paroles magiquesDont rêvent les Agnès‖ comme les Angéliques.Puis, comment laissent-ils‖ auprès de leurs trésors,Eux qui, Dieu sait pourquoi,‖ sont si souvent dehors,Ces soubrettes d’esprit‖ aux gorges découvertes,Dont la robe et la main‖ à chacun sont ouvertes,Et qui, tout en jouant‖ aux vieux de si bons tours,Veillent folâtrement‖ sur le nid des amours ?Filles de bon conseil,‖ retorses comme un juge,Promptes à la réplique‖ ainsi qu’au subterfuge,Vous faites bien pendant‖ à ces dignes ScapinsDans leurs manteaux d’azur‖ que Watteau nous a peints !Heureusement votre âme‖ est encore assez probePour démasquer Tartuffe,‖ un allongeur de robe,Qui cache à tout propos‖ son cœur licencieuxSous le manteau divin‖ de l’église et des cieux,Et qui, tout en parlant‖ de l’enfer lamentable,Pousse pieusement‖ Elmire sur la table ;Tartuffe, ce penseur‖ aux lèvres de rubisQue nous trouvons partout‖ et sous tous les habits ;Qui tâte des deux mains‖ en profond philosophe,Le désir sous les mots,‖ la chair avec l’étoffe,Et dans ce monde étrange‖ où le mal est tyranSerait leur maître à tous,‖ s’ils n’avaient pas don Juan !C’est le roi, celui-là !‖ C’est le roi, faites place !Regardez ! C’est don Juan‖ qui porte un cœur de glace,Qui, tenant dans sa main‖ le magique rameau,Corrompt la grande dame‖ et l’enfant du hameau,Raille, sans essuyer‖ le sang après sa manche,Son père en cheveux blancs,‖ après Monsieur Dimanche,Et qui, par les replis‖ d’un labeur sombre et lent,Jusqu’à l’hypocrisie‖ a poussé le talent !C’est don Juan qui, debout‖ devant l’homme de pierre,A subi ses regards‖ sans baisser la paupière,Et qui tenait si bien‖ sa coupe entre ses doigtsQue son cœur et sa main‖ n’ont tremblé qu’une fois !Ô spectacle éternel !‖ ô fiction mouvante,Qui par sa vérité‖ nous glace d’épouvante !Quand le divin Molière,‖ une lampe à la main,Éclaira devant tous‖ les plis du cœur humain,Les peuples, ignorant‖ si le bouffon qu’on vanteSuscitait devant eux‖ la sagesse vivante,Applaudissaient déjà‖ ses grotesques portraits,Sur les passants du jour‖ copiés traits pour traits.Car ils sont bien réels‖ tous, avec leur folie !Ces types surhumains‖ costumés par ThalieOnt une passion‖ sous leur rire moqueur ;Sous leurs habits de soie‖ on sent frémir un cœur.S’ils incarnent l’amour,‖ la fourbe ou l’avarice,Ils sont hommes aussi,‖ la terre est leur nourrice !Leur langage profond,‖ dont chacun a la clé,Est un clavier superbe ;‖ et rien n’eût égaléCe théâtre vivant‖ qui frissonne et respire,Si Dieu n’eût allumé‖ l’autre flambeau : Shakspere !Dans le monde réel‖ plein d’ombre et de rayons,Tout ce qui nous sourit,‖ tout ce que nous voyons,Les cieux d’azur, les mers,‖ ces immensités pleines,La fleur qui brode un point‖ sur le manteau des plaines,Les nénuphars penchés‖ et les pâles roseauxQui disent leur chant sombre‖ au murmure des eaux,Le chêne gigantesque‖ et l’humide oseraieQui trace sur le sol‖ comme une longue raie,L’aigle énorme et l’oiseau‖ qui chante à son réveil,Tout revit et palpite‖ aux baisers du soleil.C’est de lui qu’ici-bas‖ toute splendeur émane ;C’est lui qui répandant‖ la clarté diaphane,Charme le tendre lys‖ comme le jeune aiglon,En secouant au loin‖ ses cheveux d’Apollon.De même, dans ce monde‖ aux choses incertaines,Où la voix du poëte‖ est le bruit des fontaines,Où les vers éblouis‖ sont la brise et les fleurs,Les rires des rayons,‖ les diamants des pleurs,Toute création‖ à laquelle on aspire,Tout rêve, toute chose,‖ émanent de Shakspere.Shakspere, ce penseur !‖ Ombre ! Océan ! éclair !Abîme comme Gœthe !‖ âme comme Schiller !Or pur dont la splendeur‖ s’éveille dans la flamme !Œil ouvert gravement‖ sur la nature et l’âme !Phare qui, pour guider‖ les pâles matelots,Rayonne dans la nuit‖ sur des alpes de flots !Mille autres avant lui,‖ farouches statuaires,Ont tourmenté l’argile‖ au fond des sanctuairesSans avoir entendu‖ le mot essentiel,Et voulaient dans leurs mains‖ prendre le feu du ciel ;Mille autres ont chanté,‖ mais devant le prestigeDe leur création,‖ ils ont eu le vertige ;Sur eux, comme une houle,‖ a passé l’univers ;À peine si leurs noms‖ surnagent sur leurs versMais la grande pensée‖ atteint avec son aileUne aire énorme au haut‖ d’une cime éternelle,D’où ses mille rayons‖ au monde épouvantéJettent l’intelligence‖ et la fécondité.Le sang qui de son cœur‖ s’écoule comme une onde,A jeté son reflet‖ de pourpre sur le monde.Ainsi de ce sommet‖ grandiose où nos yeuxVoient flamboyer son front‖ à mi-chemin des cieux,Shakspere sur la terre‖ a semé des poëtes,Ceux-ci remplis d’amour,‖ et ceux-là de tempêtes.Tout rêve, tout héros,‖ vêtu de pourpre ou nu,Dans sa vaste pensée‖ est au fond contenu ;Ainsi que Charlemagne‖ il a tenu le globe,Et pourrait emporter‖ dans les plis de sa robe,Avec leur pauvre lyre‖ et leurs grands piédestaux,Nos géants d’aujourd’hui‖ drapés dans leurs manteaux.Et s’il faisait un jour‖ comparaître à sa barreLes courtisans musqués‖ de sa muse barbare,Comme de Henri Quatre‖ au sombre Richard Trois,Ses rois démasqueraient‖ des fantômes de rois !Eux seuls savent porter‖ le sceptre et la couronne ;Car il les portait bien,‖ celui qui les leur donne,Lui qui, les yeux remplis‖ d’éclairs, et non contentDe fouler sous ses pas‖ un royaume éclatant,S’élevait au-dessus‖ de notre fange immonde,Et dans un pays d’or‖ se refaisait un monde !Lui, créateur, à qui,‖ sans craindre son effroi,Dieu lui-même avait dit :‖ Macbeth, tu seras roi !Oh ! Comme en se penchant‖ sur cet univers sombre,Où fourmillent ses fils‖ et ses peuples sans nombre,L’œil se baisse aussitôt‖ et se ferme, éblouiD’avoir vu rayonner‖ dans cet antre inouïTant d’âmes de héros‖ et tant de cœurs de femme,Déchirés et tordus‖ par l’orage du drame !Qui pourrait s’empêcher‖ de craindre et de pâlirAvec Cordélia,‖ la fille du roi Lear,Adorant, fille tendre,‖ ainsi qu’une Antigone,Son père en cheveux blancs,‖ sans trône et sans couronne,Parfum des derniers jours,‖ pauvre Cordélia,Seul et dernier trésor‖ du roi qui l’oublia !Qui, répétant tout bas‖ les chansons d’Ophélie,Ne retrouve des pleurs‖ pour sa douce folie ?Qui dans son cœur éteint‖ n’entend sourdre un écho,Et n’aime Juliette‖ écoutant Roméo ?Comme ces deux enfants,‖ ces deux âmes jumellesQue le premier amour‖ caresse de ses ailes,Aspirent en un jour‖ tout un bonheur divin,Et meurent, enivrés‖ de ce généreux vin !Juliette n’a pas‖ quatorze ans ; c’est une âmeEnfantine, où l’amour‖ brûle comme une flamme ;Elle vient au balcon‖ mêler dans chaque bruitLes soupirs de son rêve‖ aux cent voix de la nuit,Si belle qu’on croirait‖ sur son front diaphaneVoir le vivant rayon‖ de la nymphe Diane,Et le cœur si naïf‖ qu’en ce calice ouvertLe zéphyr qui murmure‖ au sein de l’arbre vertApporte des serments‖ pleins d’une douce joie !C’est lui ! C’est Roméo !‖ Sur son pourpoint de soieLa nuit pâle et jalouse‖ a répandu ses pleurs :Il a sur son chemin‖ écrasé mille fleurs,Il a par des endroits‖ hérissés, impossibles,Franchi facilement‖ des murs inaccessibles ;Il lui faudra braver,‖ pour sortir du palais,Mille cris, les poignards‖ de tous les Capulets !Qu’importe à Roméo ?‖ C’est pour voir Juliette !Juliette sa sœur,‖ pauvre amante inquièteQui dans cette heure douce‖ où Phœbé resplendit,Le rappelle cent fois‖ et n’a jamais tout dit ;Et qui, trop pauvre alors,‖ pour pouvoir encor rendreSon cœur à Roméo,‖ l’aurait voulu reprendre !Oh ! Lorsque tes cheveux‖ aux magiques refletsInondent ton beau cou,‖ fille des Capulets !Quand on a vu pendant‖ cette nuit enchantéeRayonner ton front blanc‖ sous la lune argentée !Et toi, qu’à ton destin‖ le ciel abandonna,Toi qui nous fait pleurer,‖ belle Desdemona,Toi qui ne croyais pas,‖ pauvre ange aux blanches ailes,Qu’on pût voir parmi nous‖ des amours infidèles,Desdemona candide,‖ ange qui va mourir,Quand on a dans son cœur‖ entendu ton soupirEt ce que tu chantais‖ en attendant le More :La pauvre âme qui pleure‖ au pied du sycomore !Quand on connaît vos sœurs,‖ ces anges gracieux,Évoqués une nuit‖ de l’enfer ou des cieux,Miranda, Cléopâtre,‖ Imogène, Ophélie,Ces rêves éthérés‖ que le même amour lie !Quelle femme ici-bas‖ ferait vibrer encorLe cœur extasié‖ par vos cithares d’or ?Mais ce qui le ravit‖ dans une molle ivresse,C’est ce théâtre bleu‖ fait pour notre paresse,D’où, comme le bon sens,‖ la grave histoire a fui,Et laisse le rêveur‖ chanter son chant pour lui.On n’y mesure pas‖ les poisons à la pinte ;Sans quinquets enfumés,‖ ni ciel de toile peinte,Mille gens plus pimpants‖ qu’un sonnet de Ronsard,En faisant des bons mots‖ s’y croisent au hasard.Là, des ruisseaux d’argent,‖ dans des pays quelconques,Versent leurs diamants‖ aux marbres de leurs conques,Des arabesques d’or‖ se brodent sur les cieux ;Les arbres sont d’un vert‖ qui ferait mal aux yeux ;Tout est très surprenant‖ sans causer de surprises,Et dans tout ce soleil‖ on est baigné de brises.Les héros vont partout‖ sans y porter leurs pas,Ne sont d’aucune époque‖ et ne demeurent pas.Les bouffons sont hardis‖ comme des philosophes ;Les femmes ont au corps‖ les plus riches étoffes,Des robes de brocart,‖ de saphirs et d’oiseaux,Souples comme une vague‖ ou comme les roseaux ;Des mantelets aurore‖ ou bien couleur de luneJettent mille reflets‖ sur leur épaule brune,Avec mille bijoux,‖ plumages et colliers.Parfois sous de riants‖ habits de cavaliers,Égrenant sur leurs pas‖ de folles épigrammes,Elles courent les champs,‖ énamourent les femmes,Ont un beau nom de page,‖ et vont prendre le fraisAvec leurs diamants‖ dans de petits coffrets.Des Céladons rimeurs,‖ amants d’une Égérie,En habit de satin‖ font de la bergerie,Sont en grand désespoir,‖ et, couchés sur le dos,Regardent le soleil‖ en faisant des rondeaux.Mais la belle est un peu‖ tigresse, et désappointeLe concetti final,‖ au moyen d’une pointe.Les amoureux, gens nés,‖ prennent bien leurs revers,Parlent en prose, à moins‖ qu’ils ne disent des vers,Et ne s’empressent pas‖ vers leur épithalame,Sachant qu’Hymenaeus,‖ au dénoûment du drameViendra tout arranger‖ avec ses vieux flambeaux.Mais, pour servir de fleurs‖ ils ont des madrigauxEt les fichent après‖ un arbre, qui s’empresseDe les faire tenir‖ sans faute à leur adresse.Dans des chars blonds, formés‖ d’une écorce de noixEt de fils d’araignée‖ en guise de harnois,On voit passer au loin‖ de gracieuses féesQui chantent au soleil,‖ bizarrement coiffées.Les Ariels ont tous‖ deux sexes ; les lézardsSavent la pantomime‖ et cultivent les arts.Des gens à tête d’âne‖ arrivent, quoi qu’on die,Devant des seigneurs grecs‖ jouer leur tragédie,Où l’homme avec un chien‖ représente PhœbéDans les tristes amours‖ de Pyrame et Thisbé.Leur tragédie est bête‖ à soulever la bile :Mais lion et Phœbé,‖ tout semble tant habile,Qu’on leur dit : bien lui, lune !‖ Et : bien rugi, Lion !Le père Anchise arrive‖ avec le galionPour reconnaître exprès‖ à la fin, chose due,Sa fille Perdita,‖ c’est-à-dire perdue.Au lieu d’avoir des noms‖ anglais, turcs ou romains,Tous ont des noms charmants‖ pour courir les chemins :Mercutio, Célie,‖ Orlando, Rosalinde,Paroles, Pandarus,‖ Corin, Sylvio ! L’IndeOù l’on passe un flot rose‖ en jonque de bambous,Tandis que recueillis,‖ seuls comme des hibous,Des hommes fort dévots‖ font saigner leur échine ;L’Eldorado, Kiou-Siou,‖ Kounashir, et la ChineQui sur sa porcelaine‖ a des pays d’azur,N’ont rien de plus riant,‖ de plus bleu, de plus purQue ce rêve, où parfois‖ la rose fantaisiePrès du chêne saxon‖ jette les fleurs d’Asie.C’est un monde limpide‖ où dorment en riantLes mystères du nord‖ aux clartés d’orient,Où près des flots d’argent‖ brillent dans les prairiesDes plantes d’émeraude‖ aux fleurs de pierreries,Où des bouvreuils jaseurs,‖ pour payer leur écot,Vocalisent, perchés‖ sur un coquelicot !C’est comme notre amour‖ qui parlerait, ou commeUn chant qui redirait‖ ce qui chante dans l’homme ;C’est comme un zéphyr calme,‖ ou comme un sylphe ailéQui caresserait l’âme.‖ Et rien n’eût égaléCe beau théâtre empli‖ d’une âme singulière,Si nous n’avions pas eu‖ l’autre flambeau : Molière !Car leur muse à tous deux‖ était la même enfant,Jetant au ridicule‖ un regard triomphant,Ayant la liberté‖ d’une fille espagnole,Un éclair dans les yeux‖ comme dans la parole,Pourtant fière et naïve,‖ et trouvant quelquefoisUn mot mystérieux‖ et voilé dans sa voix,Comme en leur soleil d’or‖ l’Armorique ou l’IrlandeOnt des brouillards pensifs‖ couchés sur une lande.Elle qui, le sein nu,‖ par les coteaux voisins.Tordait sur ses cheveux‖ la vigne et les raisins,À présent soucieuse‖ au désert où nous sommes,Car tout son avenir‖ était dans ces deux hommes,Gémissait de les voir,‖ par un effort uni,S’user à découvrir‖ le problème infini.Car la science offerte‖ aux cœurs des foules vainesEst comme le sang pur‖ échappé de nos veines,Et ceux qui sur la scène‖ ont répandu la leur,En gardent pour toujours‖ une étrange pâleur.Quand tous deux effaçaient,‖ délaissant leur royaume,Lui le rouge d’Argan,‖ lui le fard du fantôme,Dieu savait chaque jour‖ par quel changement promptUne ride nouvelle‖ illuminait leur front.Et la muse pleurait‖ sur leur métamorphose,Elle essuyait ses pleurs‖ de sa basquine rose,Et voulait soutenir‖ avec sa faible mainCes atlas accablés‖ d’un univers humain.Puis enfin, las un jour‖ de leur tâche première,Grands astres consumés‖ par leur propre lumière,Ils moururent devant‖ les peuples étonnés,Debout comme il convient‖ aux hommes couronnés !Alors ce fut sur nous‖ comme une nuit étrange,Où nul rayon d’en haut‖ ne dora notre fange,Où rien ne traversa‖ le murmure profondQue soulève l’idée‖ et que les choses font.Seulement, au lointain,‖ sur les vertes collines,On entendait gémir‖ dans les brises divinesUn mélange confus‖ de sanglots et de voix.C’était le cri plaintif‖ des muses d’autrefois,Exhalé, frémissant‖ d’une douleur amère,Sur la lyre d’Orphée‖ et la lyre d’Homère !Et leur plus jeune sœur,‖ cet ange des amours,Qui des plus pâles nuits‖ jadis faisait des jours,Qui du poëte aux rois‖ étendait son empire,Cette sœur de Molière,‖ amante de Shakspere,Racontait sa détresse‖ au chœur aérien.Qui me consolera ?‖ Disait-elle, mais rienNe répondait encore‖ à ses paroles vaines.Son sang libre et jaloux‖ gonflait partout ses veines,Mais dans la nuit profonde‖ où sommeillait la foi,Nul flambeau ne disait‖ à l’homme : lève-toi !Et comme les débris‖ de cette antique Égypte,Où, dans leur pyramide‖ ou leur obscure crypte,Dorment les Sésostris‖ auprès des Néchaos,Notre art, monte autrefois,‖ redevenait chaos.Puis, après bien longtemps,‖ lorsque sur des idéesMortes en germe avant‖ qu’on les eût fécondées,Les sons, comme des flots‖ qui tourmentent leurs quais,Se furent bien longtemps‖ dans l’ombre entre-choqués,Le peuple vit soudain‖ rayonner sur sa faceUn point resplendissant‖ de lumière vivace.Et comme on demandait‖ quel était ce flambeauQui jetait sur la nuit‖ un prestige si beau,Les plus sages ont vu‖ que c’était l’auréoleAu front du jeune enfant‖ marqué pour la parole,Comme furent jadis‖ les hommes de Sion,Et venu pour grandir‖ sa génération.Ce n’était qu’un enfant.‖ L’airain aux feuillantinesL’avait bercé jadis‖ de ses voix argentines :Dans un jardin antique‖ ombragé comme un bois,La nature, qui parle‖ avec ses mille voix,Lui disait chaque jour‖ le secret grandiose.Ivre de chants, de fleurs‖ et de parfums de rose,Il complétait son âme,‖ oubliant, oublié,Par un passé de gloire‖ à l’avenir lié,Méditant sans effort‖ pour sa pensée agileVirgile par les champs‖ et les champs par Virgile ;Dans son cœur inspiré,‖ mais grave et sérieux,Cherchant déjà le sens‖ des bruits mystérieux,Aux lauriers paternels,‖ aux doux baisers de mère,Comprenant les deux mots‖ que lui disait Homère,La grandeur et l’amour,‖ et de mille rayonsEnveloppant déjà‖ tout ce que nous voyons.Dans son rêve, planant‖ au loin sur les rivages,Il aperçut, auprès‖ des bacchantes sauvages,S’acharnant sur leur proie‖ ainsi que des bourreaux,Le fleuve ensanglanté‖ par le chaste héros.Puis, y voyant gémir‖ sur leur divin trophéeLes sœurs de l’harmonie‖ et la mère d’Orphée,Il regarda le monde,‖ et, sachant dans son cœurLes secrets oubliés‖ du lyrisme vainqueur,S’écria, plein déjà‖ du céleste délire :Je serai l’harmonie‖ et je serai la lyre !Et, sans faiblir après‖ sous ce sublime effort,Il dit aux fronts courbés,‖ se sentant assez fortPour ourdir à son tour‖ quelque sublime trame :Je serai l’épopée‖ et je serai le drame !Il se leva sur nous.‖ Et l’homme triomphantTint si bien ce qu’au monde‖ avait promis l’enfant,Que le vieillard pensif‖ dont la jeune AmériqueSe souviendra, lui dit‖ d’une voix homérique :Vous êtes l’avenir‖ et je suis le passé !Et que, dernier de tous,‖ il a tout surpassé.Lui seul, faisant saillir‖ dans tout problème sombreL’ombre par le rayon‖ et le rayon par l’ombre,A fait briller à flots‖ sur nos illusionsL’immuable clarté‖ faite de trois rayons,Trinité solennelle‖ à nos yeux apparue,Triste aspect du foyer,‖ du champ et de la rue.Le foyer ! Oasis‖ aux souvenirs anciens,Où dans la solitude‖ on est tout pour les siens,Sanctuaire où l’on sent‖ comme il est bon de vivreLa tête dans les mains‖ et les yeux dans un livre !Là tout est doux, charmant,‖ simple et mystérieux :C’est l’épouse qui suit‖ votre rêve des yeux,Ce sont les beaux enfants‖ pleins d’avenir, aux lèvresRouges comme les fleurs‖ des vases de vieux Sèvres ;Et la vierge étonnée,‖ en son cœur ingénu,De voir son front si pur,‖ et si blanc son bras nu ;Puis c’est un vieil ami‖ qui cause de Tacite,Qui lit à cœur ouvert‖ dans Virgile qu’il cite,Et dont les souvenirs,‖ d’âge en âge espacés,Vous reportent, jeune homme,‖ à vos plaisirs passés.Foyer, doux manteau d’ombre !‖ ô naïve peintureFlamande, que chacun‖ refera ! La natureA-t-elle plus que toi‖ d’harmonie et de chants ?Qui pourrait t’égaler,‖ sinon l’air et les champs ?Car les champs sont aussi‖ le grand poëme, et commeUn livre écrit par Dieu‖ pour l’extase de l’homme.C’est là que chaque lèvre,‖ allant chercher son miel,Boit, abeille, les fleurs,‖ et, poëte, le ciel !C’est là qu’un doux zéphyr‖ fait frissonner la lyre,Et que le mot s’écrit‖ pour ceux qui savent lire ;Ce sont des ruisseaux d’or,‖ de larges horizons,Des fruits divers donnés‖ à toutes les saisons,Des cascades, des fleurs,‖ de grandes voûtes d’arbres,Des cailloux anguleux‖ plus brillants que des marbres,Des oiseaux garrulants‖ qui s’envolent troublés,De gais coquelicots‖ qui dansent dans les blés,Des lacs aux flots unis‖ où, sans cesse jetée,La lumière dessine‖ une moire argentée,Des cieux pleins de blasons‖ qui paradent au loin,Et de vagues parfums‖ qui s’exhalent du foin !Et sur ce beau décor,‖ un chœur immense, un monde :La verte demoiselle‖ avec l’insecte immonde,Le corbeau velouté,‖ les bœufs aux larges reins,Cherchant leurs Brascassats‖ ou leurs Claudes Lorrains !Chacun marche en sa voie.‖ Au fond de la prairieLa génisse au flanc roux‖ court dans l’herbe fleurie,Les oiseaux attentifs‖ portent au fond du nidLa mousse dérobée‖ aux angles du granit,L’insecte fait son trou,‖ la verte demoiselleSe mire dans le flot‖ scintillant qui ruisselle,Et dans une clarté‖ l’épi s’ouvre au soleil.Chacun cherche son but‖ dès la premier réveil :La fourmi son brin d’herbe,‖ et l’homme sa charrue.Et comme aux champs, hélas !‖ Chaque homme dans la rueDoit labourer l’argile,‖ et dans un tourbillonRemplir encor sa tâche‖ et creuser son sillon,Et, sans devancer l’heure‖ où la moisson commence,Disputer aux oiseaux‖ du ciel, herbe ou semence,Les grains qui deviendront‖ épis. Tout penseur doitDésigner le vrai but,‖ et le montrant du doigt,Protéger tour à tour‖ les peuples qu’on enchaîne,Et le bon roi, souvent‖ insulté sous le chêne !Cerveau lumineux, cœur‖ où déborde l’amour,Il doit, leur prodiguant‖ sa pitié tour à tour,Au milieu des abus‖ toujours prêts à nous mordre,Conserver et grandir‖ la liberté par l’ordre,Pour rajeunir sans cesse‖ et pour purifierL’atmosphère du champ‖ et celle du foyer.Triple aspect du foyer,‖ du champ et de la rue,Ô trilogie énorme‖ avec le temps accrue,Pour dégager de toi‖ la tranquille clarté,Il fallait un penseur‖ qui, de tous écarté,Reçût, seul entre tous,‖ de la muse d’HomèreLa royauté, nectar‖ qui fait la coupe amère !Aussi la muse eut-elle‖ un regard triomphantLorsque, sur le berceau‖ divin de cet enfant,Elle vit, consolée‖ enfin de son désastre,La flamme de l’esprit‖ s’allumer comme un astre !Si bien que cet enfant,‖ ce rêveur radieux,Calme, indulgent et fort‖ comme les demi-dieux,Ce grand porte-lumière,‖ élu dès sa naissance,L’illumina plus tard‖ de sa reconnaissance ;Et sentant ce jour-là‖ tous les peuples diversAssez grands pour la voir‖ avec leurs yeux ouverts,Il la leur montra, belle,‖ ingénue et sans voiles,Ayant sur ses bras nus‖ la blancheur des étoiles,Et dans la coupe, où luit‖ l’éclair d’un diamant,Buvant le vin de pourpre‖ avec son jeune amant !Le beau printemps vermeil‖ les salue et les fête,Et comme un chœur sublime,‖ autour de ce poëteEn qui revit l’orgueil‖ des temps évanouis,Des poëtes nouveaux‖ se pressent éblouis.Les voilà. Ce sont eux,‖ les héros qui délivrent !J’entends leurs cris d’amour‖ et leurs voix qui m’enivrent,Et, dans la route sûre‖ où je suivrai leurs pas,Je vois tous ces vainqueurs‖ de l’ombre et du trépas.Byron n’est plus ; il dort‖ dans la gloire suprême,Fier, adoré, superbe,‖ et la muse elle-même,De son âme brisée‖ emportant le meilleur,Baisa le pâle front‖ de ce don Juan railleur.Lamartine aux beaux yeux,‖ qui charme et qui soupire,Près du lac frissonnant‖ chante encor son Elvire ;Les deux Deschamps, brisant‖ la maille et les réseaux,S’élancent dans l’air libre‖ ainsi que des oiseaux ;Sainte-Beuve revoit‖ ses maux et nous les conte ;Vigny, doux et hautain,‖ sous son manteau de comteGarde pieusement‖ notre orgueil indompté ;Musset, les yeux brûlants,‖ pâle de volupté,Sent dans son cœur brisé‖ naître la poésie ;Barbier rugit ; Moreau‖ célèbre sa Voulzie ;En Valmore Sappho‖ s’éveille et chante encor ;Delphine, sa rivale,‖ en ses longs cheveux d’orTriomphe, poëtesse‖ à la toison vermeille ;Laprade s’est penché‖ sur Psyché qui sommeille ;Méry taille et sertit,‖ merveilleux joaillier,Les rubis indiens‖ en un rouge collier ;Brizeux nous a rendu‖ les fiers accents du celte ;Sous ses longs cheveux noirs,‖ beau rhapsode au corps svelte,Gautier, pensif et doux,‖ qui semble un jeune dieu,Réfléchit l’univers‖ dans sa prunelle en feu,Et quand Heine, d’un vers‖ joyeux et plein de haine,Perce les serpents vils‖ de la bêtise humaine,On croit voir sur la fange‖ et dans l’impur vallonPleuvoir les flèches d’or‖ de son père Apollon.Nos horizons lointains‖ de clarté se revêtent,L’air vibre, et c’est ainsi‖ que ces lyriques jettentAux quatre vents du ciel‖ leurs chants nobles et purs ;Et la muse les guide‖ aux prodiges futurs,Et mûrit lentement‖ leur œuvre qu’elle achève,Sage, car elle sait ;‖ jeune, car elle rêve !Son jour se lève bleu.‖ Sur ses bras assouplisFlotte un voile pourpré.‖ Les temps sont accomplis.Ô déesse, âme, esprit,‖ clarté, muse nouvelle,Qui renais du passé‖ plus farouche et plus belle,Toi qui mènes aussi‖ tes enfants par la main,Charmeresse au grand cœur,‖ montre-moi le chemin !

janvier 1842.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
546((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a voie / joie féminine, classiqueb firmament / embrasement masculine, classiquea s’irradie / d’incendie féminine, classiqueb d’yeux / dieux masculine, classiquea Sagittaire / terre féminine, classiqueb splendeur / candeur masculine, classiquea voiles / d’étoiles féminine, classiqueb lointain / matin masculine, classiquea habituées / nuées féminine, classiqueb confusément / éblouissement masculine, classiquea lyre / délire féminine, classiqueb vains / divins masculine, classiquea crinière / lumière féminine, classiqueb lys / fils masculine, classiquea crépuscule / d’Hercule féminine, classiqueb fronts / avirons masculine, classiquea chante / enchante féminine, classiqueb pressant / bondissant masculine, classiquea murmure / chevelure féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiquea Rhodope / enveloppe féminine, classiqueb cyprès / près masculine, classiquea divines / racines féminine, classiqueb arrogants / ouragans masculine, classiquea plume / d’écume féminine, classiqueb essor / d’or masculine, classiquea paupières / pierres féminine, classiqueb changé / ombragé masculine, classiquea déserte / verte féminine, classiqueb dieux / mélodieux masculine, classiquea prochaine / chêne féminine, classiqueb meurtrier / laurier masculine, classiquea pleureuse / yeuse féminine, classiqueb nœuds / d’eux masculine, classiquea rives / vives féminine, classiqueb hivers / verts masculine, classiquea sanglante / lente féminine, classiqueb enlaçant / l’embrassant masculine, classiquea mêle / Cybèle féminine, classiqueb chair / cher masculine, classiquea guide / pyramide féminine, classiqueb changeant / d’argent masculine, classiquea poëte / retraite féminine, classiqueb créé / sacré masculine, classiquea hôte / haute féminine, classiqueb l’effroi / roi masculine, classiquea vertige / prodige féminine, classiqueb nid / granit masculine, classiquea aire / légère féminine, classiqueb bois / fois masculine, classiquea aonides / splendides féminine, classiqueb accords / corps masculine, classiquea fontaine / l’Hippocrène féminine, classiqueb fracas / délicats masculine, classiquea déesse / jeunesse féminine, classiqueb embrasés / baisers masculine, classiquea cygne / signe féminine, classiqueb courroux / roux masculine, classiquea noire / d’ivoire féminine, classiqueb bleus / nébuleux masculine, classiquea étoilée / consolée féminine, classiqueb douleur / leur masculine, classiquea insaisissable / sable féminine, classiqueb nu / connu masculine, classiquea resplendisse / Eurydice féminine, classiqueb humanité / beauté masculine, classiquea rêve / Ève féminine, classiqueb divin / vain masculine, classiquea choisissent / saisissent féminine, classiqueb mort / remord masculine, classiquea parole / corolle féminine, classiqueb léger / berger masculine, classiquea campagnes / compagnes féminine, classiqueb serpent / rampant masculine, classiquea arrose / rose féminine, classiquea changée / Pangée féminine, classiqueb désespoirs / noirs masculine, classiquea Orithye / anéantie féminine, classiqueb vautour / amour masculine, classiquea délire / lyre féminine, classiqueb inapaisés / baisers masculine, classiquea Ténare / avare féminine, classiqueb milliers / familiers masculine, classiquea hésite / Cocyte féminine, classiqueb souterrain / d’airain masculine, classiquea divine / poitrine féminine, classiqueb tombeau / flambeau masculine, classiquea sombres / ombres féminine, classiqueb vers / ouverts masculine, classiquea verdisse / Eurydice féminine, classiqueb amour / jour masculine, classiquea bien-aimée / fumée féminine, classiqueb riant / s’enfuyant masculine, classiquea râles / pâles féminine, classiqueb limon / Strymon masculine, classiquea approches / roches féminine, classiqueb lys / Tanaïs masculine, classiquea délice / Eurydice féminine, classiqueb jeux / neigeux masculine, classiquea d’ivresse / enchanteresse féminine, classiqueb mouvant / vent masculine, classiquea méprise / brise féminine, classiqueb tambours / sourds masculine, classiquea d’arbre / marbre féminine, classiqueb bourbeux / bœufs masculine, classiquea hurlantes / sanglantes féminine, classiqueb voix / fois masculine, classiquea fièvre / lèvre féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquea veuve / fleuve féminine, classiqueb parts / épars masculine, classiquea l’Èbre / célèbre féminine, classiqueb expirant / torrent masculine, classiquea mère / amère féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquea compagnes / campagnes féminine, classiqueb flanc / sang masculine, classiquea douloureuse / creuse féminine, classiqueb nu / inconnu masculine, classiquea vague féminine, classiqueb agité / divinité masculine, classiquea nouvelle / immortelle féminine, classiqueb l’air / l’éclair masculine, classiquea crépuscule / recule féminine, classiqueb moment / gémissement masculine, classiquea paupière / pierre féminine, classiqueb pleurs / couleurs masculine, classiquea s’argente / changeante féminine, classiqueb sanglots / flots masculine, classiquea blonde / l’onde féminine, classiquea rivage / sauvage féminine, classiqueb roseaux / eaux masculine, classiquea saigne / baigne féminine, classiqueb grand / errant masculine, classiquea trophée / Orphée féminine, classiqueb esprit / sourit masculine, classiquea cognée / indignée féminine, classiqueb clair / l’éclair masculine, classiquea féeriques / lyriques féminine, classiqueb fulgurants / tyrans masculine, classiquea crispée / coupée féminine, classiqueb épars / chars masculine, classiquea haleine / Mitylène féminine, classiqueb enchaîna / Érinna masculine, classiquea délicatesses / poëtesses féminine, classiqueb flots / sanglots masculine, classiquea sûres / blessures féminine, classiqueb vent / vivant masculine, classiquea avide / Ovide féminine, classiqueb part / Ronsard masculine, classiquea orphées / fées féminine, classiqueb lieu / dieu masculine, classiquea cime / rime féminine, classiqueb doigts / voix masculine, classiquea d’ivoire / Loire féminine, classiqueb secrets / forêts masculine, classiquea déesses / princesses féminine, classiqueb doux / loups masculine, classiquea tendre / l’entendre féminine, classiqueb d’or / encor masculine, classiquea Pétrarque / Parque féminine, classiqueb d’amour / contour masculine, classiquea d’Horace / race féminine, classiqueb miel / ciel masculine, classiquea émerveillée / réveillée féminine, classiqueb main / surhumain masculine, classiquea Homère / mère féminine, classiqueb hagard / regard masculine, classiquea gigantesque / fresque féminine, classiqueb l’éblouissement / Comment masculine, classiquea haleine / d’Hélène féminine, classiqueb épiés / pieds masculine, classiquea routes / voûtes féminine, classiqueb épouvanté / majesté masculine, classiquea Sminthe / plainte féminine, classiqueb fiel / ciel masculine, classiquea idolâtrie / patrie féminine, classiqueb compassé / passé masculine, classiquea pures / futures féminine, classiqueb pauvreté / l’immortalité masculine, classiquea d’insolence / silence féminine, classiqueb voix / rois masculine, classiquea farouche / bouche féminine, classiqueb vers / l’univers masculine, classiquea éclore / aurore féminine, classiqueb consacré / créé masculine, classiquea Hélène / laine féminine, classiqueb dieux / odieux masculine, classiquea ébranlées / mêlées féminine, classiqueb vain / divin masculine, classiquea bouche / farouche féminine, classiqueb mêlé / Sémélé masculine, classiquea fatale / orientale féminine, classiqueb cheveux / nerveux masculine, classiquea lionne / d’Hermione féminine, classiqueb ailé / d’Hellé masculine, classiquea cendre / Cassandre féminine, classiqueb lion / d’Ilion masculine, classiquea détresses / tresses féminine, classiqueb tour masculine, classiquea mêlée / échevelée féminine, classiqueb palpitants / Titans masculine, classiquea énorme / difforme féminine, classiqueb exhaussa / Ossa masculine, classiquea Diomède / aide féminine, classiqueb Hector / d’or masculine, classiquea répandre / Méandre féminine, classiqueb excités / cités masculine, classiquea tombes / colombes féminine, classiqueb héros / bourreaux masculine, classiquea navre / cadavre féminine, classiquea commence / immense féminine, classiqueb but masculine, classiquea pressée / l’odyssée féminine, classiquea idées / coudées féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classiquea Neptune / fortune féminine, classiqueb cités / atrocités masculine, classiquea vengeresse / enchanteresse féminine, classiqueb rois / voix masculine, classiquea preuve / fleuve féminine, classiqueb divin / vin masculine, classiquea extatiques / antiques féminine, classiqueb l’autel / immortel masculine, classiquea serrée / Cythérée féminine, classiqueb fort / effort masculine, classiquea philomèles / jumelles féminine, classiqueb nouveau / cerveau masculine, classiquea pierres / guerrières féminine, classiqueb l’affront / front masculine, classiquea finie / génie féminine, classiqueb ardeur / grandeur masculine, classiquea ailes / nouvelles féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea l’épée / l’épopée féminine, classiqueb dieu / bleu masculine, classiquea gloire / d’ivoire féminine, classiqueb souverain / d’airain masculine, classiquea chevelure / nature féminine, classiqueb Lucain / républicain masculine, classiquea écarlate / flatte féminine, classiqueb mer / l’enfer masculine, classiquea épiques / piques féminine, classiquea dorent / l’adorent féminine, classiqueb sang / flanc masculine, classiquea lie / Thalie féminine, classiquea intrépide / Euripide féminine, classiqueb cœur / chœur masculine, classiquea Térence / France féminine, classiqueb Regnard / art masculine, classiquea subtile / Achille féminine, classiqueb venus / nus masculine, classiquea escarpées / épopées féminine, classiqueb murs / mûrs masculine, classiquea veuves / fleuves féminine, classiqueb passions masculine, classiquea comédie / hardie féminine, classiqueb rieur / intérieur masculine, classiquea l’âme / flamme féminine, classiqueb ment / mouvement masculine, classiquea profonde / féconde féminine, classiqueb Memnons / noms masculine, classiquea respire / Shakspere féminine, classiqueb feu / adieu masculine, classiquea d’extases / gazes féminine, classiqueb pur / d’azur masculine, classiquea Molière / lierre féminine, classiqueb courts / cours masculine, classiquea querelles / Sganarelles féminine, classiqueb ballon / salon masculine, classiquea tendres / Clitandres féminine, classiqueb Trissotins / latins masculine, classiquea mainte / Philaminte féminine, classiqueb grec / sec masculine, classiquea misanthrope / l’héliotrope féminine, classiqueb bois / abois masculine, classiquea orfèvres / lèvres féminine, classiqueb comment / charmant masculine, classiquea apprises / entreprises féminine, classiqueb riez / mariés masculine, classiquea trames / femmes féminine, classiqueb séduit / réduit masculine, classiquea Valère / colère féminine, classiqueb enfant / triomphant masculine, classiquea monde / blonde féminine, classiqueb extravagants / gants masculine, classiquea grand’peine / pleine féminine, classiqueb lourds / velours masculine, classiquea volume / plume féminine, classiqueb mains / humains masculine, classiquea Gérontes / contes féminine, classiqueb Harpagons / gonds masculine, classiquea magiques / Angéliques féminine, classiqueb trésors / dehors masculine, classiquea découvertes / ouvertes féminine, classiqueb tours / amours masculine, classiquea juge / subterfuge féminine, classiqueb Scapins / peints masculine, classiquea probe / robe féminine, classiqueb licencieux / cieux masculine, classiquea lamentable / table féminine, classiqueb rubis / habits masculine, classiquea philosophe / l’étoffe féminine, classiqueb tyran / Juan masculine, classiquea place / glace féminine, classiqueb rameau / hameau masculine, classiquea manche / Dimanche féminine, classiqueb lent / talent masculine, classiquea pierre / paupière féminine, classiqueb doigts / fois masculine, classiquea mouvante / d’épouvante féminine, classiqueb main / humain masculine, classiquea vante / vivante féminine, classiqueb portraits / traits masculine, classiquea folie / Thalie féminine, classiqueb moqueur / cœur masculine, classiquea l’avarice / nourrice féminine, classiqueb clé / égalé masculine, classiqueb rayons / voyons masculine, classiquea pleines / plaines féminine, classiquea oseraie / raie féminine, classiqueb réveil / soleil masculine, classiquea émane / diaphane féminine, classiqueb aiglon / d’Apollon masculine, classiquea incertaines / fontaines féminine, classiquea aspire / Shakspere féminine, classiqueb éclair / Schiller masculine, classiquea flamme / l’âme féminine, équivalenteb matelots / flots masculine, classiquea statuaires / sanctuaires féminine, classiqueb essentiel / ciel masculine, classiquea prestige / vertige féminine, classiqueb l’univers / vers masculine, classiquea aile / éternelle féminine, classiqueb épouvanté / fécondité masculine, classiquea onde / monde féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquea poëtes / tempêtes féminine, classiqueb nu / contenu masculine, classiquea globe / robe féminine, classiqueb piédestaux / manteaux masculine, classiquea barre / barbare féminine, classiqueb Trois / rois masculine, classiquea couronne / donne féminine, classiqueb content / éclatant masculine, classiquea immonde / monde féminine, classiqueb effroi / roi masculine, classiquea sombre / nombre féminine, classiqueb ébloui / inouï masculine, classiquea femme / drame féminine, classiqueb pâlir / Lear masculine, classiquea Antigone / couronne féminine, classiqueb Cordélia / l’oublia masculine, classiquea d’Ophélie / folie féminine, classiqueb écho / Roméo masculine, classiquea jumelles / ailes féminine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea diaphane / Diane féminine, classiqueb ouvert / vert masculine, classiquea joie / soie féminine, classiqueb pleurs / fleurs masculine, classiquea impossibles / inaccessibles féminine, classiqueb palais / Capulets masculine, classiquea Juliette / inquiète féminine, classiqueb resplendit / dit masculine, classiquea rendre / reprendre féminine, classiqueb reflets / Capulets masculine, classiquea enchantée / argentée féminine, classiqueb abandonna / Desdemona masculine, classiquea ailes / infidèles féminine, classiqueb mourir / soupir masculine, classiquea More / sycomore féminine, classiqueb gracieux / cieux masculine, classiquea Ophélie / lie féminine, classiqueb encor / d’or masculine, classiquea ivresse / paresse féminine, classiqueb fui / lui masculine, classiquea pinte / peinte féminine, classiqueb Ronsard / hasard masculine, classiquea quelconques / conques féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classiquea surprises / brises féminine, classiqueb pas masculine, classiquea philosophes / étoffes féminine, classiqueb d’oiseaux / roseaux masculine, classiquea lune / brune féminine, classiqueb colliers / cavaliers masculine, classiquea épigrammes / femmes féminine, classiqueb frais / coffrets masculine, classiquea Égérie / bergerie féminine, classiqueb dos / rondeaux masculine, classiquea désappointe / pointe féminine, classiqueb revers / vers masculine, classiquea épithalame / drame féminine, classiqueb flambeaux / madrigaux masculine, classiquea s’empresse / adresse féminine, classiqueb noix / harnois masculine, classiquea fées / coiffées féminine, classiqueb lézards / arts masculine, classiquea die / tragédie féminine, classiqueb Phœbé / Thisbé masculine, classiquea bile / habile féminine, classiqueb Lion / galion masculine, classiquea due / perdue féminine, classiqueb romains / chemins masculine, classiquea Rosalinde / L’Inde féminine, classiqueb bambous / hibous masculine, classiquea échine / Chine féminine, classiqueb d’azur / pur masculine, classiquea fantaisie / d’Asie féminine, classiqueb riant / d’orient masculine, classiquea prairies / pierreries féminine, classiqueb écot / coquelicot masculine, classiquea comme / l’homme féminine, classiqueb ailé / égalé masculine, classiquea singulière / Molière féminine, classiquea espagnole / parole féminine, classiqueb quelquefois / voix masculine, classiquea l’Irlande / lande féminine, classiqueb voisins / raisins masculine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb uni / infini masculine, classiquea vaines / veines féminine, classiqueb leur / pâleur masculine, classiquea royaume / fantôme féminine, classiqueb prompt / front masculine, classiquea métamorphose / rose féminine, classiquea première / lumière féminine, classiqueb étonnés / couronnés masculine, classiquea étrange / fange féminine, classiqueb profond / font masculine, classiquea collines / divines féminine, classiqueb voix / d’autrefois masculine, classiquea amère / d’Homère féminine, classiqueb amours / jours masculine, classiquea empire / Shakspere féminine, classiqueb aérien / rien masculine, classiqueb foi / lève-toi masculine, classiquea Égypte / crypte féminine, classiqueb Néchaos / chaos masculine, classiquea idées / fécondées féminine, classiqueb quais / entre-choqués masculine, classiquea face / vivace féminine, classiqueb flambeau / beau masculine, équivalentea l’auréole / parole féminine, classiqueb Sion / génération masculine, classiquea feuillantines / argentines féminine, classiquea grandiose / rose féminine, classiqueb oublié / lié masculine, classiquea agile / Virgile féminine, classiqueb sérieux / mystérieux masculine, classiquea mère / Homère féminine, classiquea rivages / sauvages féminine, classiqueb bourreaux / héros masculine, classiquea trophée / d’Orphée féminine, classiqueb cœur / vainqueur masculine, classiqueb effort / fort masculine, classiquea trame / drame féminine, classiqueb triomphant / l’enfant masculine, classiquea Amérique / homérique féminine, classiqueb passé / surpassé masculine, classiquea sombre / l’ombre féminine, classiqueb illusions / rayons masculine, classiquea apparue / rue féminine, classiqueb anciens / siens masculine, classiquea vivre / livre féminine, classiqueb mystérieux / yeux masculine, classiquea lèvres / Sèvres féminine, classiqueb ingénu / nu masculine, classiquea Tacite / cite féminine, classiqueb espacés / passés masculine, classiquea peinture / nature féminine, classiqueb chants / champs masculine, classiquea lyre / lire féminine, classiqueb horizons / saisons masculine, classiquea d’arbres / marbres féminine, classiqueb troublés / blés masculine, classiquea jetée / argentée féminine, classiqueb loin / foin masculine, classiquea monde / immonde féminine, classiqueb reins / Lorrains masculine, classiquea prairie / fleurie féminine, classiquea demoiselle / ruisselle féminine, classiqueb soleil / réveil masculine, classiquea charrue / rue féminine, classiqueb tourbillon / sillon masculine, classiquea commence / semence féminine, classiqueb doit / doigt masculine, classiquea enchaîne / chêne féminine, classiqueb l’amour / tour masculine, classiquea mordre / l’ordre féminine, classiqueb purifier / foyer masculine, classiquea rue / accrue féminine, classiqueb clarté / écarté masculine, classiquea d’Homère / amère féminine, classiqueb triomphant / enfant masculine, classiquea désastre / astre féminine, classiqueb radieux / demi-dieux masculine, classiquea naissance / reconnaissance féminine, classiqueb divers / ouverts masculine, classiquea voiles / étoiles féminine, classiqueb diamant / amant masculine, classiquea fête / poëte féminine, classiqueb évanouis / éblouis masculine, classiquea délivrent / m’enivrent féminine, classiqueb pas / trépas masculine, classiquea suprême / elle-même féminine, classiqueb meilleur / railleur masculine, classiquea soupire / Elvire féminine, classiqueb réseaux / oiseaux masculine, classiquea conte / comte féminine, classiqueb indompté / volupté masculine, classiquea poésie / Voulzie féminine, classiquea vermeille / sommeille féminine, classiqueb joaillier / collier masculine, classiquea celte / svelte féminine, classiqueb dieu / feu masculine, classiquea haine / humaine féminine, classiqueb vallon / Apollon masculine, classiquea revêtent / jettent féminine, classiqueb purs / futurs masculine, classiquea achève / rêve féminine, classiqueb assouplis / accomplis masculine, classiquea nouvelle / belle féminine, classiqueb main / chemin masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

1092 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Cariatides, Paris, Charpentier, 1891· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources