Les Exilés, 1867
Au laurier de la Turbie
Toi qui jusques au ciel‖ montes, colosse droit,Et qui poses tes pieds‖ dans le roc dur et froid,Ô symbole ! Géant !‖ Bel arbre aux feuilles lisses !Laurier, ma lâche envie‖ et mes saintes délices !Fantôme que Pindare‖ ému reconnaîtrait !Compagnon de la lyre‖ idéale ! PortraitDe tout ce que j’adore‖ et de tout ce qui m’aime !Arbre mélodieux,‖ grand comme Phœbos même !Sombre feuillage. Hélas !‖ Mon immortel affront !Jamais ton noir rameau‖ ne couvrira mon front ;Ami, c’est comme un vain‖ passant que tu m’accueilles ;À peine si dans l’ombre‖ une seule des feuillesQue l’âpre vent du soir‖ t’arrache avec effroi,Brille, chimère folle,‖ et glisse autour de moi.Et pourtant, laurier vert,‖ gloire de la campagne,Je n’ai souhaité, moi,‖ ni la douce compagneDont les regards nous font‖ un ciel dans la maison,Ni les petits enfants‖ à la blonde toison,Ni la richesse aux doigts‖ parfumés d’ambroisie,Et tout ce dont l’esprit‖ jaloux se rassasie,Ni le repos, si cher‖ à des bohémiens ;Et ces enchantements‖ sans nombre, et tous ces biensQue notre solitude‖ avidement réclame,Arbre mouvant ! Laurier !‖ Tu le sais, moi dont l’âmeBondissait jusqu’aux cieux‖ d’un vol démesuré,Je n’en ai rien connu,‖ je n’ai rien désiré !J’ai vécu seul, penché‖ sur le monde physique,Toujours étudiant‖ le grand art, la musique,Dans le cri de la pourpre‖ et dans le chant des fleursOù dort la symphonie‖ immense des couleurs,Dans les flots que la mer‖ jette de ses amphores,Dans le balancement‖ des étoiles sonores,Dans l’orgue des grands bois‖ éperdus sous le vent !J’ai mis tout mon orgueil‖ à devenir savant,Pâle et muet, j’entends‖ le murmure des roses :Et de tous les trésors‖ et de toutes les chosesQui plantent dans nos cœurs‖ un regret meurtrier,Tu le sais bien, je n’ai‖ voulu que toi, laurier !
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 19((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a droit / froid masculine, classiqueb lisses / délices féminine, classiquea reconnaîtrait / Portrait masculine, classiqueb m’aime / même féminine, classiquea affront / front masculine, classiqueb m’accueilles / feuilles féminine, classiquea effroi / moi masculine, classiqueb campagne / compagne féminine, classiquea maison / toison masculine, classiqueb d’ambroisie / rassasie féminine, classiquea bohémiens / biens masculine, classiqueb réclame / l’âme féminine, classiquea démesuré / désiré masculine, classiqueb physique / musique féminine, classiquea fleurs / couleurs masculine, classiqueb amphores / sonores féminine, classiquea vent / savant masculine, classiqueb roses / choses féminine, classiquea meurtrier / laurier masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
38 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Exilés, Paris, Fasquelle, 1899· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources