Les Exilés, 1867
L’éducation de l’amour
Quand le premier des dieux,‖ amour, pendant mille ansEut tenu sous son joug‖ les cieux étincelants,La terre immense et tous‖ les êtres qui respirent,Las de souffrir par lui,‖ les immortels se dirent :« Ah ! Qu’un autre vainqueur,‖ formidable et serein,Paraisse, armé de l’arc‖ et des flèches d’airain ;Qu’il porte dans un flot‖ de flamme et de fuméeSa torche au Phlégéthon‖ furieux allumée ;Qu’il étende sur tous‖ l’inflexible niveau,Et nous respirerons‖ sous ce maître nouveau.Car comment sa colère,‖ où grondera l’orage,Pourrait-elle égaler‖ jamais l’aveugle rageDu dieu titan, du roi‖ funeste qui n’eut pasDe mère, et qui sema‖ la terreur sur ses pasQuand frémissaient encor‖ du mot qui les sépareLe noir chaos, la terre‖ énorme et le tartare ! »Tels les Olympiens‖ se plaignaient dans l’éther.Bientôt d’une déesse‖ à l’œil limpide et fierUn autre Éros naquit,‖ charmant, sa lèvre pureTout en fleur, agitant‖ de l’or pour chevelureEt portant haut son front‖ de neige, où resplenditL’éclat sacré du jour.‖ Mais quand Zeus entenditSes premiers bégaiements,‖ plus doux qu’un chant de lyre,Quand il vit ses regards‖ de femme et son sourireOù la caresse, les‖ aveux, les doux refusErraient, il devina‖ dans l’avenir confusTant de colère, tant‖ de larmes, tant de crimesHâtant leurs pieds sanglants‖ sur le bord des abîmes,Tant de douleurs penchant‖ le front, tant de remordsHurlant de longs sanglots‖ à l’oreille des morts ;Il vit si clairement‖ la trahison vivante,Qu’il sentit dans son cœur‖ s’amasser l’épouvante,Et fronça par trois fois‖ son sourcil triomphant.Alors il ordonna‖ que le petit enfant,Nu, froid, maudit, victime‖ au noir Hadès offerte,Fût porté dans le fond‖ d’une forêt déserteDe l’Inde, dans un lieu‖ du jour même exécré,Où jamais l’homme ni‖ les dieux n’ont pénétré,Et dont les sourds abris‖ et les rochers colossesN’ont pour hôtes vivants‖ que des bêtes féroces.C’était un bois funèbre‖ et pourtant merveilleux ;Splendide et noir, baignant‖ ses pieds dans les flots bleusD’un golfe de saphir.‖ Debout près de cette onde,Il la voyait depuis‖ les premiers jours du mondeRéfléchir son front noir.‖ Tel son abri géantÉtait sorti de l’ombre‖ et du chaos béant,Tel il avait grandi,‖ sans que nulle aventureEntamât une fois‖ sa frondaison obscure,Et sans que la bataille‖ humaine aux durs éclairsTourmentât follement‖ ses lacs profonds et clairs.Les aloès, les grands‖ tulipiers aux fleurs jaunesVivaient sans avoir vu‖ les nymphes et les faunesQui brisent des rameaux‖ pour en orner leur front.Les énormes jasmins‖ fleurissaient sans affront ;D’autres arbres mêlaient,‖ comme un riche cortège,Des corolles de sang‖ à des feuilles de neige.Au fond d’un antre noir‖ d’érables entouré,Tout à coup surgissait‖ un fleuve enamouré,Mystérieux, baisant‖ ses rives délicatesEt, par endroits, bordé‖ de lotus écarlates.Puis des rocs ; puis des monts‖ neigeux, où les torrentsCharriaient des rubis ;‖ dans les lointains mourants,On ne sait quel flot bleu‖ passe, et traverse encoreL’insondable océan‖ de verdure sonore.Là, la création‖ gigantesque apparaîtToute nue. Un figuier‖ plus grand qu’une forêtEnfonce avec fierté,‖ grand aïeul solitaire,Trois cents troncs effrayants‖ dans le cœur de la terrePour y prendre le suc‖ de ses fruits au doux miel,Et par mille rameaux‖ boit la clarté du ciel.Puis une fleur qui, même‖ auprès du figuier, sembleProdigieuse, au fond‖ d’un calice qui trembleGarde assez d’eau de pluie,‖ alors que la forêtBrûle, pour faire boire‖ un titan qui viendrait.Ses boutons, sur lesquels‖ un épervier se pose,Qui paraissent des blocs‖ polis de marbre rose,Et que ne peut ouvrir‖ le soleil étouffant,Ont déjà la grosseur‖ d’une tête d’enfant.La vigne monstrueuse‖ étreint les arbres commeUn lutteur, puis en troncs‖ pareils à des corps d’hommeRetombe, puis remonte‖ et va bondir plus loin.La végétation‖ en démence n’a soinQue de cacher le ciel‖ avec ses créatures.Le feuillage se dresse‖ en mille architectures,Forme une colonnade‖ aux corridors profonds,Sur les pics effarés‖ pose de noirs plafonds,Tapisse l’antre, grimpe‖ aux montagnes, s’élanceDans l’air bleu, tout à coup‖ éclate en fers de lance,Puis, noire frondaison‖ que l’œil en vain poursuit,Devient un néant fait‖ de verdure et de nuit,Là ruisselle de pourpre‖ et d’argent, partout maîtreDu sol, dans la liane‖ en courant s’enchevêtre ;Et des gémissements,‖ des hurlements, des crisRetentissent. Au bas‖ des lourds buissons fleuris,Des prunelles de flamme,‖ ainsi que des phalènes,S’allument, et l’on sent‖ se croiser des haleines.Aux racines traînant‖ leurs cheveux, sont mêlésDes reptiles ; dans les‖ rameaux échevelésVolent de grands oiseaux‖ peints d’azur et de soufre ;Des yeux rouges parmi‖ l’obscurité du gouffreLuisent, et les petits‖ des louves dans leurs jeuxSe détachent tout noirs‖ sur un plateau neigeuxOù brillent sur le blanc‖ tapis jonché de branchesDes flaques de sang rose‖ et des carcasses blanches.Donc le petit enfant‖ Éros fut apportéDans cette forêt, où,‖ de spectres escorté,Le meurtre au front joyeux‖ par les espaces videsCourt, teignant dans le sang‖ mille gueules avides,Où la nature vierge,‖ ivre de son pouvoir,Sachant bien que les dieux‖ ne peuvent pas la voir,Heurte ses ouragans,‖ ses ondes, ses tonnerres,Brise les rocs, meurtrit‖ les arbres centenaires,Déchaîne, groupe fou‖ vers le mal entraîné,Ses forces qu’elle emporte‖ en un vol effrénéEt que jamais les lois‖ célestes ne modèrent.Quand il fut là, les grands‖ lions le regardèrent.Puis vinrent les bœufs blancs‖ bossus, les loups aux dentsD’ivoire, le chacal,‖ le tigre aux yeux ardents,Les léopards, les lynx,‖ les onces, les panthères,Les sangliers, les doux‖ éléphants solitaires,L’hyène ; puis, sortis‖ des arbres à leur tour,Les oiseaux, l’aigle altier,‖ le milan, le vautourCachant dans un lambeau‖ souillé son bec infâme,Les condors dont le vol‖ est comme un jet de flamme,Les rapides faucons,‖ l’épervier qui sait voirL’infini, le corbeau‖ capuchonné de noirDont l’aile suit d’en haut‖ les guerres infertiles,Et les paons somptueux‖ qui mangent des reptiles ;Puis les serpents aux plis‖ hideux ; et tous, formantUn cercle, regardaient‖ le pauvre être charmantSans défense, et déjà‖ savouraient avec joieLa douceur de meurtrir‖ cette facile proie.Mais tout à coup, lancé‖ d’en haut par l’arc vermeilD’Apollon, un trait d’or,‖ un rayon de soleilEnflamma les cheveux‖ d’Éros, sa lèvre rose,Son front pur, sa narine‖ où le désir repose,Et, miracle ! Sur son‖ doux visage, le dieu,Le meurtrier parut,‖ et, sur sa bouche au feuCéleste et dans ses yeux‖ brûlants qui nous attirent,Ce que Zeus avait vu,‖ ces animaux le virent.Ils se dirent alors‖ dans leur langage obscur :« Pourquoi tuer ce prince,‖ échappé de l’azur ?Regardez sa prunelle‖ aventureuse, où nageDans la poussière d’or‖ l’appétit du carnage,Et ce sourire fait‖ de miel et de poison,Où déjà les baisers‖ menteurs, la trahison,Le meurtre, le courroux,‖ les embûches, la ruseNaissent, et cet attrait‖ de l’enfance confuseDont sa mère a paré‖ l’éternel ennemi !Qui mieux que cet enfant‖ né dans les cieux, parmiLes éblouissements‖ formidables des astres,Sèmera sur ses pas‖ la haine et les désastres,Accablera de maux‖ sans fin l’homme odieuxEt saura nous venger‖ de la race des dieux ?Puisqu’il doit, ce fléau‖ de la faiblesse humaine,Prospérer pour le crime‖ et grandir pour la haine,Ne le déchirons pas !‖ Qu’il vive parmi nousDans la grande forêt‖ des vautours et des loups,Où nul abri ne peut‖ servir au daim timide,Où, sous le verdoyant‖ gazon toujours humide,La terre boit toujours‖ du sang frais, où la mort,Toujours prête et jamais‖ lassée, égorge et mordEt dévore la vie,‖ et comme elle fourmille.Élevons-le plutôt ;‖ nous serons sa famille. »Sous l’ombrage, écartant‖ les rameaux querelleurs,Ils lui firent un lit‖ de feuilles et de fleurs,Et sous ses boucles d’or,‖ doucement protégées,Ils mirent des toisons‖ de bêtes égorgées.Les louves, s’avançant‖ vers lui d’un pas hautainLéchaient pour le polir‖ son visage enfantin ;Les lionnes voyant‖ qu’il était fier comme elles,Sur sa bouche de rose‖ abaissaient leurs mamelles ;Les gueules aux crocs blancs,‖ ces fournaises de feu,Baisaient le petit roi‖ frissonnant du ciel bleu.Des serpents, s’enroulant‖ sur sa gorge ivoirine,S’étalaient en colliers‖ vermeils sur sa poitrine ;D’autres, tordant leurs nœuds‖ en soyeux annelets,À ses jolis bras nus‖ faisaient des bracelets,Et, comme un pharaon‖ d’Égypte, en son repaireIl avait pour bandeau‖ royal une vipère.Tout ce qui sait combattre‖ et détruire et briserL’enveloppait ainsi‖ d’un immense baiser.Le dieu, passant de l’une‖ à l’autre en ses caprices,Buvait avidement‖ le lait de ses nourrices,Tout joyeux d’assouvir‖ ses rudes appétitsDe héros, ne laissait‖ plus rien pour leurs petits,Et, chaque soir, gorgé‖ de vie et de caresses,Il s’endormait repu‖ sur le flanc des tigresses.Au réveil, tous ces durs‖ artisans de trépasÉtayaient de leurs corps‖ puissants les premiers pasDe l’exilé divin,‖ né pour la grande lutte,L’aidant, le consolant‖ d’une légère chute,Et lui donnant aussi‖ pour supporter le malLa résignation‖ morne de l’animal.Il grandit, il devint‖ fauve comme ses hôtes,Marchant, courant déjà‖ parmi les herbes hautes,Nu, superbe, et portant,‖ sauvage enfantelet,Sur son épaule en fleur,‖ que le soleil hâlaitEt dévorait jusqu’à‖ l’heure du crépuscule,La peau d’un lionceau,‖ comme un petit hercule.Lui-même, de sa main‖ mignonne, avait cueilliLa massue ; alors ceux‖ qui l’avaient recueilliConnurent qu’ils pouvaient,‖ sans tarder davantage,Donner au jeune roi‖ des leçons de carnage.Son heure était venue,‖ et, déjà belliqueux,Il s’en alla dès lors‖ à la chasse avec eux.Comme Ariane dans‖ Naxos, l’île enchantée,Étendu sur un tigre‖ à la peau tachetée,Il les suivait, mêlant‖ sa voix aux hurlements ;Joyeux, montrant devant‖ les torrents écumantsL’impassibilité‖ magnifique des bêtes,Il s’en allait pensif‖ en guerre, en chasse, aux fêtes,Au meurtre, et quand passaient,‖ avec des bonds soudains,La gazelle aux yeux bleus,‖ l’antilope, les daims,Les chèvres, les troupeaux‖ de cerfs, les bœufs difformes,Son tigre le posait‖ sous les feuilles énormes,Dans une solitude‖ où rien ne le gardait,Et là, les yeux tout grands‖ ouverts, il regardait.Il voyait le combat‖ sinistre, la vaillance,La victoire, comment‖ le fier lion s’élanceSur sa victime avec‖ de grands bonds souverains,La terrasse d’un coup‖ de griffe sur les reins,Puis la déchire ; et quand‖ ce beau guerrier qui tueMarchait, crinière au vent,‖ sur sa proie abattue,Quand le cerf éventré‖ sur la terre appelaitSa compagne en versant‖ des larmes, et râlait,Quand tout n’était que deuil,‖ massacres, funérailles,Quand le sol tout humide‖ était jonché d’entrailles,Quand tout autour du bois‖ l’épouvante criait,Le petit Éros blond‖ et charmant souriait.Plus tard même il entra‖ nu parmi ces mêlées.Ses tresses d’or au vent‖ orageux déroulées,Et sur les monts toujours‖ le premier aux assautsIl aidait à leurs jeux‖ les petits lionceaux,Se jetant sur sa proie,‖ étouffant dans ses coursesD’humbles victimes ; puis‖ se lavant dans les sources,Et n’ayant rien qui hors‖ le combat lui fût cher ;Dépeçant, enfonçant‖ ses ongles dans la chair,Dans les cris des mourants‖ cherchant des harmoniesEt tout le long du jour‖ enivré d’agonies,De râles, de sanglots‖ et de cris triomphants,Excitant les lions‖ contre les éléphants,Tuant et se gorgeant‖ de meurtre avec délices,Poussant d’un pied haineux‖ la panthère et les lices,Donnant la chasse même‖ aux monstres inconnus,Pour les atteindre mieux‖ montant des chevaux nus,Orgueilleux de pouvoir,‖ en ses fières allures,Mordre, briser des dents,‖ tordre des chevelures,Et s’éveillant aussi‖ quand le tigre avait faim.C’est ainsi que l’enfant‖ jouait, et lorsqu’enfinLas de voir sur les monts‖ tout souillés de sa gloireDe larges ruisseaux noirs‖ baigner ses pieds d’ivoire,Il posait sa massue‖ inerte sur son flanc,Ses mains et ses bras nus‖ étaient rouges de sang.Pour rendre devant lui‖ toute feinte inutile,Il pouvait au besoin‖ ramper comme un reptile ;Il savait, se voilant‖ d’un sourire amical,Des cruautés de loup,‖ des ruses de chacal,Attendait l’ennemi‖ dans l’ombre, et, taciturne,Avait des yeux de feu‖ comme un hibou nocturne.Comme le bouc lascif‖ il grimpait sur les rocs,Et, sans être effrayé‖ de leurs terribles chocs,En poussant dans le flot‖ sonore un bloc de marbreS’élançait, comme un singe,‖ aux minces branches d’arbre.Puis, trouvant qu’il était‖ le plus doux des fardeaux,Les aigles, les condors‖ l’emportaient sur leur dos,Et, calme, il traversait‖ l’éther comme une plume.Souvent une cascade‖ affreuse au front d’écumeSans arrêter leur vol‖ tombait sur leur chemin.Le dieu, pâle et riant,‖ essuyait de sa mainLe vaste flot poudreux‖ qui lui fouettait la faceEt dans l’air ébloui‖ continuait sa chasse,Fondant comme un milan‖ sur quelque oiseau ravi,Et tout aise et criant‖ quand l’aigle inassouvi,Ayant vu sur la terre‖ une proie assez belle,Descendait de l’azur‖ et s’élançait sur elle,Et, pour mieux divertir‖ l’enfant malicieux,L’emportait pantelante‖ au plus profond des cieux.Souvent encor, parmi‖ les riants groupes d’îlesÉros voguait, porté‖ par de bruns crocodiles,Apprenant d’eux comment‖ dans les ruisseaux taris,Cachés par les joncs verts,‖ ils imitent les crisD’un nouveau-né qui pleure ;‖ il suivait les bataillesDes poissons monstrueux‖ aux luisantes écailles ;Hôte guerrier du fleuve,‖ il nageait sur ses bordsPrès des chevaux marins‖ et des alligators,Ou parfois, se cachant‖ dans une île écartée,Penchait ses yeux ravis‖ sur l’onde ensanglantée.Enfin il se lassa‖ de ces monstres soumis.Ayant pensé qu’ailleurs‖ de puissants ennemisPourraient occuper mieux‖ sa bravoure et ses charmes,Il voulut se munir‖ de véritables armesPour secouer l’ennui‖ d’un repos importun,Et, quoiqu’il n’eût jamais‖ vu d’arc, il en fit un.Il cueillit une branche‖ avec soin, lisse, droite,Plus dure que l’airain,‖ et de sa main adroiteLa courba ; puis tressa‖ des fibres, dont il fitUne corde, et, mettant‖ le désert à profit,Sans souci de meurtrir‖ la dépouille superbeDe ses compagnons morts,‖ pour avoir une gerbeDe traits, il ajusta‖ sur des bouts de roseauUne griffe de tigre‖ et des plumes d’oiseau.Alors, sans un adieu‖ jeté vers les clairières,Fier d’avoir assorti‖ ces flèches meurtrières,Il prit sa course à l’heure‖ où le ciel se dorait,Et, le cœur tout joyeux,‖ sortit de la forêt.Il arriva d’abord‖ près d’un lac dont l’eau pureRéfléchissait le ciel‖ dans la haute verdure,Et dont le flot qu’un souffle‖ émeut, rideau changeant,S’effaçait à demi‖ sous les lotus d’argent,Ces lys chastes, ces lys‖ faits en forme de rose !Là, mêlant leurs beaux corps‖ polis que l’onde arrose,Des nymphes s’y baignaient,‖ fuyant l’âpre chaleur,Couronnant leurs cheveux‖ de la divine fleur,Rieuses, folâtrant,‖ voguant sur les eaux calmes,Et parfois sur leurs fronts‖ cueillant de vertes palmesPour leurs jeux, ou tressant‖ des colliers odorants,Ou, parmi la fraîcheur‖ des doux flots murmurants,Sœurs dociles, fendant‖ l’écume en longues lignes,Si belles qu’on eût dit‖ une troupe de cygnesDans l’azur ! Mais voici‖ que le cruel amour,Ayant tendu son arc‖ les frappa tour à tourDe ses flèches de feu.‖ Les nymphes éperdues,Quittant le lac, au loin‖ sur les roches arduesCouraient, folles, sentant‖ brûler leurs seins meurtris,Arrachant leurs cheveux‖ touffus, poussant des cris,Ne sachant plus où fuir‖ l’épouvantable outrage,Et se roulaient dans l’herbe‖ avec des pleurs de rage.L’enfant Éros, content‖ de ce premier exploit,Regarda les grands cieux‖ qu’il menaça du doigt,Et, sans vouloir entendre‖ une plainte importune,Entra dans l’univers‖ pour y chercher fortune.Ô muse, c’est ainsi‖ que le dessein prudentDu roi Zeus fut trompé ;‖ c’est ainsi que, pendantSon enfance, l’amour‖ apprit des tigres mêmeLa cruauté, la ruse‖ et la fureur suprême,S’endormit près des grands‖ lions dans les bois sourds,Et fut le compagnon‖ de guerre des vautours.C’est ainsi que ce fils‖ éclatant d’une mèreAdorable épuisa‖ la jouissance amèreDe voir pleurer, de voir‖ souffrir, de voir mourirEt de causer des maux‖ que rien ne peut guérir.Et c’est pourquoi tu fais‖ notre dure misère,C’est pourquoi tu meurtris‖ nos âmes dans ta serre,Amour des sens, ô jeune‖ Éros, toi que le roiAmour, le grand Titan,‖ regarde avec effroi,Et qui suças la haine‖ impie et ses délicesAvec le lait cruel‖ de tes noires nourrices !
novembre 1864.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 174((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a ans / étincelants masculine, classiqueb respirent / dirent féminine, classiquea serein / d’airain masculine, classiqueb fumée / allumée féminine, classiquea niveau / nouveau masculine, classiqueb l’orage / rage féminine, classiquea pas masculine, classiqueb sépare / tartare féminine, classiquea l’éther / fier masculine, classiqueb pure / chevelure féminine, classiquea resplendit / entendit masculine, classiqueb lyre / sourire féminine, classiquea refus / confus masculine, classiqueb crimes / abîmes féminine, classiquea remords / morts masculine, classiqueb vivante / l’épouvante féminine, classiquea triomphant / enfant masculine, classiqueb offerte / déserte féminine, classiquea exécré / pénétré masculine, classiqueb colosses / féroces féminine, classiquea merveilleux / bleus masculine, classiqueb onde / monde féminine, classiquea géant / béant masculine, classiqueb aventure / obscure féminine, classiquea éclairs / clairs masculine, classiqueb jaunes / faunes féminine, classiquea front / affront masculine, classiqueb cortège / neige féminine, classiquea entouré / enamouré masculine, classiqueb délicates / écarlates féminine, classiquea torrents / mourants masculine, classiqueb encore / sonore féminine, classiquea apparaît / forêt masculine, classiqueb solitaire / terre féminine, classiquea miel / ciel masculine, classiqueb semble / tremble féminine, classiquea forêt / viendrait masculine, classiqueb pose / rose féminine, classiquea étouffant / d’enfant masculine, classiqueb comme / d’homme féminine, classiquea loin / soin masculine, classiqueb créatures / architectures féminine, classiquea profonds / plafonds masculine, classiqueb s’élance / lance féminine, classiquea poursuit / nuit masculine, classiqueb maître / s’enchevêtre féminine, classiquea cris / fleuris masculine, classiqueb phalènes / haleines féminine, classiquea mêlés / échevelés masculine, classiqueb soufre / gouffre féminine, classiquea jeux / neigeux masculine, classiqueb branches / blanches féminine, classiquea apporté / escorté masculine, classiqueb vides / avides féminine, classiquea pouvoir / voir masculine, classiqueb tonnerres / centenaires féminine, classiquea entraîné / effréné masculine, classiqueb modèrent / regardèrent féminine, classiquea dents / ardents masculine, classiqueb panthères / solitaires féminine, classiquea tour / vautour masculine, classiqueb infâme / flamme féminine, classiquea voir / noir masculine, classiqueb infertiles / reptiles féminine, classiquea formant / charmant masculine, classiqueb joie / proie féminine, classiquea vermeil / soleil masculine, classiqueb rose / repose féminine, classiquea dieu / feu masculine, classiqueb attirent / virent féminine, classiquea obscur / l’azur masculine, classiqueb nage / carnage féminine, classiquea poison / trahison masculine, classiqueb ruse / confuse féminine, classiquea ennemi / parmi masculine, classiqueb astres / désastres féminine, classiquea odieux / dieux masculine, classiqueb humaine / haine féminine, classiquea nous / loups masculine, classiqueb timide / humide féminine, classiquea mort / mord masculine, classiqueb fourmille / famille féminine, classiquea querelleurs / fleurs masculine, classiqueb protégées / égorgées féminine, classiquea hautain / enfantin masculine, classiqueb elles / mamelles féminine, classiquea feu / bleu masculine, classiqueb ivoirine / poitrine féminine, classiquea annelets / bracelets masculine, classiqueb repaire / vipère féminine, classiquea briser / baiser masculine, classiqueb caprices / nourrices féminine, classiquea appétits / petits masculine, classiqueb caresses / tigresses féminine, classiquea trépas / pas masculine, classiqueb lutte / chute féminine, classiquea mal / l’animal masculine, classiqueb hôtes / hautes féminine, classiquea enfantelet / hâlait masculine, classiqueb crépuscule / hercule féminine, classiquea cueilli / recueilli masculine, classiqueb davantage / carnage féminine, classiquea belliqueux / eux masculine, classiqueb enchantée / tachetée féminine, classiquea hurlements / écumants masculine, classiqueb bêtes / fêtes féminine, classiquea soudains / daims masculine, classiqueb difformes / énormes féminine, classiquea gardait / regardait masculine, classiqueb vaillance / s’élance féminine, classiquea souverains / reins masculine, classiqueb tue / abattue féminine, classiquea appelait / râlait masculine, classiqueb funérailles / d’entrailles féminine, classiquea criait / souriait masculine, classiqueb mêlées / déroulées féminine, classiquea assauts / lionceaux masculine, classiqueb courses / sources féminine, classiquea cher / chair masculine, classiqueb harmonies / d’agonies féminine, classiquea triomphants / éléphants masculine, classiqueb délices / lices féminine, classiquea inconnus / nus masculine, classiqueb allures / chevelures féminine, classiquea faim / lorsqu’enfin masculine, classiqueb gloire / d’ivoire féminine, classiquea flanc / sang masculine, classiqueb inutile / reptile féminine, classiquea amical / chacal masculine, classiqueb taciturne / nocturne féminine, classiquea rocs / chocs masculine, classiqueb marbre / d’arbre féminine, classiquea fardeaux / dos masculine, classiqueb plume / d’écume féminine, classiquea chemin / main masculine, classiqueb face / chasse féminine, classiquea ravi / inassouvi masculine, classiqueb belle / elle féminine, classiquea malicieux / cieux masculine, classiqueb d’îles / crocodiles féminine, classiquea taris / cris masculine, classiqueb batailles / écailles féminine, classiquea bords / alligators masculine, classiqueb écartée / ensanglantée féminine, classiquea soumis / ennemis masculine, classiqueb charmes / armes féminine, classiquea importun / un masculine, classiqueb droite / adroite féminine, classiquea fit / profit masculine, classiqueb superbe / gerbe féminine, classiquea roseau / d’oiseau masculine, classiqueb clairières / meurtrières féminine, classiquea dorait / forêt masculine, classiqueb pure / verdure féminine, classiquea changeant / d’argent masculine, classiqueb rose / arrose féminine, classiquea chaleur / fleur masculine, classiqueb calmes / palmes féminine, classiquea odorants / murmurants masculine, classiqueb lignes / cygnes féminine, classiquea amour / tour masculine, classiqueb éperdues / ardues féminine, classiquea meurtris / cris masculine, classiqueb outrage / rage féminine, classiquea exploit / doigt masculine, classiqueb importune / fortune féminine, classiquea prudent / pendant masculine, classiqueb même / suprême féminine, classiquea sourds / vautours masculine, classiqueb mère / amère féminine, classiquea mourir / guérir masculine, classiqueb misère / serre féminine, classiquea roi / effroi masculine, classiqueb délices / nourrices féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
348 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Exilés, Paris, Fasquelle, 1899· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources