Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Exilés, 1867

La rose

Théodore de Banville· distiques, alexandrins, 50 vers

Égaré sur l’Othrys‖ après un jour de jeûne,Le plus ancien des dieux,‖ l’éternellement jeuneAmour, le dur chasseur‖ que l’épouvante suit,Né de l’œuf redoutable‖ enfanté par la nuitAux noires ailes, vit‖ la grande CythéréeDormant dans son chemin,‖ sur la mousse altéréePar le matin brûlant,‖ et, pâle d’un tel jeu,Contempla son visage‖ et ses lèvres de feu.La déesse, couchée‖ entre des rocs de marbre,Reposait, les cheveux‖ épars, au pied d’un arbreDont l’abri préservait‖ son front de la chaleur.Ses beaux yeux étaient clos,‖ mais sur sa joue en fleur,Dont leur voile exaltait‖ l’impérieuse gloire,Des franges de longs cils‖ montraient leur splendeur noire.Comme un prince jaloux‖ qui marque son trésor,Le soleil éperdu‖ lançait des flèches d’orSur son sein éclatant‖ d’une candeur insigne,Et sa poitrine était‖ de neige comme un cygne,Et pareille aux brebis‖ errantes d’un troupeau.Sur sa crinière fauve‖ et sur sa blanche peauDe tremblantes lueurs‖ couraient, surnaturelles.Entre ses pieds ouverts‖ dormaient deux tourterelles.Le radieux sourire‖ en pleurs du jour naissantFolâtrait sur son corps‖ de vierge éblouissant,Et la nuit du feuillage‖ et l’ombre des érablesY caressaient, depuis‖ les masses adorablesDe la blonde toison‖ jusqu’aux divins orteils,Les touffes d’or, les lys‖ vivants, les feux vermeils.Éros la vit. Il vit‖ ces bras que tout adore,Et ces rougeurs de braise‖ et ces clartés d’aurore ;Il contempla Cypris‖ endormie, à loisir.Alors de son désir,‖ faite de son désir,Toute pareille à son‖ désir, naquit dans l’herbeUne fleur tendre, émue,‖ ineffable, superbe,Rougissante, splendide,‖ et sous son fier dessinFlamboyante, et gardant‖ la fraîcheur d’un beau sein.Et c’est la rose ! C’est‖ la fleur tendre et faroucheQui présente à Cypris‖ l’image de sa bouche,Et semble avoir un sang‖ de pourpre sous sa chair.Fleur-femme, elle contient‖ tout ce qui nous est cher,Jour, triomphe, caresse,‖ embrassement, sourire :Voir la rose, c’est comme‖ écouter une lyre !Notre regard ému‖ suit le frémissementDe son délicieux‖ épanouissement ;Sa chevelure verte‖ avec orgueil la couvre.Quand nous la respirons,‖ elle est pâmée, et s’ouvre :Son parfum d’ambroisie‖ est un souffle. On diraitQue, par je ne sais quel‖ ravissement secret,Elle prend en pitié‖ notre amour et nos fièvres,Et son calice ouvert‖ nous baise avec des lèvres.

mars 1863.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
25((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a jeûne / jeune féminine, classiqueb suit / nuit masculine, équivalentea Cythérée / altérée féminine, classiqueb jeu / feu masculine, classiquea marbre / arbre féminine, classiqueb chaleur / fleur masculine, classiquea gloire / noire féminine, classiqueb trésor / d’or masculine, classiquea insigne / cygne féminine, classiqueb troupeau / peau masculine, classiquea surnaturelles / tourterelles féminine, classiqueb naissant / éblouissant masculine, classiquea érables / adorables féminine, classiqueb orteils / vermeils masculine, classiquea adore / d’aurore féminine, classiqueb loisir / désir masculine, classiquea l’herbe / superbe féminine, classiqueb dessin / sein masculine, classiquea farouche / bouche féminine, classiqueb chair / cher masculine, classiquea sourire / lyre féminine, classiqueb frémissement / épanouissement masculine, classiquea couvre / s’ouvre féminine, classiqueb dirait / secret masculine, classiquea fièvres / lèvres féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Exilés, Paris, Fasquelle, 1899· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources