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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Exilés, 1867

L’antre

Théodore de Banville· distiques, alexandrins, 40 vers

Au milieu d’un monceau‖ de roches accroupiesSur le chemin qui va‖ de Leuctres à Thespies,Un antre affreux s’ouvrait,‖ sinistre, horrible à voir.Des buissons monstrueux‖ tombaient de son flanc noirHérissés et touffus‖ comme une chevelure,Et dans la pierre en feu,‖ qu’une rouge brûlureDévore, étaient gravés‖ sur son front ruinéCes mots : « ici gémit‖ l’éternel condamné. »Rien n’obstruait le seuil‖ de la sombre caverne.Hercule entra. Dans l’ombre,‖ auprès d’une citerneDont le flot n’a jamais‖ regardé le ciel bleu,Sur des ossements d’homme‖ était assis un Dieu.Or il avait vécu‖ plus d’ans que la mémoireN’en rêve ; son vieux crâne‖ était comme l’ivoire ;Lui-même d’une flèche‖ il déchirait son flanc ;À force de pleurer‖ ses yeux n’étaient que sang,Il semblait un oiseau‖ farouche, pris au piège,Et le vent frissonnait‖ dans sa barbe de neige.Près de lui, devant lui,‖ partout, des ossementsBlanchissaient sur le sol‖ ténébreux. Par moments,Un grand fleuve de pleurs‖ débordait son œil terne,Et le beau vieillard-dieu‖ pleurait dans la citerne.Le fils d’Amphitryon‖ fut saisi de pitié.« Oh ! Dit-il, sombre aïeul‖ durement châtié,Que fais-tu loin du ciel‖ dont notre œil est avide ?Qui te retient ainsi‖ dans ce cachot livide ?Ton désespoir est-il‖ si vaste et si profondQue tes larmes aient pu‖ remplir ce puits sans fond ?Viens dans la plaine, où sont‖ les ruisseaux et les chênes !Sur tes bras affaiblis‖ je ne vois pas de chaînes.D’ailleurs, je suis celui‖ qui les brise ; je puis,Si tu le veux, jeter‖ ce rocher dans ce puits ;Quelque dieu qu’ait maudit‖ ta bouche révoltée,Je te délivrerai,‖ fusses-tu Prométhée ! »Le vieillard exhalait‖ des sanglots étouffants.Hercule dit : « suis-moi,‖ laisse aux petits enfantsCette lâche terreur‖ et cette angoisse folle.Il n’est pas de douleur‖ qu’un ami ne console ;Viens avec moi, remonte‖ à la clarté du jour !— Non, répondit le grand vaincu, je suis l’amour. »

janvier 1863.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
20((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a accroupies / Thespies féminine, classiqueb voir / noir masculine, classiquea chevelure / brûlure féminine, classiqueb ruiné / condamné masculine, classiquea caverne / citerne féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classiquea mémoire / l’ivoire féminine, classiqueb flanc / sang masculine, classiquea piège / neige féminine, classiqueb ossements / moments masculine, classiquea terne / citerne féminine, classiqueb pitié / châtié masculine, classiquea avide / livide féminine, classiqueb profond / fond masculine, classiquea chênes / chaînes féminine, classiqueb puis / puits masculine, classiquea révoltée / Prométhée féminine, classiqueb étouffants / enfants masculine, classiquea folle / console féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Exilés, Paris, Fasquelle, 1899· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources