Les stalactites, 1846
A une petite Chanteuse des rues
Mon père est oiseau,
Ma mère est oiselle,
Je passe l’eau sans nacelle,
Je passe l’eau sans bateau.Victor Hugo.
Enfant au hasard vêtu,D’où viens-tuAvec ta chanson bizarre ?D’où viennent à l’unissonTa chanson,Ta chanson et ta guitare ?
Tu livres au doigt vermeilDu soleil,Qui les dore et les caresse,Tes longs cheveux emmêlés,CrespelésComme ceux d’une Déesse.
D’où vient ce front soucieux,Ces grands yeux,Ces chairs dont la transparenceFait voir parmi les couleursDe cent fleursDes tons dignes de Lawrence ?
Viens-tu du pays sereinOù le RhinBaise les coteaux de vignes,Dont le feuillage mouvantTremble au vent,Et serpente en longues lignes ?
Viens-tu du pays riantD’Orient,De Sorrente aux blondes grèves,Ou de Venise au ciel bleuTout en feu,Ou du blond pays des rêves ?
Avec son hardi carmin,Quelle mainA pourpré pour les féeriesTes lèvres, ces fruits brûlants,Plus sanglantsQue des grenades fleuries ?
Est-ce bien toi, cet enfantTriomphant,Dont le père, ouvrant son aile,Au fond d’un nid de roseauFut oiseau,Dont la mère fut oiselle ?
Belle fille aux cheveux d’or,Est-ce encorToi, qui, rieuse et fantasque,Faisais voltiger en l’airUn éclairAvec ton tambour de basque ?
Toi, la Bohême à l’œil noirQui, le soir,D’une dorure fanéeSerrais ton ample chignon,Et MignonEst-elle ta sœur aînée ?
Ou plutôt, courant au bois,Et sans voixPour un brin d’herbe qui bouge,Interdite à chaque pas,N’es-tu pasLe petit Chaperon-Rouge,
Qui fit même des jalouxChez les loups,Et qui, portant sa galetteChez la bonne mère grand,En entrantFaisait choir la bobinette ?
Mais non, aux divins attraitsDe tes traitsEt de ta voix, je devineL’enfant comblé des faveursDes rêveurs,La folâtre Colombine.
Mais où sont tes beaux souliers,Tes colliersQui font rêver les fillettes ?Où sont le bel or changeantEt l’argentDe tes jupes à paillettes ?
Et le souple casaquinD’Arlequin ?Et Cassandre et sa fortune ?Où Pierrot, l’homme subtil,Cache-t-ilSa face de clair de lune ?
Mars 1845.
Versification
- Forme
- 14 sizains (sizains)
- Rimes
- 14(aabccb)
- Mètre
- Heptasyllabes et trisyllabes (56 de 7, 28 de 3)· profil 7, 3
- Strophes
- 14 sizains
- Mots à la rime
- a vêtu / viens-tu masculine, classiqueb bizarre / guitare féminine, classiquec l’unisson / chanson masculine, classiquea vermeil / soleil masculine, classiqueb caresse / Déesse féminine, classiquec emmêlés / Crespelés masculine, classiquea soucieux / yeux masculine, classiqueb transparence / Lawrence féminine, classiquec couleurs / fleurs masculine, classiquea serein / Rhin masculine, classiqueb vignes / lignes féminine, classiquec mouvant / vent masculine, classiquea riant / D’Orient masculine, classiqueb grèves / rêves féminine, classiquec bleu / feu masculine, classiquea carmin / main masculine, classiqueb féeries / fleuries féminine, classiquec brûlants / sanglants masculine, classiquea enfant / Triomphant masculine, classiqueb aile / oiselle féminine, classiquec roseau / oiseau masculine, classiquea d’or / encor masculine, classiqueb fantasque / basque féminine, classiquec l’air / éclair masculine, classiquea noir / soir masculine, classiqueb fanée / aînée féminine, classiquec chignon / Mignon masculine, classiquea bois / voix masculine, classiqueb bouge / Chaperon-Rouge féminine, classiquec pas masculine, classiquea jaloux / loups masculine, classiqueb galette / bobinette féminine, classiquec grand / entrant masculine, classiquea attraits / traits masculine, classiqueb devine / Colombine féminine, classiquec faveurs / rêveurs masculine, classiquea souliers / colliers masculine, classiqueb fillettes / paillettes féminine, classiquec changeant / l’argent masculine, classiquea casaquin / D’Arlequin masculine, classiqueb fortune / lune féminine, classiquec subtil / Cache-t-il masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
84 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Les stalactites, Odelettes, Améthystes, Le Forgeron., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1889· numérisation poesies.net· Sources