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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les stalactites, 1846

Idylle

Théodore de Banville· distiques, alexandrins, 50 vers

Et quum vidisti puero donata, dolebas.Virgile.

Néère, Myrrha.

Le soir est tiède et pur,‖ le vent pleure. O Myrrha,Notre jeune Iollas,‖ qui souvent t’admira,Va venir près de nous,‖ sous l’arbre qui soupire,Dénouer nos cheveux‖ et caresser la lyre.

Néère, c’est pour toi‖ qu’il éveille, en songeant,La douce lyre, auprès‖ de ce ruisseau d’argent.Comme toi, dans mes yeux,‖ ô Néère ! que n’ai-jeCe trait qui brûle un cœur‖ endormi sous la neige !

Sa main silencieuse‖ aime tes cheveux bruns,D’où ses doigts pour longtemps‖ s’en vont pleins de parfums.

Les tiens, jouet charmant‖ de la brise qui vole,Sont lisses et dorés‖ comme un flot du Pactole.

Tes pieds charment la lèvre,‖ et montrent au hasardLeurs ongles transparents‖ arrondis avec art.

Ta gorge est comme un marbre,‖ et la lumière arroseSur ses fermes contours‖ deux frais boutons de rose.

Que n’es-tu beau comme elle,‖ ô bel enfant ? Hélas !J’irais en suppliante‖ adorer Iollas !

Iollas ! pour un jour‖ sois semblable à Néère,Et je n’aurai pour toi‖ nulle froideur amère.

La bouche des Zéphyrs‖ aux souffles embaumésS’enivre en s’égarant‖ sous tes bras parfumés.

Quelle autre ivresse attend‖ les deux lèvres choisiesQui, goûtant de ton cou‖ les blanches ambroisiesEt buvant à longs traits‖ les flammes que j’y sens,Y feront circuler‖ des frissons rougissants !

Vois comme l’onde est calme,‖ et comme la Naïade,Dont la molle fraîcheur‖ invite et persuade,Semble tourner vers nous‖ l’azur de ses yeux bleus.

Dans ses bras palpitants‖ descendons toutes deux.Confions notre tête‖ à son bruit qui fascine,Et notre épaule blonde‖ à sa douce poitrine.

Goûtons auparavant‖ ce doux vin. Pour nos jeuxLa grappe y mit la force‖ et l’emplit de ses feux.

Oui, mais la coupe d’or‖ est froide à qui la touche.Quel or vaut, ô ma sœur,‖ les roses de ta bouche !

Tenons-nous par la main.‖ Ah ! ce flot est glacé !Entoure bien mon cou‖ de ton bras enlacé.

Comme l’eau, sœur du ciel,‖ qui flottait indécise,Me presse avec amour !‖ Je suis toute surprise.

Chacune bien serrée‖ avec deux bras tremblants,O Myrrha ! nous voguons‖ comme deux cygnes blancs,Et sur nos fronts jumeaux‖ aux poses familièresSe mêlent toutes deux‖ nos guirlandes de lierres.

Le flot rasséréné,‖ qui court sans se lasser,M’enivre, et je ne sais,‖ me sentant caresserVoluptueusement‖ dans cette paix profonde,Si c’est ta chair polie,‖ ou le zéphyr, ou l’onde !

Iollas va venir‖ de ses doigts enjouésTresser en folâtrant‖ nos cheveux dénoués.

Mai 1843.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
25((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
19 distiques
Mots à la rime
a Myrrha / t’admira masculine, classiqueb soupire / lyre féminine, classiquea songeant / d’argent masculine, classiqueb n’ai-je / neige féminine, classiquea bruns / parfums masculine, classiqueb vole / Pactole féminine, classiquea hasard / art masculine, classiqueb arrose / rose féminine, classiquea Hélas / Iollas masculine, classiqueb Néère / amère féminine, classiquea embaumés / parfumés masculine, classiqueb choisies / ambroisies féminine, classiquea sens / rougissants masculine, classiqueb Naïade / persuade féminine, classiquea bleus / deux masculine, classiqueb fascine / poitrine féminine, classiquea jeux / feux masculine, classiqueb touche / bouche féminine, classiquea glacé / enlacé masculine, classiqueb indécise / surprise féminine, classiquea tremblants / blancs masculine, classiqueb familières / lierres féminine, classiquea lasser / caresser masculine, classiqueb profonde / l’onde féminine, classiquea enjoués / dénoués masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Les stalactites, Odelettes, Améthystes, Le Forgeron., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1889· numérisation poesies.net· Sources