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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les stalactites, 1846

L’arbre de Judée

Théodore de Banville· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Mais ne serait-ce pas plutôt un jeune
rameau du délicieux arbuste consacré à
l’Amour, lorsque, consumé par Siva dans
un accès de colère, il vint à renaître mille
fois plus charmant encore, grâce à la
céleste ambroisie dont l’arrosèrent les
dieux ?Calidasa.

Lorsque Mai rougissant‖ rassérène les cœursEt que sourit à tous‖ la terre fécondée,Quand sur les verts gazons‖ Chloris mène des chœurs,Il fleurit dans le parc‖ un arbre de Judée.

C’est un arbre tout rose,‖ et sans feuilles d’abord,Un tout harmonieux‖ que rien autre n’égale.Ses longs rameaux, groupés‖ dans un parfait accord,Ont l’air de supporter‖ des roses du Bengale.

Quand la feuille leur met‖ son beau satin ouvert,Ils sont plus doux encore‖ au regards de l’artiste ;La pourpre s’adoucit‖ près du feuillage vert,Et la tendre émeraude‖ encadre l’améthyste.

Puisque c’est à présent‖ que mon arbre fleurit,Je veux, couché sur l’herbe,‖ oubliant toutes choses,Dans ses vivants écrins‖ égarer mon esprit,Et pendant un moment‖ faire des songes roses.

Voyez comme l’azur‖ est calme et reposé,Comme on se sent heureux‖ sans en savoir les causes,Comme l’herbe frémit‖ sur le sol arrosé,Comme le ciel couchant‖ est riche en fleurs écloses !

Sous ces bosquets charmants,‖ épanouis pour eux,Pleins d’ombrages secrets‖ et de faibles murmures,Voyez ces beaux enfants,‖ ces couples amoureuxQui vont en écartant‖ les épaisses ramures.

C’est toi, belle Rosine !‖ Hélas ! le vert rideauNous dérobe tes pieds,‖ les plus charmants du monde.C’est toi, folle Rosette‖ avec ton Orlando !Pauvre morte amoureuse,‖ est-ce toi, Rosemonde ?

Quel est ce bruit de cor‖ qui passe dans les bois ?C’est la chasse qui vient :‖ salut, blanches marquises !Mettez les cœurs en flamme‖ et le cerf aux abois,Vos paniers de satin‖ ont des façons exquises.

Près de ce rocher blanc‖ taillé comme un autel,Ainsi qu’un lévrier‖ l’eau folâtre et se dresse.Pardieu ! c’est la marquise,‖ avec son air cruel,Qui se baigne là-bas‖ en nymphe chasseresse.

Il manque un Actéon,‖ ce sera le mari :Il a tout ce qu’il faut,‖ et pourrait en revendre.Abbé ! votre musique‖ est un charivari !Vous soupirez, Églé !‖ Que vous a fait Silvandre ?

C’est ainsi que je rêve‖ aux temps des Pompadours.Et lorsqu’un bruit aigu,‖ conne un cri de cigale,Fait envoler le rêve,‖ il me reste toujoursMon arbre de Judée‖ aux roses du Bengale.

Mai 1844.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a cœurs / chœurs masculine, classiqueb fécondée / Judée féminine, classiquea d’abord / accord masculine, classiqueb n’égale / Bengale féminine, classiquea ouvert / vert masculine, classiqueb l’artiste / l’améthyste féminine, classiquea fleurit / esprit masculine, classiqueb choses / roses féminine, classiquea reposé / arrosé masculine, classiqueb causes / écloses féminine, classiquea eux / amoureux masculine, classiqueb murmures / ramures féminine, classiquea rideau / Orlando masculine, classiqueb monde / Rosemonde féminine, classiquea bois / abois masculine, classiqueb marquises / exquises féminine, classiquea autel / cruel masculine, classiqueb dresse / chasseresse féminine, classiquea mari / charivari masculine, classiqueb revendre / Silvandre féminine, classiquea Pompadours / toujours masculine, classiqueb cigale / Bengale féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Théodore de Banville. Les stalactites, Odelettes, Améthystes, Le Forgeron., Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1889· numérisation poesies.net· Sources