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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Nous tous, 1884

XCV. Le Palais-Royal

Strophes dites par mademoiselle Maria Legault le 14 septembre 1880 pour l’inauguration de la nouvelle salle Direction Briet et Delcroix.

Théodore de Banville· 31 quatrains, heptasyllabes, 124 vers

Toi que le caprice emporte,Public parisien, tuNe t’es pas trompé de porte :Écoute mon impromptu.

Ce palais où tout flamboie,Riant comme un prairialPlein de lumière et de joie,C’est bien le Palais-Royal.

Oui, viens chez toi, foule aimée !Après les temps révolus,La vieille salle enfuméeEst morte : n’en parlons plus.

L’architecte Paul SédilleA paré de cent trésorsCe gai boudoir où tout brille,Les lys, la pourpre et les ors.

Notre plafond, comme un astre,Rit, par tes yeux savouré ;Le savant peintre LavastreBroda son dôme ajouré,

Et dans l’air, qui s’extasie,Lança, d’un vol indompté,Le Rire, la Fantaisie,La Chanson, la Volupté.

Partout des apothéoses,Des enfants ensorceleurs,Des feuillages et des roses,Des ruissellements de fleurs,

Et, dans leurs jeux témérairesEt leurs fiers ébats, DalouA sculpté partout les frèresDe l’Amour, ce gai filou.

O Comédie ! ô Folie !Qui riez sur les néants,Sa main, pour charmer Thalie,Modela vos fronts géants,

Et, souffletant nos augures,Vers un avenir voiléVous volez, saintes figures,Dans l’idéal étoilé !

Puis dans un cartel mystiqueS’inscrit, au front du palais,Le miraculeux distiqueDu grand aïeul Rabelais.

Car c’est lui que veulent suivreNos auteurs, sans orgueil vain,Et c’est lui qui les enivreAvec son généreux vin.

Nos pères, dans leur souffrance,Buvaient ce vin écumeuxQui désaltéra la France,Et nous le boirons comme eux !

C’est ici qu’en son délire,S’ouvrit aux grands histrionsLa chère maison du Rire :Donc, ô mes amis ! rions.

Notre passé fut si riche !Et, sans nul doute, on connaîtNos maîtres : Sardou, Labiche,Et Meilhac, et Gondinet ;

Halévy, plein de finesse ;Siraudin et Delacour,Thiboust, sourire et jeunesseDe la muse de l’amour !

Puis, sous la clarté des lustres,La comédie eut chez nousSes bouffons les plus illustres :O souvenir triste et doux !

Autrefois, jeune et frivole,C’est ici que DéjazetÉgrenait sa chanson folle,Et, comme un ruisseau, jasait.

Achard, qui charma la ville,Tousez, qui n’était pas sot,Leménil, le bon Sainville,Et Levassor, et Grassot ;

Gil Pérès, hélas ! ThalieA chéri ces grands railleursPleins de verve et de folie ;Moi, j’en passe, et des meilleurs,

Mais Émile Bayard groupeSur un panneau triomphantToute l’immortelle troupeQui commence à Mars enfant,

Et qui posséda naguèreCes rois de notre métierArmés pour la grande guerre :Samson, Régnier et Potier !

Puis, de cette époque sainte,Ingénieux et malin,Reste le bon HyacintheAvec son nez aquilin ;

Et celui qui te déride,Le grand, le vrai sage, effroiDe la bêtise candide :L’inimitable Geoffroy ;

Geoffroy, qui jette et secoueSur les types qu’il revêtTant de lumière, et qui joueComme Molière écrivait !

Et de tant de gloire éparseDemeure aussi Lhéritier,Qui des princes de la farceEst le fidèle héritier !

Puis, cher public qui m’accueilles,Après les glorieux nomsEnvolés comme des feuilles,Tremblants d’espoir, nous venons.

Exempts de toute humeur noire,Tu nous verras toujours gais,Très sûrs de notre mémoire,Contents, jamais fatigués.

Nous mettrons dans nos programmesTout, hors le genre ennuyeux.C’est à toi seul que nos femmesFeront ici les doux yeux.

Oui, nous ferons pour te plaireUn effort quotidien ;Mais donne-nous pour salaire,Ami, ce que tu sais bien,

Et, par un doux bruit sonoreCharmant notre essai loyal,Dis que nous sommes encoreTon bon vieux Palais-Royal !

8 septembre 1880.

Versification

Forme
31 quatrains (quatrains)
Rimes
31(abab)
Mètre
Heptasyllabes
Strophes
31 quatrains
Mots à la rime
a emporte / porte féminine, classiqueb tu / impromptu masculine, classiquea flamboie / joie féminine, classiqueb prairial / Palais-Royal masculine, classiquea aimée / enfumée féminine, classiqueb révolus / plus masculine, classiquea Sédille / brille féminine, classiqueb trésors / ors masculine, classiquea astre / Lavastre féminine, classiqueb savouré / ajouré masculine, classiquea s’extasie / Fantaisie féminine, classiqueb indompté / Volupté masculine, classiquea apothéoses / roses féminine, classiqueb ensorceleurs / fleurs masculine, classiquea téméraires / frères féminine, classiqueb Dalou / filou masculine, classiquea Folie / Thalie féminine, classiqueb néants / géants masculine, classiquea augures / figures féminine, classiqueb voilé / étoilé masculine, classiquea mystique / distique féminine, classiqueb palais / Rabelais masculine, classiquea suivre / enivre féminine, classiqueb vain / vin masculine, classiquea souffrance / France féminine, classiqueb écumeux / eux masculine, classiquea délire / Rire féminine, classiqueb histrions / rions masculine, classiquea riche / Labiche féminine, classiqueb connaît / Gondinet masculine, classiquea finesse / jeunesse féminine, classiqueb Delacour / l’amour masculine, classiquea lustres / illustres féminine, classiqueb nous / doux masculine, classiquea frivole / folle féminine, classiqueb Déjazet / jasait masculine, classiquea ville / Sainville féminine, classiqueb sot / Grassot masculine, classiquea Thalie / folie féminine, classiqueb railleurs / meilleurs masculine, classiquea groupe / troupe féminine, classiqueb triomphant / enfant masculine, classiquea naguère / guerre féminine, classiqueb métier / Potier masculine, classiquea sainte / Hyacinthe féminine, classiqueb malin / aquilin masculine, classiquea déride / candide féminine, classiqueb effroi / Geoffroy masculine, classiquea secoue / joue féminine, classiqueb revêt / écrivait masculine, classiquea éparse / farce féminine, classiqueb Lhéritier / héritier masculine, classiquea m’accueilles / feuilles féminine, classiqueb noms / venons masculine, classiquea noire / mémoire féminine, classiqueb gais / fatigués masculine, classiquea programmes / femmes féminine, équivalenteb ennuyeux / yeux masculine, classiquea plaire / salaire féminine, classiqueb quotidien / bien masculine, classiquea sonore / encore féminine, classiqueb loyal / Palais-Royal masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

124 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Nous Tous., Paris, G. Charpentier et Cie, éditeurs, 1884· numérisation poesies.net· Sources