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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Occidentales, 1875

Courbet, seconde manière

Théodore de Banville· 14 quatrains, alexandrins, 56 vers

Réalisme, oripeau‖ démodé, vieille enseigne,Tu n’as plus ce héros‖ qui te rafistolait.Il faut te dire adieu,‖ quoique mon cœur en saigne :Courbet ne tire plus‖ de coups de pistolet.

Il est sage à présent :‖ c’en est fait des capricesÉtranges et bouffons‖ que ce réaliste eut.Succès ! il était temps‖ enfin que tu le prisses,Et je vois devant lui‖ se dresser l’Institut.

C’en est fait des lutteurs‖ dont la chair était bleue,Des nez extravagants,‖ des yeux à demi ronds !Courbet transfiguré‖ ne coupe plus la queueDe ses chiens. Il n’est plus‖ qu’admirable. Admirons.

Ses tableaux, attaqués‖ avec un zèle habile,Qu’on ne voyait jadis‖ que dans Ornans, ornantLes salons bourgeois, ont‖ enfin usé la bileDes vingt critiques d’art,‖ qui vont le flagornant !

Au temple de la Gloire‖ il vient, un dieu le porte.Gautier devant ses pas‖ s’incline, et PelloquetRayonnant et pensif‖ lui dit : Voici la porte !Et Saint-Victor s’apprête‖ à tourner le loquet.

C’est justice, et Courbet‖ s’en va dans la verdure,Ivre de l’air salubre‖ et du chant des bouvreuils.Il a violemment‖ épousé la NatureAu fond d’un bois, dans la‖ remise des chevreuils.

Printemps luxurieux‖ dont Avril fait la couche,O printemps verdoyant,‖ c’est toi qui les ombras,Les rochers où dormait‖ cette Reine farouche :Courbet sans dire un mot‖ l’empoigna dans ses bras.

C’est en vain qu’éveillée‖ en sursaut, cette NympheCacha de ses deux mains‖ son corps puissant et douxOù le sang est bien plus‖ abondant que la lymphe,Et lui cria : Monsieur,‖ pour qui me prenez-vous ?

Car le maître d’Ornans‖ l’emporta dans son aire,Et, fougueux, lui ferma‖ la bouche ardente avecUn baiser appuyé‖ comme un coup de tonnerre,En lui disant tout bas :‖ Va te plaindre à l’art grec !

Voilà comment les gens‖ qui ne sont pas timidesSavent mener à bien‖ leurs affaires de cœur.Or, la Nymphe, en rouvrant‖ ses yeux d’amour humides,Dit au paysagiste‖ heureux : O mon vainqueur !

O mon roi ! tu m’as fait‖ une cour un peu vive,Mais j’aime la franchise,‖ et je ne t’en veux plus !Prends mes ruisseaux dormants‖ sous la grotte pensive,Prends tout ! prends mes rochers‖ et mes bois chevelus !

C’est ainsi que le maître‖ a fait ce paysageOù, sous la frondaison‖ murmurante des boisDont la masse frémit‖ dans l’air comme un visage,Frissonne ce ruisseau,‖ si vivant que j’y bois !

Et puisque sa peinture‖ est vraiment si bien miseDans ce chef-d’œuvre clair,‖ ouvré comme un bijou,Ma foi ! pardonnons-lui‖ sa femme sans chemise,Dont les cheveux sont faits‖ de copeaux d’acajou !

Car ce puissant génie‖ ailé qui se déploieEn liberté, parfois‖ a ses licences, maisSe trompe encore avec‖ une robuste joie,Et ceux qui ne font rien‖ ne se trompent jamais !

Mai 1866.

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a enseigne / saigne féminine, classiqueb rafistolait / pistolet masculine, classiquea caprices / prisses féminine, classiqueb eut / l’Institut masculine, classiquea bleue / queue féminine, classiqueb ronds / Admirons masculine, classiquea habile / bile féminine, classiqueb ornant / flagornant masculine, classiquea porte féminine, classiqueb Pelloquet / loquet masculine, classiquea verdure / Nature féminine, classiqueb bouvreuils / chevreuils masculine, classiquea couche / farouche féminine, classiqueb ombras / bras masculine, classiquea Nymphe / lymphe féminine, classiqueb doux / prenez-vous masculine, classiquea aire / tonnerre féminine, classiqueb avec / grec masculine, classiquea timides / humides féminine, classiqueb cœur / vainqueur masculine, classiquea vive / pensive féminine, classiqueb plus / chevelus masculine, classiquea paysage / visage féminine, classiqueb bois masculine, classiquea mise / chemise féminine, classiqueb bijou / d’acajou masculine, classiquea déploie / joie féminine, classiqueb mais / jamais masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1998· numérisation Peter Edwards· Sources