Occidentales, 1875
La Pauvreté de Rothschild
L’autre jour, attendant‖ vainement de l’argentQui me vient du Hanovre,Je pleurais de pitié‖ dans la rue, en songeantCombien Rothschild est pauvre.
J’étais sans sou ni maille,‖ appuyé contre un fût,Ainsi que Bélisaire ;Mais ce que je plaignis‖ amèrement, ce futRothschild et sa misère.
Oh ! disais-je, le temps‖ c’est de l’argent. Eh bien !Sans que l’heure me presse,Je puis chanter selon‖ le mode lesbien,Ne pas lire La Presse,
Me tenir au soleil‖ chaud comme un œuf couvé,Et, bayant aux corneilles,Me dire que Laya,‖ Ponsard et LegouvéNe sont pas des Corneilles ;
Je puis voir en troupeaux,‖ menant dès le matinLes Amours à leurs trousses,Des drôlesses de lys,‖ de pourpre et de satin,Brunes, blondes et rousses ;
Je puis faire des vers‖ pour nos derniers neveux,Et, sans qu’il y paraisse,Baiser pendant trois jours‖ de suite, si je veux,Le front de la Paresse !
Et Paris est à moi,‖ Paris entier, depuisLe café que tient RicheJusqu’au théâtre où sont‖ Alphonsine et Dupuis :C’est pourquoi je suis riche !
Mais lui, Rothschild, hélas !‖ n’entendant aucun son,Ne faisant pas de cendre,Il travaille toujours‖ et ne voit rien que sonBureau de palissandre.
Lorsque par les chevaux‖ de flamme à l’OrientCent portes sont ouvertes,Et que, plein de chansons,‖ je m’éveille en riant,Il met ses manches vertes.
Tandis que pour chanter‖ les Chloris je choisisMa cithare ou mon fifre,Lui, forçat du travail,‖ privé de tous lazzis,Il met chiffre sur chiffre.
Il fait le compte, ô ciel !‖ de ses deux milliards,Cette somme en démence,Et, si le malheureux‖ s’est trompé de deux liards,Il faut qu’il recommence !
O Monselet ! tandis‖ que, bravant l’Achéron,Chez Bignon tu t’empiffres,Le caissier de Rothschild‖ dit : Monsieur le baron !Il faut faire des chiffres.
Oh ! que Rothschild est pauvre ?‖ Il n’a pas vu Lagny ;Il n’a jamais de joie.Le riche est ce poëte‖ appelé Glatigny,Le riche c’est Montjoye.
O Muse ! que Rothschild‖ est pauvre ! Aux bois, l’été,Jamais le soleil jauneNe l’a vu. C’est pourquoi‖ je suis souvent tentéDe lui faire l’aumône.
Juillet 1863.
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Hexasyllabes et alexandrins (28 de 6, 28 de 12)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a l’argent / songeant masculine, classiqueb Hanovre / pauvre féminine, classiquea fût / fut masculine, équivalenteb Bélisaire / misère féminine, classiquea bien / lesbien masculine, classiqueb presse / Presse féminine, classiquea couvé / Legouvé masculine, classiqueb corneilles / Corneilles féminine, classiquea matin / satin masculine, classiqueb trousses / rousses féminine, classiquea neveux / veux masculine, classiqueb paraisse / Paresse féminine, classiquea depuis / Dupuis masculine, classiqueb Riche / riche féminine, classiquea son masculine, classiqueb cendre / palissandre féminine, classiquea l’Orient / riant masculine, classiqueb ouvertes / vertes féminine, classiquea choisis / lazzis masculine, classiqueb fifre / chiffre féminine, classiquea milliards / liards masculine, classiqueb démence / recommence féminine, classiquea l’Achéron / baron masculine, classiqueb t’empiffres / chiffres féminine, classiquea Lagny / Glatigny masculine, classiqueb joie / Montjoye féminine, classiquea l’été / tenté masculine, classiqueb jaune / l’aumône féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1998· numérisation Peter Edwards· Sources