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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Occidentales, 1875

Embellissements

Théodore de Banville· 17 quatrains, octosyllabes surtout, 68 vers

Si vous le pouvez, d’un œil secRegardez cela. C’est la rueDe la Paix. Dieux puissants ! avecQuelle fureur le pic s’y rue !

Dégringolez, façades, coins !En avant la pelle et la pioche !O rue historique, rejoinsCelles de Tyr et d’Antioche !

Le spectacle est superbe, carDes hordes, comme en rêve entréesDans ces maisons, en sortent parLes trous des chambres éventrées ;

Tous ces palais sur leurs genouxLaissent ruisseler leurs entrailles ;On voit, comme des aigles fous,S’envoler des pans de murailles ;

Et les plâtras et les gravats,O dieu de notre préfecture,Couvrent la ville où tu gravasTon nom pour la race future.

Blanc comme Avril en floraison,Le passant gémit, pleure et beugle.Désormais on a bien raisonDe dire que l’homme est aveugle ;

Car, ainsi masqué jusqu’aux dents,Le Français, qui devient farouche,A du plâtre dans les yeux, dansLes narines et dans la bouche.

O Parisien, ta citéA présent n’a plus de rivales ;Mais, selon ta capacité,Ce plâtre, il faut que tu l’avales !

Et voici, dans tout ce mic-mac,Le plus clair de tes héritages :Tu dois avoir dans l’estomacQuelques maisons à cinq étages !

Hurrah ! Le fauve SaharaCroît et grandit, où fut la rueDe la Paix ; bientôt l’on auraCoupé cette immense verrue.

Bon Paris, patiente encor :Bientôt, pourvu qu’on démolisse,Tu deviendras le sable d’or,Le désert parfaitement lisse,

O ville, — et, prudents animaux,Au lieu même où tu te pavanesLes doux et patients chameauxIront en longues caravanes !

Paix divine ! ce n’est plus qu’auxAntipodes que l’on te souffre ;L’Europe est ivre de shakos,De canons rayés et de soufre.

Tu souris, efforts superflus !Ta détresse, hélas ! s’est accrue.Chez nous il ne te restait plusRien, Déesse, qu’un nom de rue ;

On te le reprend ! Il est sûrQu’un édile sévère et tendreNe peut pas laisser ton nom surDes démolitions à vendre !

Ouvrière, qui n’as souciQue d’une œuvre amoureuse et lente,Le préfet te chassa d’iciComme une marchande ambulante ;

Ce maître a brisé ton collierEt l’a jeté dans le cloaque,Et, pour te mieux humilier,T’a même retiré ta plaque !

Juillet 1868.

Versification

Forme
17 quatrains (quatrains)
Rimes
17(abab)
Mètre
Octosyllabes surtout (67 de 8, 1 de 7)· profil 8, (7)
Strophes
17 quatrains
Mots à la rime
a sec / avec masculine, classiqueb rue féminine, classiquea coins / rejoins masculine, classiqueb pioche / d’Antioche féminine, classiquea car / par masculine, classiqueb entrées / éventrées féminine, classiquea genoux / fous masculine, classiqueb entrailles / murailles féminine, classiquea gravats / gravas masculine, classiqueb préfecture / future féminine, classiquea floraison / raison masculine, classiqueb beugle / aveugle féminine, classiquea dents / dans masculine, équivalenteb farouche / bouche féminine, classiquea cité / capacité masculine, classiqueb rivales / l’avales féminine, classiquea mic-mac / l’estomac masculine, classiqueb héritages / étages féminine, classiquea Sahara / aura masculine, classiqueb rue / verrue féminine, classiquea encor / d’or masculine, classiqueb démolisse / lisse féminine, classiquea animaux / chameaux masculine, classiqueb pavanes / caravanes féminine, classiquea qu’aux / shakos masculine, classiqueb souffre / soufre féminine, classiquea superflus / plus masculine, classiqueb accrue / rue féminine, classiquea sûr / sur masculine, classiqueb tendre / vendre féminine, classiquea souci / d’ici masculine, classiqueb lente / ambulante féminine, classiquea collier / humilier masculine, classiqueb cloaque / plaque féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1998· numérisation Peter Edwards· Sources