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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Occidentales, 1875

L’Œil crevé

Théodore de Banville· 15 quatrains, octosyllabes, 60 vers

Fronts échevelés dans la brise,O fantômes des cieux mouvants,Qui flottez dans l’ombre indéciseEntre les morts et les vivants !

Vous dont l’aile semble si lasse,Parlez, spectres mystérieux.Dites-moi vos noms à voix basse.Oh ! ne détournez pas les yeux !

Vous d’abord, ô couple martyreQui gémissez en mots plus douxQue la caresse d’une lyre,Ici-bas, dites, qu’étiez-vous ?

Bon passant, nous étions les DramesSur lesquels se lamente, hélas !La muse, que nous adorâmes :Marion Delorme et Ruy Blas !

Toi, qu’es-tu, Victoire ou Génie,Guerrière au casque dénoué,Qui portes dans ta main bénieUn drapeau, de balles troué ?

Dis ! — Je suis la Chanson épiqueDont le souffle sur l’escadronFait au loin frissonner la piqueEt mugir le sombre clairon !

Je suis l’Ode aux voix enflamméesQui sur l’Europe, en un seul jour,Faisait bondir quatorze arméesIvres d’espérance et d’amour !

Et toi, qu’es-tu, dis ? — Je suis CelleQue l’on nomme à présent tout bas ;Celle dont l’œil fauve étincelleDans la paix et dans les combats ;

Celle qui, dans les jours prospèresOù s’alluma le grand flambeau,Était l’amante de vos pères,Lorsque le géant Mirabeau

Terrassait, en pleine assemblée,Une antique rébellion,Et secouait dans la mêléeSa chevelure de lion !

O figures habituéesA ce vertigineux essor,Envolez-vous dans les nuées !Ce n’est pas votre jour encor.

Vous voulez parler à des hommesFaits de devoir et de pitié,Et nous, spectres divins, nous sommesPresque aveugles, sourds à moitié.

Nous sommes, fronts coiffés en touffe,Cols serrés dans un court feston,Les gens de la musique bouffe,Des cocottes et du veston.

Le mot d’Hervé, c’est notre histoire !Car, s’il faut que nos passionsSe rallument dans l’ombre noireEt que nous vous reconnaissions,

Vous qui fûtes notre délire,Notre trésor et notre orgueil,Attendez que l’on nous retireLa flèche qui nous sort de l’œil !

Janvier 1868.

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a brise / indécise féminine, classiqueb mouvants / vivants masculine, classiquea lasse / basse féminine, classiqueb mystérieux / yeux masculine, classiquea martyre / lyre féminine, classiqueb doux / qu’étiez-vous masculine, classiquea Drames / adorâmes féminine, classiqueb hélas / Blas masculine, classiquea Génie / bénie féminine, classiqueb dénoué / troué masculine, classiquea épique / pique féminine, classiqueb l’escadron / clairon masculine, classiquea enflammées / armées féminine, classiqueb jour / d’amour masculine, classiquea Celle / étincelle féminine, classiqueb bas / combats masculine, classiquea prospères / pères féminine, classiqueb flambeau / Mirabeau masculine, classiquea assemblée / mêlée féminine, classiqueb rébellion / lion masculine, classiquea habituées / nuées féminine, classiqueb essor / encor masculine, classiquea hommes / sommes féminine, classiqueb pitié / moitié masculine, classiquea touffe / bouffe féminine, classiqueb feston / veston masculine, classiquea histoire / noire féminine, classiqueb passions / reconnaissions masculine, classiquea délire / retire féminine, classiqueb orgueil / l’œil masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1998· numérisation Peter Edwards· Sources