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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Occidentales, 1875

Le Petit-Crevé

Théodore de Banville· 17 quatrains, octosyllabes, 68 vers

Lyre, pinçant ta belle corde,Je chanterai, car c’est mon plan,Le Petit-Crevé, dont j’accordeLa découverte à Roqueplan.

De la Tamise jusqu’à l’Èbre,On voit bâiller son pâle Ennui :Comme crevé, l’Œil que célèbreHervé — n’est rien auprès de lui.

Plus endormi qu’une citerne,Il végète. Faux col géant.Favoris courts. Veston. L’œil terne.Signes particuliers : Néant !

Néant dans son regard qui boite,Néant dans son gilet nouveau,Et Néant dans la mince boîteOù devrait être son cerveau !

Nommez à ce petit, — qui crèveAvec un gant rouge à sa main,Les grands espoirs qui sont le rêveEt l’âme du génie humain ;

L’Art, cette auguste idolâtriePour notre paradis natal,L’Honneur, la Vertu, la Patrie,La Beauté, ce lys idéal ;

Et, parmi ces choses divines,La Liberté, dont tous les pasFont tomber de vieilles ruines,Il vous répondra : Connais pas !

Mais que Rosaura qui s’arrose,Chaque matin, comme un rosier,Passe, en cheveux couleur de rose,Dans une brouette d’osier,

Croyant à ce qu’elle dérobe,Vite il court s’incliner devantCette sorcière, dont la robeN’est, hélas ! pleine que de vent.

La grande cocotte funesteLe fait longtemps poser deboutAu soleil. — Puis après, le resteDu temps, que fait-il ? — Rien du tout.

De sa fumée errante et bleueS’entourant pour faire florès,Il voyage dans la banlieue,Empaqueté comme un londrès.

On le voit dans cinq ou six garesPar semaine, sous l’œil des cieuxFumant en guise de cigaresDes troncs d’arbre prétentieux.

Aux Bouffes, (c’est là qu’il s’abonne,)Il porte un stick céleste ; maisIl marivaude avec sa bonneEt savoure cet affreux mets !

Et le soir, spectateur godiche,Ce gandin, qu’on joue aux Menus-Plaisirs, s’en va voir dans La BicheDe grands morceaux de femmes — nus.

Ou bien tu cours où l’on ricane,Divin Petit-Crevé, car tonBonheur est de montrer ta canneDans les théâtres de carton !

Mais que dis-je ! carton toi-même.Plus fuyant qu’un ciel de Corot,Tu passes, chimérique et blême,Comme Antinoüs ou Pierrot !

Être effacé, doux comme un angeEt banal entre les fumeurs,Tu vis, et rien en toi ne change,O Petit-Crevé, quand tu meurs !

Avril 1868.

Versification

Forme
17 quatrains (quatrains)
Rimes
17(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
17 quatrains
Mots à la rime
a corde / j’accorde féminine, classiqueb plan / Roqueplan masculine, classiquea l’Èbre / célèbre féminine, classiqueb Ennui / lui masculine, classiquea citerne / terne féminine, classiqueb géant / Néant masculine, classiquea boite / boîte féminine, classiqueb nouveau / cerveau masculine, classiquea crève / rêve féminine, classiqueb main / humain masculine, classiquea idolâtrie / Patrie féminine, classiqueb natal / idéal masculine, classiquea divines / ruines féminine, classiqueb pas masculine, classiquea s’arrose / rose féminine, classiqueb rosier / d’osier masculine, classiquea dérobe / robe féminine, classiqueb devant / vent masculine, classiquea funeste / reste féminine, classiqueb debout / tout masculine, classiquea bleue / banlieue féminine, classiqueb florès / londrès masculine, classiquea gares / cigares féminine, classiqueb cieux / prétentieux masculine, classiquea s’abonne / bonne féminine, classiqueb mais / mets masculine, classiquea godiche / Biche féminine, classiqueb Menus / nus masculine, classiquea ricane / canne féminine, classiqueb ton / carton masculine, classiquea toi-même / blême féminine, classiqueb Corot / Pierrot masculine, classiquea ange / change féminine, classiqueb fumeurs / meurs masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1998· numérisation Peter Edwards· Sources