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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Occidentales, 1875

Le Lion amoureux

Théodore de Banville· 17 quatrains, octosyllabes, 68 vers

Dans l’enceinte où Joseph PrudhommeTriomphe, entouré d’amis siens,Où dorment leur éternel sommeLes doux académiciens,

Où, pour nos suprêmes délices,Faisant de la prose et des vers,Ils protègent leurs crânes lissesPar de vastes abat-jour verts,

On attendait, tout pâle encoreDe sa longue rébellion,L’orateur au verbe sonore,L’homme à la face de lion.

Près des fenêtres entr’ouvertes,On disait : — Oh ! lorsqu’en ces mursOù pendent les perruques vertesDe ces immortels déjà mûrs,

Sa voix révolutionnaire,Pleine de courroux et de foi,Éclatera comme un tonnerre,Certes ils vont mourir d’effroi ;

Et, comme si La Marseillaise,Ici tout à coup se levant,Pour évoquer l’âme françaiseEmbouchait son clairon vivant,

On va voir ces minces fantômes,Aux vieux monuments assortis,Rentrer dans les feuillets des tomesDont ils sont indûment sortis !

Ou, troupe de corps dénuée,Ils vont, au sein des cieux déserts,Se dissiper dans la nuée,Se dissoudre parmi les airs ;

Et l’on verra, — coups d’œil féeriques !Aux pays par Hoffmann rêvésFuir les Villemains chimériquesAvec les vagues Legouvés !

C’est ainsi qu’un brillant cortègePlaignait, arrivé de Saint-Flour,Ces birbes, dont le front de neigeS’embellit d’un vert abat-jour,

Quand il entra, lui, le grand maîtreDes mots magnifiques et clairs,Qui les réduit aux lois du mètre,Et dont les yeux sont pleins d’éclairs ;

Lui, devant qui l’Intrigue trembleAvant même qu’il n’ait parlé,Et dont la grande voix ressembleA l’ouragan échevelé.

O surprise rare et dernière !Comme Sylvandre il avait misDes fleurettes dans sa crinière,Pour plaire à ses nouveaux amis !

Comme toujours, il parlait juste,Et même il chantait en bon filsLa Liberté, sa mère auguste,Mais sur la flûte de Tircis !

Dieux ! voir le titan de l’abîmeVerser du cassis de Dijon !Voir passer le lion sublimeEn habit gorge de pigeon !

Si bien qu’à présent Jules Favre,Jouet d’ironiques destins,Est en tous lieux (ceci me navre)Célébré par les Philistins !

Lui, le prince de la parole,Voilà d’où viennent mes ennuis,Il est applaudi par Dréolle…Oh ! cachez-moi, profondes nuits !

Mai 1868.

Versification

Forme
17 quatrains (quatrains)
Rimes
17(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
17 quatrains
Mots à la rime
a Prudhomme / somme féminine, classiqueb siens / académiciens masculine, classiquea délices / lisses féminine, classiqueb vers / verts masculine, classiquea encore / sonore féminine, classiqueb rébellion / lion masculine, classiquea entr’ouvertes / vertes féminine, classiqueb murs / mûrs masculine, classiquea révolutionnaire / tonnerre féminine, classiqueb foi / d’effroi masculine, classiquea Marseillaise / française féminine, classiqueb levant / vivant masculine, classiquea fantômes / tomes féminine, classiqueb assortis / sortis masculine, équivalentea dénuée / nuée féminine, classiqueb déserts / airs masculine, classiquea féeriques / chimériques féminine, classiqueb rêvés / Legouvés masculine, classiquea cortège / neige féminine, classiqueb Saint-Flour / abat-jour masculine, classiquea maître / mètre féminine, classiqueb clairs / d’éclairs masculine, classiquea tremble / ressemble féminine, classiqueb parlé / échevelé masculine, classiquea dernière / crinière féminine, classiqueb mis / amis masculine, classiquea juste / auguste féminine, classiqueb fils / Tircis masculine, classiquea l’abîme / sublime féminine, classiqueb Dijon / pigeon masculine, classiquea Favre / navre féminine, classiqueb destins / Philistins masculine, classiquea parole / Dréolle féminine, classiqueb ennuis / nuits masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1998· numérisation Peter Edwards· Sources