Occidentales, 1875
Soyons carrés
Rien ne change ici-bas.‖ O mon cœur, c’est la règle !Guignol est à Lyon,Non ailleurs ; le hibou‖ ne peut devenir aigle,Ni le renard, lion.
Ne cherchons pas au bal‖ Mabille TerpsichoreNi Phébus au Congo ! —Que celui qui faisait‖ le mal le fasse encore !Dit un vers de Hugo :
Il a raison. — Toujours‖ le vice indélébileS’attache à notre flanc,Toujours le bilieux‖ souffrira de la bile,Et le sanguin, du sang.
Toujours Polichinelle‖ arbore sur sa trogneLa pourpre, comme un dieu,Et le cygne est toujours‖ blanc, et toujours l’ivrogneRetourne à son vin bleu,
Sans que, sous le soleil‖ qui fait grandir la vigne,Rien l’en puisse empêcher,Et toujours on verra‖ le pêcheur à la ligneA la ligne pêcher.
Donc, puisque notre siècle,‖ ayant peur qu’il s’aigrisse,Mélange avec le selAttique le bon sens‖ farouche de JocrisseEt de Cadet Roussel,
Puisqu’il a pris chez lui‖ la folie en sevrage,(Si j’en crois L’Union,)Que ce siècle fantasque‖ ait au moins le courageDe son opinion !
O Vésuve, toujours‖ tu grondes et tu fumes,Comme un feu de Barnett !Ainsi que toi, soyons‖ toujours ce que nous fûmes,Au moins ce sera net !
Que le Parisien,‖ docile comme un nègreQue le dur colon bat,Quand Thérésa lui semble‖ une médecine aigre,Avale Colombat !
Que Sarcey, — si distrait !‖ — prenne madame DochePour la Comtesse Dash,Et qu’il écrive, ainsi‖ que le ferait Clodoche,Gauthier, — avec un H !
Que Dumas, dédaignant‖ de rendre la paroleAux héros qu’il a peints,Se penche avec amour‖ sur une casseroleEt saute des lapins !
Que l’actrice en renom,‖ qui sur sa gorge plaqueCent mille diamants,Méprise les bravos‖ sincères de la claque,Les bouquets, les amants,
Et, se couvrant d’un sac,‖ trouve le palissandreComme l’acajou vain,Quand son succès d’hier‖ s’est vu réduit en cendrePar le cruel Jouvin !
Qu’à la Bourse le miel‖ suave de l’HymetteSoit au plus bas coté,Et que le mois prochain,‖ monsieur de Rothschild metteDe l’argent de côté !
Que l’essor du progrès‖ plaise à monsieur Prudhomme !Tandis qu’Alphonse KarrDéteste Paris, plus‖ que ne détestait RomeL’héritier d’Amilcar !
Que, savant à conter‖ les malheurs de l’Autriche,Le journal de VituSavoure le succès‖ nouveau qui le fait riche,Et qu’il a si vite eu !
Que Durantin, cruel‖ pour les muses éprisesDe leur laurier si vil,Fasse avec un faux nez‖ de bonnes pièces, — prisesDans le Code civil !
Que Ponson du Terrail‖ sous la muraille raille,Et que, dans son sérail,L’amante braille avec‖ un grand bruit de ferraille,Par chaque soupirail !
Que Legouvé, sublime‖ et fier, lime sa rime !Que sans nul intérimLe bon Petit Journal,‖ toujours minime, imprimeQuelque frime de Trimm !
Qu’un célèbre docteur,‖ — nommé souvent : mon ange ! —Vive entouré d’acteursEt d’actrices aussi !‖ Que Villemessant changeParfois de rédacteurs !
Qu’au bal, Fille-de-l’Air,‖ en plus d’une rencontre,Sans immoralité,Élève jusqu’aux cieux‖ toute sa jambe, et montreSa grande agilité !
Que dans son vieux logis,‖ qu’un soir nous effondrâmesAvec Tragaldabas,Marc Fournier mette un peu‖ de ballets dans les dramesPour remplacer Ruy Blas !
La Féerie a vaincu,‖ — pas d’argent, pas de suisses ; —Et ce plaisir des Dieux,Si fort prisé, consiste‖ à voir quatre cents cuisses.C’est absurde. Tant mieux.
C’est bien. Ne troublons pas‖ l’escadron des Chimères,Quoi que vous en disiez.Soyons calmes. Laissons‖ les enfants à leurs mères,Les roses aux rosiers,
Et ne dérangeons rien,‖ ni Paris qui s’admire,Ni Fanfan Benoiton,Ni les négociants‖ qui font du cachemireEn bourre de coton ;
Ni, dans la majesté‖ de leur gloire apparente,Ces LilliputiensAux poses de Titans,‖ qu’on nomme les QuaranteAcadémiciens ;
Ni les vieux feuilletons‖ poussifs, ni l’art infirme,Ni l’amour triste et laid :Car, ainsi que monsieur‖ de Voltaire l’affirme,Tout est bien comme il est !
Août 1866.
Versification
- Forme
- 27 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 27(abab)
- Mètre
- Hexasyllabes et alexandrins (54 de 6, 54 de 12)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 27 quatrains
- Mots à la rime
- a règle / aigle féminine, classiqueb Lyon / lion masculine, classiquea Terpsichore / encore féminine, classiqueb Congo / Hugo masculine, classiquea indélébile / bile féminine, classiqueb flanc / sang masculine, classiquea trogne / l’ivrogne féminine, classiqueb dieu / bleu masculine, classiquea vigne / ligne féminine, classiqueb empêcher / pêcher masculine, classiquea s’aigrisse / Jocrisse féminine, classiqueb sel / Roussel masculine, classiquea sevrage / courage féminine, classiqueb L’Union / opinion masculine, classiquea fumes / fûmes féminine, classiqueb Barnett / net masculine, classiquea nègre / aigre féminine, classiqueb bat / Colombat masculine, classiquea Doche / Clodoche féminine, classiqueb Dash / H masculine, classiquea parole / casserole féminine, classiqueb peints / lapins masculine, classiquea plaque / claque féminine, classiqueb diamants / amants masculine, classiquea palissandre / cendre féminine, classiqueb vain / Jouvin masculine, classiquea l’Hymette / mette féminine, classiqueb coté / côté masculine, classiquea Prudhomme / Rome féminine, classiqueb Karr / d’Amilcar masculine, classiquea l’Autriche / riche féminine, classiqueb Vitu / eu masculine, classiquea éprises / prises féminine, classiqueb vil / civil masculine, classiquea raille / ferraille féminine, classiqueb sérail / soupirail masculine, classiquea rime / imprime féminine, classiqueb intérim / Trimm masculine, classiquea ange / change féminine, classiqueb d’acteurs / rédacteurs masculine, classiquea rencontre / montre féminine, classiqueb immoralité / agilité masculine, classiquea effondrâmes / drames féminine, classiqueb Tragaldabas / Blas masculine, classiquea suisses / cuisses féminine, classiqueb Dieux / mieux masculine, classiquea Chimères / mères féminine, classiqueb disiez / rosiers masculine, classiquea s’admire / cachemire féminine, classiqueb Benoiton / coton masculine, classiquea apparente / Quarante féminine, classiqueb Lilliputiens / Académiciens masculine, classiquea infirme / l’affirme féminine, classiqueb laid / est masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 3.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
108 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1998· numérisation Peter Edwards· Sources