Occidentales, 1875
Un Chant National, s’il vous plaît
C’est la Chanson, La Marseillaise,Ivre d’espérance et de jour,Qui s’élançait de la fournaise,Vierge, avec son grand cri d’amour !
C’est elle, âme de la Patrie,Qu’avec leurs grands cœurs ingénusSuivaient, en leur idolâtrie,Les jeunes soldats aux pieds nus !
Jeune, dédaigneuse, immortelle,Effrayant les astres jaloux,Elle vous touchait de son aile,Soleils épouvantés, et vous,
Batailles aux profondeurs noires,Et tenait dans sa forte mainLe groupe effaré des Victoires,Qu’elle emportait dans son chemin !
Elle marchait, lançant la foudreSur les rois d’orgueil enivrés,Et de nos drapeaux, noirs de poudre,Elle agitait les plis sacrés.
La grande Chanson, qui s’élanceDans les airs pour vaincre et punir,A présent garde le silence,Les yeux fixés sur l’avenir.
Lorsqu’elle relève sa tête,On croit entendre, au fond des cieuxEt dans l’horreur de la tempête,Mugir les clairons furieux,
Et, sous les chênes centenaires,Va grondant le bruit souverainDes lourds canons, et les tonnerresQue font les chariots d’airain.
A ses pieds, docile et faroucheEt caché dans l’ombre à demi,Tressaille, ouvrant parfois la bouche,Son courroux, lion endormi,
Et, tranquille, tenant son glaiveQui reflète un rayon de feu,Cette Pensée auguste rêve,Calme et terrible comme un dieu.
Alors, tandis que ses yeux lisentAu fond de l’azur infini,Des passants viennent et lui disent :Guerrière, ton règne est fini.
Oui, nous avons, — c’est une affaire,Des rimes pauvres à placer.Tu n’es plus rien. Nous allons faireUne Ode pour te remplacer.
La Déesse, dont la main joueAvec le glaive aux reflets clairs,Lève ses beaux yeux et secoueSon front environné d’éclairs.
Admirant leur pas qui trébuche,Elle voit le long pelotonDes musiciens en baudrucheEt des poëtes en carton,
Puis Jocrisse, embrassant la lyreD’un air tendre et virgilien,Et leur dit avec un sourire :Faites la Chanson. Je veux bien.
Octobre 1868.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a Marseillaise / fournaise féminine, classiqueb jour / d’amour masculine, classiquea Patrie / idolâtrie féminine, classiqueb ingénus / nus masculine, classiquea immortelle / aile féminine, classiqueb jaloux / vous masculine, classiquea noires / Victoires féminine, classiqueb main / chemin masculine, classiquea foudre / poudre féminine, classiqueb enivrés / sacrés masculine, classiquea s’élance / silence féminine, classiqueb punir / l’avenir masculine, classiquea tête / tempête féminine, classiqueb cieux / furieux masculine, classiquea centenaires / tonnerres féminine, classiqueb souverain / d’airain masculine, classiquea farouche / bouche féminine, classiqueb demi / endormi masculine, classiquea glaive / rêve féminine, classiqueb feu / dieu masculine, classiquea lisent / disent féminine, classiqueb infini / fini masculine, classiquea affaire / faire féminine, classiqueb placer / remplacer masculine, classiquea joue / secoue féminine, classiqueb clairs / d’éclairs masculine, classiquea trébuche / baudruche féminine, classiqueb peloton / carton masculine, classiquea lyre / sourire féminine, classiqueb virgilien / bien masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1998· numérisation Peter Edwards· Sources