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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Occidentales, 1875

Madame Polichinelle

Théodore de Banville· distiques, octosyllabes, 63 vers

Ta grandeur me remplit d’effroi,Polichinelle ! — Réponds-moi.Il paraît que tu bats ta femme.

Eh ! oui, quelquefois je l’entame !Oui, je la rosse, je la bats,Et même, on m’entend de là-bas,Quand, féroce comme un Cosaque,Je lui tombe sur la casaqueEt de cent coups je lui fais don.

Mais, lui demandes-tu pardon ?

Il serait beau que je le fisse !

Alors, dis, par quel artificeEs-tu cependant adoré ?

C’est que mon habit est doré.

Madame, dit-on, se révolteParfois.

Eh ! oui. Par l’archivolteDe mon palais ! tu dis fort bien.Parfois elle rompt son lien.

Ces jours derniers, émancipée,La dame s’était échappéePar un élan bien réussi !

Vrai Dieu ! qu’elle était belle ainsi,Mon Espagnole, ma Chimène !Elle tranchait de l’inhumaine !Elle portait d’un air mignonLa rose rouge à son chignon,Et, fière, elle frémissait touteDans l’air libre, ayant une goutteDe sang de taureau dans le cœur !

Cependant, te voilà vainqueur.Parle-moi, beau chanteur de gammes :Quel charme en toi dompte les dames ?Car ta bosse est pleine de ventPar derrière, aussi par devant ;Et, comme tu fus un ivrogne,On voit fleurir ta rouge trogne.Pour le reste, nous t’égalons !

C’est parce que j’ai des galons.

Parlons franc. Tout le jour tu videsLes pots, de tes lèvres avides ;Et, trouvant que la soif te nuit,Tu les vides encor la nuit.Ta conduite est fort excentrique :Au retour, tu prends une triqueEt, délibérément, tu batsLe manteau, la robe et les basDe madame Polichinelle.Qui donc fait que la péronnelleConsent à ces jeux effrénés ?

La pourpre — que j’ai sur mon nez !

Bref, ayant mis à sec une outre,Tu vides l’autre, et passes outre ;Tu nous montres, étant fort laid,Des cheveux plus blancs que du lait,Et, de plus, tu deviens obèse.D’où vient que ta femme te baiseAinsi qu’un héros de roman ?Apprends-moi donc quel talismanFait qu’une dame si jolieSupporte la triste folieDe ton caractère immoral ?

C’est mon chapeau de général !

Octobre 1868.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
31((aa))
Mètre
Octosyllabes
Strophes
16 distiques
Mots à la rime
a d’effroi / Réponds-moi masculine, classiqueb femme / l’entame féminine, classiquea bats / là-bas masculine, classiqueb Cosaque / casaque féminine, classiquea don / pardon masculine, classiqueb fisse / artifice féminine, classiquea adoré / doré masculine, classiqueb révolte / Parfois / l’archivolte féminine, classiquea bien / lien masculine, classiqueb émancipée / échappée féminine, classiquea réussi / ainsi masculine, classiqueb Chimène / l’inhumaine féminine, classiquea mignon / chignon masculine, classiqueb toute / goutte féminine, classiquea cœur / vainqueur masculine, classiqueb gammes / dames féminine, classiquea vent / devant masculine, classiqueb ivrogne / trogne féminine, classiquea t’égalons / galons masculine, classiqueb vides / avides féminine, classiquea nuit masculine, classiqueb excentrique / trique féminine, classiquea bats / bas masculine, classiqueb Polichinelle / péronnelle féminine, classiquea effrénés / nez masculine, classiqueb outre féminine, classiquea laid / lait masculine, classiqueb obèse / baise féminine, classiquea roman / talisman masculine, classiqueb jolie / folie féminine, classiquea immoral / général masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

63 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1998· numérisation Peter Edwards· Sources