Sonnailles et clochettes, 1888
XVI. Colloque
En passant auprès du bassinOù le flot s’enfle comme un sein,L’oiseau neigeux m’ayant fait signe,J’approchai bien vite, et sur luiComme un rayon d’or avait lui,Je dis à ce beau Cygne : Cygne !
Buvant le ciel aérien,Blanc voyageur, tu ne fais rien.C’est vainement que l’on t’épie.Être de neige, comme un lys,Te suffit, ô Cygne, tandisQue nous faisons de la copie.
Va chercher une entrave ailleurs !Imite les bons travailleurs :Le Bœuf superbe qui laboure,Ou l’Âne, heureux d’avoir marché,Qui, sur son dos, porte au marché,Des légumes, et que l’on bourre.
Et nous-mêmes, sans nous vanter,Vois, nous ne savons qu’inventerPour montrer notre humeur folâtre.Romantiques impénitents,Nous écrivons, de temps en temps,Quelque farce, pour le théâtre.
Que diable ! escrime-toi, voyons,Autrement que dans les rayons !Tel, mû par le désir insigneEt rempli d’opportunitéD’entrer dans la modernité,Je gourmandais le nommé Cygne ;
Mais l’oiseau de neige et de lys,Plus blanc que le sein de Laïs,L’oiseau divin qui, sur la villeRegarde l’astre à son déclin,Me dit : Ne fais pas le malinEt soigne tes rimes, Banville.
1er septembre 1888.
Versification
- Forme
- 6 sizains (sizains)
- Rimes
- 6(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 6 sizains
- Mots à la rime
- a bassin / sein masculine, classiqueb signe / Cygne féminine, classiquec lui masculine, classiquea aérien / rien masculine, classiqueb t’épie / copie féminine, classiquec lys / tandis masculine, classiquea ailleurs / travailleurs masculine, classiqueb laboure / bourre féminine, classiquec marché masculine, classiquea vanter / qu’inventer masculine, classiqueb folâtre / théâtre féminine, classiquec impénitents / temps masculine, classiquea voyons / rayons masculine, classiqueb insigne / Cygne féminine, classiquec d’opportunité / modernité masculine, classiquea lys / Laïs masculine, classiqueb ville / Banville féminine, classiquec déclin / malin masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 3.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1997· numérisation Peter Edwards· Sources