Sonnailles et clochettes, 1888
XV. Margot
Grosse Margot, blanche nourrice,Qu’adorait, en son fier caprice,Le bon rimeur Villon,Sur toi, sa conquête et sa proieEt le navire de sa joie,Flotte son pavillon !
En son âme dévotieuse,Il t’estimait plus précieuseQue de l’or en lingotEt, mieux qu’une chair de princesse,Il aimait et choyait sans cesseTon sein, grosse Margot !
Si bien qu’en ta jupe de laine,Immortelle comme une Hélène,Ravis, nous te voyonsAvec ta glorieuse allure,Et que ta lourde chevelureEst pleine de rayons.
Lui, le génie, et toi, la gouge,Vous buviez à flots du vin rouge,Plein de rubis ardents,Fleurant comme des violettes,Et la pourpre des gouttelettesRuisselait sur tes dents.
Maintenant, ô perle des filles,Tu resplendis encor, tu brilles,Comme de l’or moulu,Lorsque sur du cuivre on l’applique,Par cette raison sans réplique :Ton François l’a voulu.
Oui, ce grand Villon t’a choisie,Comme un dieu de la poésie,Recueillant son butin,Choisit la fille de Tyndare ;Car il chantait comme Pindare,A Paris, près Pantin !
25 août 1888.
Versification
- Forme
- 6 sizains (sizains)
- Rimes
- 6(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes et hexasyllabes (24 de 8, 12 de 6)· profil 8, 6
- Strophes
- 6 sizains
- Mots à la rime
- a nourrice / caprice féminine, classiqueb Villon / pavillon masculine, classiquec proie / joie féminine, classiquea dévotieuse / précieuse féminine, classiqueb lingot / Margot masculine, classiquec princesse / cesse féminine, classiquea laine / Hélène féminine, classiqueb voyons / rayons masculine, classiquec allure / chevelure féminine, classiquea gouge / rouge féminine, classiqueb ardents / dents masculine, classiquec violettes / gouttelettes féminine, classiquea filles / brilles féminine, classiqueb moulu / voulu masculine, classiquec l’applique / réplique féminine, classiquea choisie / poésie féminine, classiqueb butin / Pantin masculine, classiquec Tyndare / Pindare féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1997· numérisation Peter Edwards· Sources