Sonnailles et clochettes, 1888
XL. Été
On dit à ce cruel Été,Qui tanne la peau des gorilles :Tu nous endors, comme un Léthé ;Puis tu nous cuis et tu nous grilles.
Nous vivons, grâce à ton aplombComme la colombe et les ânes,Sous une calotte de plombQui fond les cerveaux dans les crânes.
Été cruel, chacun se tutDevant ton affreux monopole ;Car on sent, comme à l’Institut,L’étouffement d’une coupole.
Pourquoi remplir nos vastes cieuxDe ton caprice et de tes rages ?Quel appareil prétentieuxDe fournaise et de faux orages !
Ces orages, que tu prends soinDe balayer avec ta robe,Filent, et puis s’en vont très loin,Comme un caissier qui se dérobe.
Effarouchant les astres bleusEffarés dans leur vol magique,On ne sait jamais si tu pleusOu non. Rouge Été, sois logique.
Écoute-nous, dans tes donjons !Nous voulons, moyennant des sommes,Savoir si c’est nous qui mangeonsLes biftecks, ou si nous les sommes.
Or, le féroce Été répond :Homme, instruit jadis par la Muse,La foire n’est pas sur le pont.Je suis un roi. Le roi s’amuse.
Avant de manger les cerneaux,Comme il est bon que l’homme souffre,J’ai repris dans mes arsenauxL’ouragan, la pluie et le soufre.
J’étale ainsi mon gai savoirEt je sais égayer ma rate ;Et je ris, lorsque après avoirBalancé, mon dénoûment rate.
Comme en un désert libyen,J’ai tari les mourantes sources.Mais que voulez-vous ? il faut bienQue l’on connaisse mes ressources.
Mon sourcil, quand je le fronçais,A fait gémir la terre noire.Comme Claretie aux Français,Je reprends mon vieux répertoire.
Accrochant l’éther sur mes pas,Je ne tonne pas, et je tonne.Puis je pleus, et je ne pleus pas.Voilà donc ce qui vous étonne ?
Je fleuris la rose et le lys.Je sais charmer autant que nuire ;Je fais un Alger de SenlisEt, j’en conviens, j’aime à vous cuire.
Cependant on doit m’héberger !Tout cela n’est pas une pose.Je le fais pour monsieur BergerEt pour monsieur Alphand. — J’expose !
23 juillet 1889.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a Été / Léthé masculine, classiqueb gorilles / grilles féminine, classiquea aplomb / plomb masculine, classiqueb ânes / crânes féminine, classiquea tut / l’Institut masculine, classiqueb monopole / coupole féminine, classiquea cieux / prétentieux masculine, classiqueb rages / orages féminine, classiquea soin / loin masculine, classiqueb robe / dérobe féminine, classiquea bleus / pleus masculine, classiqueb magique / logique féminine, classiquea donjons / mangeons masculine, classiqueb sommes féminine, classiquea répond / pont masculine, classiqueb Muse / s’amuse féminine, classiquea cerneaux / arsenaux masculine, classiqueb souffre / soufre féminine, classiquea savoir / avoir masculine, classiqueb rate féminine, classiquea libyen / bien masculine, classiqueb sources / ressources féminine, classiquea fronçais / Français masculine, classiqueb noire / répertoire féminine, classiquea pas masculine, classiqueb tonne / étonne féminine, classiquea lys / Senlis masculine, classiqueb nuire / cuire féminine, classiquea m’héberger / Berger masculine, classiqueb pose / J’expose féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1997· numérisation Peter Edwards· Sources