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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Sonnailles et clochettes, 1888

XLI. Noce

Théodore de Banville· 17 quatrains, heptasyllabes, 68 vers

La nuit meurt. C’est bientôt l’heureFrissonnante du matin,Où dans les bois le vent pleure,Doux et parfumé de thym.

Des soupeurs, faisant la guerreA leur vieil ennui bavard,S’ébattent dans un vulgaireCabaret du boulevard.

Et ces pâles noctambulesMontrent des visages blancsComme ceux des funambulesAvec leurs toupets tremblants.

Ils traitent des cocodettesPour qui ces plaisirs sont nuls,Et qui songent à leurs dettesAvec de profonds calculs.

Elles font de tristes mouesSous de riantes couleurs,Car les pastels de leurs jouesSont comme un bouquet de fleurs.

C’est la fête qu’elles donnentA leurs amants éblouis,Et tout bas elles fredonnentL’hypothèse des louis.

Leur fard éclatant rougeoie,Et cependant, les soupeurs,Sans désir comme sans joie,Plus graves que des sapeurs,

Dans le bleu salon moroseOù leur ennui se tient coi,Boivent du champagne rose,En baisant n’importe quoi.

Des écrevisses farouchesForment le fond du repas.Elles emportent les bouchesEt ne les rapportent pas.

Et l’on mange aussi des picklesD’un prodigieux élan,Où l’on peut voir, sans bésicles,Tous les monstres de Ceylan.

Sous le gaz jaune qui flambe,Grande comme une Pallas,Emma laisse voir sa jambeQue l’on a tant vue, hélas !

Séraphine devient tendre ;Et Lise, dans un desseinQu’il est aisé de comprendre,Montre les lys d’un beau sein.

Telle Cypris dans sa conque.Puis, comme il faut accoucherD’un vieux dénoûment quelconque,Tous vont aller se coucher.

Non sans un peu d’amertume,Chacun ayant fait ses frais,Ils sortent sur le bitume,Caressés par le vent frais.

Avec les vains simulacresDe s’être bien amusés,Les voilà prenant des fiacresVieux et jusqu’à l’âme usés.

Redoutant le dieu féroceQue désigne un arc vermeil,Ils s’en vont, gens de la noce,A l’heure où vient le Soleil.

Ils vont dormir, sous les toiles,Un sommeil essentiel,Car les dernières étoilesPâlissent au fond du ciel.

6 août 1889.

Versification

Forme
17 quatrains (quatrains)
Rimes
17(abab)
Mètre
Heptasyllabes
Strophes
17 quatrains
Mots à la rime
a l’heure / pleure féminine, classiqueb matin / thym masculine, classiquea guerre / vulgaire féminine, classiqueb bavard / boulevard masculine, classiquea noctambules / funambules féminine, classiqueb blancs / tremblants masculine, classiquea cocodettes / dettes féminine, classiqueb nuls / calculs masculine, classiquea moues / joues féminine, classiqueb couleurs / fleurs masculine, classiquea donnent / fredonnent féminine, classiqueb éblouis / louis masculine, classiquea rougeoie / joie féminine, classiqueb soupeurs / sapeurs masculine, classiquea morose / rose féminine, classiqueb coi / quoi masculine, classiquea farouches / bouches féminine, classiqueb repas / pas masculine, classiquea pickles / bésicles féminine, classiqueb élan / Ceylan masculine, classiquea flambe / jambe féminine, classiqueb Pallas / hélas masculine, classiquea tendre / comprendre féminine, classiqueb dessein / sein masculine, classiquea conque / quelconque féminine, classiqueb accoucher / coucher masculine, classiquea d’amertume / bitume féminine, classiqueb frais masculine, classiquea simulacres / fiacres féminine, classiqueb amusés / usés masculine, classiquea féroce / noce féminine, classiqueb vermeil / Soleil masculine, classiquea toiles / étoiles féminine, classiqueb essentiel / ciel masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1997· numérisation Peter Edwards· Sources