Sonnailles et clochettes, 1888
XIII. Le Froid
Dans le ciel noir, plein d’échancrures,Il volait tristement, vêtuD’un gros paletot de fourrures,Et je lui dis : Qui donc es-tu ?
Affublé d’un passe-montagne,On ne lui voyait que les yeux.Oh ! que le bonheur t’accompagne,Lui dis-je, oiseau mystérieux !
Volant toujours à perdre haleineDans les cieux tarabiscotés,Il avait de gros gants de laineAvec de gros doigts tricotés.
Je dis : Toi que l’ouragan fête,Voyageur pâle, exempt d’humour,Comment te nomme-t-on ? — Poëte,Dit-il, moi, le féroce Amour,
Qui connais bien toutes les banques,Je me fais voir, — ô sort fatal !Laid comme, dans Les Saltimbanques,On voit le nommé Ducantal.
Je suis Amour, dieu de Cythère,Du moins, je l’ai toujours été.Mais, rimeur, on ne peut se taire,Nous avons un bizarre été.
Je sais que je devrais, en somme,Possédant la blancheur du lys,Me montrer strictement nu, commeLa main de Rose ou de Philis.
Mon front n’a subi nulle tonte,Et je ne me sens pas plus vieuxQue naguères, dans Amathonte ;Mais le temps est trop pluvieux.
Je ris, je pleure, je sanglote ;Ce qui ravit les cœurs, je l’ai ;Mais pour le moment, je grelotteEt j’ai le bout du nez gelé.
11 août 1888.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a d’échancrures / fourrures féminine, classiqueb vêtu / es-tu masculine, classiquea passe-montagne / t’accompagne féminine, classiqueb yeux / mystérieux masculine, classiquea haleine / laine féminine, classiqueb tarabiscotés / tricotés masculine, classiquea fête / Poëte féminine, classiqueb d’humour / Amour masculine, classiquea banques / Saltimbanques féminine, classiqueb fatal / Ducantal masculine, classiquea Cythère / taire féminine, classiqueb été masculine, classiquea somme / comme féminine, classiqueb lys / Philis masculine, classiquea tonte / Amathonte féminine, classiqueb vieux / pluvieux masculine, classiquea sanglote / grelotte féminine, classiqueb l’ai / gelé masculine, équivalente
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1997· numérisation Peter Edwards· Sources