Sonnailles et clochettes, 1888
XII. Le Piano
Tant pis, j’aime le piano !Mon maître, au fond de la ScythieFort connu, comme à Landerneau,Aimait l’araignée et l’ortie.
Et pourquoi ? Parce qu’on les hait.Pour moi, j’aime, épris de chimères,Le piano, parce qu’il estPlus haï que les belles-mères.
Un rayon sur mon front a lui,Lorsque l’heure du thé ramèneCe monstre, affreux comme celuiDu long récit de Théramène.
Devant les dames à turban,A ses vœux j’aime à condescendre,Quand sa croupe se recourbe enReplis de bois de palissandre.
N’ayant pas tremblé pour si peu,Je supporte ses airs farouchesEt même, le terrible jeuDe ses dents, qu’on nomme : des touches.
Eh ! oui, le piano, MeyerBeer admettait cet ustensile,Et c’est pourquoi Ernest ReyerMe semble un peu trop difficile.
Implorant les cieux parfois sourdsOù passent des guerriers équestres,J’en conviens, je n’ai pas toujoursSous ma main de puissants orchestres.
Or, pour oublier les méchantsSi, pâle et l’œil de pleurs humide,J’ai besoin d’entendre les chantsCélestes d’Orphée ou d’Armide,
O Vérité, sors de ton puits !Lorsque ce désir fou m’étrangle,Dis-nous cependant si je puisMe les jouer sur le triangle !
4 août 1888.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a piano / Landerneau masculine, classiqueb Scythie / l’ortie féminine, classiquea hait / est masculine, classiqueb chimères / belles-mères féminine, classiquea lui / celui masculine, classiqueb ramène / Théramène féminine, classiquea turban / en masculine, classiqueb condescendre / palissandre féminine, classiquea peu / jeu masculine, classiqueb farouches / touches féminine, classiquea Meyer / Reyer masculine, classiqueb ustensile / difficile féminine, classiquea sourds / toujours masculine, classiqueb équestres / orchestres féminine, classiquea méchants / chants masculine, classiqueb humide / d’Armide féminine, classiquea puits / puis masculine, classiqueb m’étrangle / triangle féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres poetiques completes, Paris, Honoré Champion, 1997· numérisation Peter Edwards· Sources