Ïambes et poèmes, 1831· Lazare
Le fouet
« Courbez, courbez les reins,‖ tendez le dos, soldats,« Et vous, soldats-bourreaux,‖ frappez à tour de bras ;« Frappez, n’épargnez point‖ ces robustes épaules ;« Contre la discipline‖ ils ont failli, les drôles. »Et l’homme, enfant du ciel,‖ image du très-haut,S’est, comme l’animal,‖ courbé sans dire un mot ;Et l’instrument cruel,‖ armé de ses neuf queues,S’élance, en perçant l’air,‖ sur les épaules bleues,Mord la peau frissonnante,‖ et bientôt fait sortirUn sang que l’honneur seul‖ devait faire jaillir.
Ah ! Ne sais-tu donc point‖ qu’aujourd’hui la nature,Albion ! Se révolte‖ au seul mot de torture ?Que la philosophie‖ a noyé sous les eauxJusqu’au dernier charbon‖ des bûchers infernaux ?Que les durs chevalets,‖ les pénibles entraves,Et tous les châtiments‖ réservés aux esclaves,Aujourd’hui sont en poudre‖ et le jouet du vent ?Tu ne peux l’ignorer,‖ et pourtant comme avantTu retiens près de toi‖ la barbarie antique.Hélas ! Non seulement‖ par delà l’AtlantiqueLe fouet résonne encore,‖ et ses nœuds destructeursDéchirent les reins noirs‖ des pauvres travailleurs ;Mais même dans ton sein,‖ à tes yeux, sous ta face,De coups abrutissants‖ la loi frappe ta race,Et pour le moindre tort‖ déshonore le flancDe tes plus pauvres fils‖ qui te vendent leur sang.
Vieille et triste Albion,‖ ô matrone romaine !Il est temps d’abroger‖ ta coutume inhumaine,De remplacer enfin‖ l’ignoble châtiment,Malgré les lords hautains‖ de ton vieux parlement.Ah ! Fais vite, de peur‖ que le monde en reprocheNe t’appelle bientôt,‖ Albion, cœur de roche !Et partout ne proclame‖ à haute et forte voixQue dans l’ingratitude‖ on a trempé tes lois ;Que les rouges gardiens‖ de ton trône immobile,Les défenseurs sacrés‖ des champs et de la ville,Tes murailles de chair,‖ tes soldats valeureux,Sont traités par tes mains‖ comme on traite les bœufsEt tous les blancs troupeaux,‖ honneur de la prairie,Que sans ménagement‖ l’on mène à la tuerie,Et qui, le ventre plein‖ de trèfle et de gazon,Accourent à la mort‖ à grands coups de bâton.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 21((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiques
- Mots à la rime
- a soldats / bras masculine, classiqueb épaules / drôles féminine, classiquea très-haut / mot masculine, classiqueb queues / bleues féminine, classiquea sortir / jaillir masculine, classiqueb nature / torture féminine, classiquea eaux / infernaux masculine, classiqueb entraves / esclaves féminine, classiquea vent / avant masculine, classiqueb antique / l’Atlantique féminine, classiquea destructeurs / travailleurs masculine, classiqueb face / race féminine, classiquea flanc / sang masculine, classiqueb romaine / inhumaine féminine, classiquea châtiment / parlement masculine, classiqueb reproche / roche féminine, classiquea voix / lois masculine, classiqueb immobile / ville féminine, classiquea valeureux / bœufs masculine, classiqueb prairie / tuerie féminine, classiquea gazon / bâton masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Iambes et poèmes, Paris, Paul Masgana, 1840· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources