Ïambes et poèmes, 1831· Lazare
Les belles collines d’Irlande
Le jour où j’ai quitté‖ le sol de mes aïeux,La verdoyante érin‖ et ses belles collines,Ah ! Pour moi ce jour-là‖ fut un jour malheureux.Là, les vents embaumés‖ inondent les poitrines ;Tout est si beau, si doux,‖ les sentiers, les ruisseaux,Les eaux que les rochers‖ distillent aux prairies,Et la rosée en perle‖ attachée aux rameaux !Ô terre de mon cœur,‖ ô collines chéries !
Et pourtant, pauvres gens,‖ pêle-mêle et nus pieds,Sur le pont des vaisseaux‖ près de mettre à la voile,Hommes, femmes, enfants,‖ nous allons par milliersChercher aux cieux lointains‖ une meilleure étoile.La famine nous ronge‖ au milieu de nos champs,Et pour nous les cités‖ regorgent de misère ;Nos corps nus et glacés‖ n’ont pour tous vêtementsQue les haillons troués‖ de la riche Angleterre.
Pourquoi d’autres que nous‖ mangent-ils les moissonsQue nos bras en sueur‖ semèrent dans nos plaines ?Pourquoi d’autres ont-ils‖ pour habits les toisonsDont nos lacs ont lavé‖ les magnifiques laines ?Pourquoi ne pouvons-nous‖ rester au même coin,Et, tous enfants, puiser‖ à la même mamelle ?Pourquoi les moins heureux‖ s’en vont-ils le plus loin ?Et pourquoi quittons-nous‖ la terre maternelle ?
Ah ! Depuis bien longtemps‖ tel est le vent fatalQui loin des champs aimés‖ nous incline la tête,Le destin ennemi‖ qui fait du nid natalDe notre belle terre‖ un pays de tempête,Le mépris et la haine…‖ ô ma patrie, hélas !Pèserait-on si fort‖ sur tes plages fécondesQue ton beau sol un jour‖ s’affaisserait bien bas,Et que la verte érin‖ s’en irait sous les ondes !
Mais heureux les troupeaux‖ qui paissent vagabondsLes pâtures de trèfle‖ en nos fraîches vallées ;Heureux les chers oiseaux‖ qui chantent leurs chansonsDans les bois frissonnants‖ où passent leurs volées.Oh ! Les vents sont bien doux‖ dans nos prés murmurants,Et les meules de foin‖ ont des odeurs divines ;L’oseille et les cressons‖ garnissent les courantsDe tous vos clairs ruisseaux,‖ ô mes belles collines !
Versification
- Forme
- 5 huitains (huitains)
- Rimes
- 5(ababcdcd)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 5 huitains
- Mots à la rime
- a aïeux / malheureux masculine, classiqueb collines / poitrines féminine, classiquec ruisseaux / rameaux masculine, classiqued prairies / chéries féminine, classiquea pieds / milliers masculine, classiqueb voile / étoile féminine, classiquec champs / vêtements masculine, classiqued misère / Angleterre féminine, classiquea moissons / toisons masculine, classiqueb plaines / laines féminine, classiquec coin / loin masculine, classiqued mamelle / maternelle féminine, classiquea fatal / natal masculine, classiqueb tête / tempête féminine, classiquec hélas / bas masculine, classiqued fécondes / ondes féminine, classiquea vagabonds / chansons masculine, classiqueb vallées / volées féminine, classiquec murmurants / courants masculine, classiqued divines / collines féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Iambes et poèmes, Paris, Paul Masgana, 1840· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources