Les Pleureuses, 1895· Le silence des pauvres
A une petite aveugle
Tu pleures, l’âme reposée.
Avec ses rumeurs sans pitiéLe jour assiège ta faiblesse.Tu ne vois rien, l’heure te laisseEt la lumière est à tes pieds.
Quand parmi la foule sans nombreTu rayonnes sur le chemin,Si l’on te frôle un peu, ta mainEst une caresse dans l’ombre.
Tu gardes au soleil d’espoirTa tendresse vague, étoilée…Toujours grave, toujours voilée,Toujours dans la fête du soir !
L’ombre est ta sœur quand tout succombe,Ta sœur près de ces hommes-ci,Tous ceux que mêle et qu’adoucitVotre double pitié qui tombe !
Quand avec son éternitéLe soir nous berce et nous effraie,Tu deviens de plus en plus vraieParmi la morne vérité.
L’azur s’abîme de tendresse.L’amour chante, silencieux,Les ténèbres ouvrent tes yeux.Ton front éclot et se redresse.
Tu te mêles au vieux martyrDe la nuit seule sur le monde.Tout se tait et l’ombre est profonde ;Petite enfant qui vois souffrir…
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(abba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a pitié / pieds masculine, non classiqueb faiblesse / laisse féminine, classiquea nombre / l’ombre féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea d’espoir / soir masculine, classiqueb étoilée / voilée féminine, classiquea succombe / tombe féminine, classiqueb hommes-ci / qu’adoucit masculine, non classiquea éternité / vérité masculine, classiqueb effraie / vraie féminine, classiquea tendresse / redresse féminine, classiqueb silencieux / yeux masculine, classiquea martyr / souffrir masculine, classiqueb monde / profonde féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.7
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources