Les Pleureuses, 1895· Messe du passé
Adieu
Vous consolez presque les heures…
L’aube est encore pâle,‖ et c’est bien loin demain…Inclinez vos fronts purs‖ en passant sous les branches,Et puis, toutes les deux,‖ très calmes et très blanches,Allez dans les champs gris‖ en vous donnant la main.
Je ne reviendrai plus‖ dans la ville si belleQui sur l’horizon las‖ s’endort d’éloignement ;Le petit bois ému‖ m’attend plaintivement,Et là-bas ma maison‖ regarde devant elle.
Je suis parti bien loin‖ des âmes que j’aimais.Je marche le cœur vide‖ et les mains conquérantes,Je marche devant moi‖ sur les routes pleurantesEt j’irai doucement‖ sans m’arrêter jamais.
Nous ne toucherons plus‖ les choses anciennes,Vous ne me suivrez pas‖ où je m’en suis allé ;Vos âmes auraient froid‖ sous ce ciel désolé,Et vos petites mains‖ trembleraient dans les miennes.
Mon souvenir, la nuit,‖ qu’il soit paisible et vieux,Pour que l’aube en entrant‖ dans la chambre encor vagueEt touchant faiblement‖ votre front qui divagueNe vous retrouve pas‖ des larmes dans les yeux.
Vous pourrez, en quittant‖ l’odeur des chèvrefeuilles,Lentes, vous promener‖ sur les grands prés unis,Aller dans les bosquets,‖ pleins du concert des nids,Et voir un peu d’azur‖ dans les dessins des feuilles.
Le bois silencieux,‖ sombre et profond tableau,Le mystère vaguant‖ sous la douceur des aulnes,Le soleil se jouant‖ dans les nénuphars jaunes,L’adieu long des reflets‖ à la fuite de l’eau…
À moi la plaine nue‖ où mon orgueil se dresse,Le ciel gris, l’azur mort‖ sans chanson et sans vol.D’un horizon à l’autre,‖ en effleurant le sol,Les ailes du grand vent‖ passent avec tristesse.
Que vous importe, à vous !‖ vous avez vos sous-bois,Les lis que vous cueillez‖ avec vos mains de vierges,L’eau qui court au milieu‖ du demi-jour des bergesEt qu’on fait murmurer‖ en y trempant les doigts…
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a demain / main masculine, classiqueb branches / blanches féminine, classiquea belle / elle féminine, classiqueb d’éloignement / plaintivement masculine, classiquea j’aimais / jamais masculine, classiqueb conquérantes / pleurantes féminine, classiquea anciennes / miennes féminine, classiqueb allé / désolé masculine, classiquea vieux / yeux masculine, classiqueb vague / divague féminine, classiquea chèvrefeuilles / feuilles féminine, classiqueb unis / nids masculine, classiquea tableau / l’eau masculine, classiqueb aulnes / jaunes féminine, classiquea dresse / tristesse féminine, classiqueb vol / sol masculine, classiquea sous-bois / doigts masculine, classiqueb vierges / berges féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources