Les Pleureuses, 1895· Le soir en fête
Apothéose
Ombre, musique.
Mes yeux, lassés du jour qui ment,Ô ma sainte, seule en novembre,Vous cherchent adorablementDans la prière de la chambre…
Je m’arrête au seuil sans couleur.Le grand déluge vous abîme,Et dans quelque coin de douleur,Vous écoutez, travail sublime.
Grise dans le soir en suspens,Et profonde des jours sans nombre,Votre front s’incline et s’épand,Dans un cantique de pénombre.
Peu à peu mes regards du jourS’habituent à votre tendresse…Je comprends l’indistinct amour,Et le mystère de caresse.
Sur la tempe un doigt s’attendrit,Comme un saint et souffrant office ;La joue un peu creuse souritD’un sourire de sacrifice…
Votre cou noyé, frêle à voir,Vous soutient de douce épouvantePerdue en musique du soir,Infinie, à peine vivante…
Je vois votre cœur rayonnant,Dans la candeur crépusculaire.Je vois, docile, maintenant,Que votre grand cœur vous éclaire…
À force de tranquillité,Vous brillez comme auprès d’un cierge,Dans le soir de réalitéOù vous êtes un peu la Vierge.
La nuit tombe avec ses rayonsEt sanctifie en paix immenseLa gloire dont nous défaillons,À genoux au cœur du silence.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a ment / adorablement masculine, classiqueb novembre / chambre féminine, classiquea couleur / douleur masculine, classiqueb abîme / sublime féminine, classiquea suspens / s’épand masculine, non classiqueb nombre / pénombre féminine, classiquea jour / amour masculine, classiqueb tendresse / caresse féminine, classiquea s’attendrit / sourit masculine, classiqueb office / sacrifice féminine, classiquea voir / soir masculine, classiqueb épouvante / vivante féminine, classiquea rayonnant / maintenant masculine, classiqueb crépusculaire / éclaire féminine, classiquea tranquillité / réalité masculine, classiqueb cierge / Vierge féminine, classiquea rayons / défaillons masculine, classiqueb immense / silence féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources