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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Pleureuses, 1895· Le silence des pauvres

L’absent

Henri Barbusse· 11 quatrains, octosyllabes, 44 vers

Tu deviens la vie incertaine…

Toi dont le grand cœur fut le nôtre,Plein de douceur et de secours !Tu partis, le soir, comme un autre.Il me semble que c’est toujours !…

Nous, dont les rêves se hasardent,Nous vivons ton sublime adieu,Et nous yeux s’ouvrent et regardentLe départ qui t’a fait vrai dieu.

Et depuis, ta fête invincibleNous rend inutiles et las…Que fais-tu, toujours impassibleDans la gloire d’être là-bas !

Tu nous domines de silence,Tu nous hantes d’éternité…Dans quelle effroyable distanceVas-tu, plein d’immobilité !

Nous avons beau, nous les victimes,Aimer et rire à nos amours,Sur la lampe et les fronts intimesL’éloignement veille toujours !

Dans le salon aux nuits splendides,Le froid nous glace les genoux,Les grands murs sont noirs et placides.Tu ne dis rien, bien loin de nous…

Quand l’heure approche où tout sommeille,Quand le foyer tiède est berceur,Nous forçons, forçons notre veille,Épouvantés par ta douceur !

Quand tout repose dans les villes,Dressés comme sous une loi,Nous sentons à nos doigts fébrilesLa fenêtre s’ouvrir à toi !

Sacrés, somptueux, en silence,Nous voyons naître en la citéCe frisson de magnificenceDont tressaille la vérité…

Et poursuivis par ton absence,En quête de paix sans espoir,Parmi l’heure qui nous encense,Descendons aux jardins du soir…

Là, jusqu’au ciel bleuâtre et sombre,La vie est grande comme un roi.Les troncs resplendissent dans l’ombre,La gloire qui passe, c’est toi !

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a nôtre / autre féminine, classiqueb secours / toujours masculine, classiquea hasardent / regardent féminine, classiqueb adieu / dieu masculine, classiquea invincible / impassible féminine, classiqueb las / là-bas masculine, classiquea silence / distance féminine, classiqueb d’éternité / d’immobilité masculine, classiquea victimes / intimes féminine, classiqueb amours / toujours masculine, classiquea splendides / placides féminine, classiqueb genoux / nous masculine, classiquea sommeille / veille féminine, classiqueb berceur / douceur masculine, classiquea villes / fébriles féminine, classiqueb loi / toi masculine, classiquea silence / magnificence féminine, classiqueb cité / vérité masculine, classiquea absence / encense féminine, classiqueb espoir / soir masculine, classiquea sombre / l’ombre féminine, classiqueb roi / toi masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources