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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Pleureuses, 1895· Les choses

L’habitude

Henri Barbusse· 16 quatrains, hexasyllabes et alexandrins, 64 vers

Et leurs yeux pleureront tout seuls…

Un soir triste me prend‖ après les jours de flammeDans son repos dormant ;Mes souvenirs sont seuls,‖ ils ont perdu leur âmeEt vont tout doucement.

Maintenant tout est mort‖ dans ma morne vieillesseEt sur mon front pâli,Où le bonheur paisible‖ a jeté sa tristesse,A jeté son oubli.

Le temps lava mon âme‖ aux sanctuaires d’ombres,Le temps, calme reflux,Et je marche guidé‖ par de douces mains sombres,Que je ne connais plus.

Comme un fleuve tranquille‖ et pâle dans ses rivesSous le deuil des rameaux,Ma voix sans souvenir‖ a des formes plaintivesQui pleurent sur les mots.

Je laisse sans penser‖ rêver ma vue errante,Aux horizons voilés,Et je porte avec moi‖ mon âme indifférenteEt mes yeux désolés.

Je m’en vais dans le bois‖ parmi la nuit pensive,La nuit, parmi la paix,Avec ma marche lente‖ et mon âme attentive,Comme si j’écoutais.

Et tout seul, sans un mot,‖ parmi les sentiers videsDes sous-bois où j’allais,Pendant quelques instants‖ j’aurai les mains timidesComme si tu tremblais.

La nuit, quand le sommeil‖ tombe des hautes branchesComme une mort d’espoirs,J’irai voir l’azur calme‖ et les étoiles blanchesParmi les rameaux noirs.

J’irai voir, morne et doux,‖ comme l’hiver s’effeuille,Quand le vent fait gémirLe bois mystérieux,‖ le bois qui se recueilleEt qui va s’endormir.

Les hommes penseront‖ au vieux passé qui tremble,Les vieux, vagues aïeuls…Avec leurs yeux vivants‖ ils nous verront ensemble,Nous qui sommes tout seuls.

Ils croiront que j’attends‖ doucement que tu viennesSur la route où je viens ;Ils croiront que mes mains‖ pensent encore aux tiennesEt mes regards aux tiens.

Ils ne comprendront pas‖ que nos âmes sont closesAux regards du réel.Ils ne savent pas bien‖ quelle est la mort des chosesQui pleurent sous le ciel.

Qu’il ne nous est resté‖ que la forme sans rêve,Et que l’humble décor,Que nous n’avons gardé‖ que le rêve du rêve,Et que le reste dort.

Puisque les libertés‖ dorment de lassitudeAux cœurs vides de deuil,Oh ! puissé-je garder‖ la suprême habitudeDe révolte et d’orgueil !

Oh ! puissé-je en remplir,‖ sourd à la voix du blâme,Sourd aux cris du remords,Mes deux bras qui seront‖ la tombe de mon âmeAvec leurs gestes morts.

Redresse-toi, géant‖ de pierre, être paisible,De toute ta hauteur ;Et que des cris d’orgueil‖ dans ta tête impassibleMontent avec lenteur.

Versification

Forme
16 quatrains (quatrains)
Rimes
16(abab)
Mètre
Hexasyllabes et alexandrins (32 de 6, 32 de 12)· profil 6, 6+6
Strophes
16 quatrains
Mots à la rime
a flamme / âme féminine, classiqueb dormant / doucement masculine, classiquea vieillesse / tristesse féminine, classiqueb pâli / oubli masculine, classiquea d’ombres / sombres féminine, classiqueb reflux / plus masculine, classiquea rives / plaintives féminine, classiqueb rameaux / mots masculine, classiquea errante / indifférente féminine, classiqueb voilés / désolés masculine, classiquea pensive / attentive féminine, classiqueb paix / j’écoutais masculine, classiquea vides / timides féminine, classiqueb j’allais / tremblais masculine, classiquea branches / blanches féminine, classiqueb d’espoirs / noirs masculine, classiquea s’effeuille / recueille féminine, classiqueb gémir / s’endormir masculine, classiquea tremble / ensemble féminine, classiqueb aïeuls / seuls masculine, classiquea viennes / tiennes féminine, classiqueb viens / tiens masculine, classiquea closes / choses féminine, classiqueb réel / ciel masculine, classiquea rêve féminine, classiqueb décor / dort masculine, non classiquea lassitude / habitude féminine, classiqueb deuil / d’orgueil masculine, classiquea blâme / âme féminine, classiqueb remords / morts masculine, classiquea paisible / impassible féminine, classiqueb hauteur / lenteur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources