Les Pleureuses, 1895· Le silence des pauvres
L’oubli
Je ne la verrai presque plus…
Je n’ai rien en moi qui résisteÀ ce qui fuit tout doucement.Je n’ai rien en moi qui m’assiste…Je m’assois au rayon dormant,J’écoute passer le jour triste,Je suis triste tout simplement.
Dans la cour une voix ravieChante un refrain toujours pareilSur la route toujours suivie.Un rayon coule en ce sommeil ;Je sens le calme de la vieQui ne dit rien dans le soleil.
Mon mal est fini comme un drame.Nul remords, n’importe lequel.Le soleil traîne avec sa flammeSur le mur, silence éternel.Et le jour passe dans mon âmeComme s’il passait dans le ciel.
Je n’ai que la mélancolieD’avoir bien fini de souffrir ;Doucement, dans l’heure pâlie,Le rayon pâle vient s’offrir…Le printemps commence et j’oublie,Je vais vivre, je vais mourir.
Humble dans le soleil modeste,Je sens tout m’abandonner, tout.J’oublie un peu dans chaque geste.Tout s’endort, je ne suis plus fou.Ta chanson s’éloigne et je reste,Et je ne pleure pas beaucoup.
Pourtant, le long des grands espacesParfois, il tressaille un adieu ;Parfois, à mes paupières lasses,Le jour tendre frémit un peu,Toi qui t’en vas, toi qui t’effaces,Toi qui montes dans le ciel bleu.
Un reste de lumière trôneAu firmament déjà bien noir ;Par la pauvre fenêtre jauneLe ciel a tremblé sans savoir ;Ton souvenir est une aumôneDans la misère de ce soir.
Versification
- Forme
- 7 sizains (sizains)
- Rimes
- 7(ababab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 7 sizains
- Mots à la rime
- a résiste / m’assiste / triste féminine, classiqueb doucement / dormant / simplement masculine, classiquea ravie / suivie / vie féminine, classiqueb pareil / sommeil masculine, classiqueb soleil / lequel masculine, classiquea drame / flamme / âme féminine, classiqueb éternel / ciel masculine, classiquea mélancolie / pâlie / j’oublie féminine, classiqueb souffrir / s’offrir / mourir masculine, classiquea modeste / geste / reste féminine, classiqueb tout / fou / beaucoup masculine, classiquea espaces / lasses / t’effaces féminine, classiqueb adieu / peu / bleu masculine, classiquea trône / jaune / aumône féminine, classiqueb noir / savoir / soir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources