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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Pleureuses, 1895· Le silence des pauvres

La dernière nuit

Henri Barbusse· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

L’accueil tranquille et pur
Que toute cette nuit donne à tes nuits errantes…

Vois, l’azur magnifique‖ a des lueurs errantes,Et puisque le silence‖ est comme un reposoir,Baisse ton pauvre front‖ et tes deux mains souffrantesSous toute la clarté‖ qui te bénit ce soir.

L’azur resplendissant‖ vêt le calme de l’heure,Tout va fermer les yeux‖ dans ce soir solennel,Les astres en silence‖ attendent que je meureEt l’ombre se recueille‖ et le temps monte au ciel.

Ô calme souvenir,‖ ô reine désolée,Puisque tout va mourir‖ avec la nuit qui meurt,Va-t’en tout doucement‖ dans ta robe étoiléeAvec ton voile d’ombre‖ et de vague rumeur.

Ô reine, cette nuit‖ on dirait que tu pleures,Cette nuit, c’est le triste‖ et le suprême accueil…Va-t’en tout doucement‖ le long des calmes heuresAvec tes yeux mi-clos‖ sur tes regards en deuil.

Tu pars avec la foi‖ baignant tes yeux célestesEt ton front incliné‖ de toutes les douleurs,Avec le grand oubli‖ qui s’endort dans tes gestes,Tes gestes qui frôlaient,‖ muets comme des fleurs.

La plaine est en repos‖ comme un champ de bataille,La tristesse pardonne‖ aux cris lointains du jourEt mon âme ce soir‖ s’attendrit et tressailleAinsi qu’une douleur‖ devant des yeux d’amour.

Oh ! la lumière en pleurs‖ descend dans l’étendue,Et le ciel somptueux‖ frémit comme un grand deuil.Je vois au fond du soir‖ trembler, l’âme perdue,Les grands cierges déserts‖ qui veillent sur le seuil.

Tout entière la nuit‖ s’adoucit comme une âme,Je sens autour de moi‖ la douleur du ciel pur,Les pauvres souvenirs‖ qui veillent sur la flammeEt qui seront drapés‖ dans des sanglots d’azur.

La terre grise attend‖ dans l’heure désolée,J’entends le vent lointain,‖ j’entends le vent souffrir,Pauvre ange sans couleur‖ perdu dans la vallée…Les fleurs en touffes d’or‖ sont tristes à mourir…

Et tout va reposer‖ du repos de lumière ;Du fond de l’horizon‖ un grand sanglot voiléTraverse lentement‖ le silence en prière.L’hymne de chaque soir‖ erre au ciel étoilé.

Sans borne, un océan‖ s’attriste sur le sable.Dans un dernier élan‖ le vent est mort de froid…L’horizon s’est noyé‖ dans l’ombre inconsolableEt toute la nuit pleure,‖ et j’ai pitié de moi !

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a errantes / souffrantes féminine, classiqueb reposoir / soir masculine, classiquea l’heure / meure féminine, classiqueb solennel / ciel masculine, classiquea désolée / étoilée féminine, classiqueb meurt / rumeur masculine, non classiquea pleures / heures féminine, classiqueb accueil / deuil masculine, classiquea célestes / gestes féminine, classiqueb douleurs / fleurs masculine, classiquea bataille / tressaille féminine, classiqueb jour / d’amour masculine, classiquea l’étendue / perdue féminine, classiqueb deuil / seuil masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb pur / d’azur masculine, classiquea désolée / vallée féminine, classiqueb souffrir / mourir masculine, classiquea lumière / prière féminine, classiqueb voilé / étoilé masculine, classiquea sable / inconsolable féminine, classiqueb froid / moi masculine, non classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.5

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources