Les Pleureuses, 1895· La haine
La haine
Malgré toi la beauté me brave.
Nous sommes tous les deux ensembleNous, les amants à l’infini,L’ouragan pleure et le ciel tremble…Nous n’avons rien qui nous unit !
Nous regardons le soir célesteQui se plombe et tombe sans fin,Et le silence nous déteste,Et notre amour a toujours faim.
Tandis que l’ombre nous azureAinsi qu’un grand couple éternel,Le silence comme un murmureRemplit la chambre jusqu’au ciel.
Et lorsque la nuit souveraineT’étoile de son vieux reflet,Je sens comme une grande haineQui nous sépare et qui se tait.
Je t’aime pourtant, oh je t’aimeDemi-pleurante en tes attraits,Et vague, avec ton diadèmeOù frissonnent les astres vrais.
Presque cachés par l’heure sombre,Je vois surgir blanches, sans bruit,Les mains que tu tends à mon ombreDans les abîmes de la nuit.
Et lorsqu’un grand rayon t’éclaireJe devine invinciblementQue je ne sais pas la lumière,Que l’on s’ignore, et que l’on ment !
J’avais rêvé comme un apôtreD’inaccessibles unions ;Nous sommes l’un auprès de l’autre,Il faut que nous nous haïssions !
Hélas, lorsque mon âme est pleineDe tant d’impuissance et d’adieu,Je souffre d’avoir tant de haineEt je voudrais t’aimer un peu…
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a ensemble / tremble féminine, classiqueb l’infini / unit masculine, non classiquea céleste / déteste féminine, classiqueb fin / faim masculine, classiquea azure / murmure féminine, classiqueb éternel / ciel masculine, classiquea souveraine / haine féminine, classiqueb reflet / tait masculine, classiquea t’aime / diadème féminine, classiqueb attraits / vrais masculine, classiquea sombre / ombre féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea t’éclaire / lumière féminine, classiqueb invinciblement / ment masculine, classiquea apôtre / l’autre féminine, classiqueb unions / haïssions masculine, classiquea pleine / haine féminine, classiqueb d’adieu / peu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources