Les Pleureuses, 1895· Messe du passé
Nous nous sommes revus
Le silence est un pardon
Plus triste.
Nous avons eu le jour‖ et le matin livideEt le rêve éternel‖ que nous rêvions en vain…Nous avons eu la vie‖ avec sa place videEt le large soleil‖ sans parole et sans pain !
Nous avons eu la paix‖ de toutes les journées ;Les rêves de voix basse‖ et les repos trop lourds.Et nous nous en allons‖ avec nos destinéesEt nos yeux désolés‖ se chercheront toujours.
Oh ! que tu dois souffrir‖ tandis que l’ombre rampe,Que la chambre s’emplit‖ de la pâleur des cieux,Que le soir indolent‖ en attendant la lampeFais toute attente grise‖ auprès des rideaux vieux.
Que t’importe à présent‖ l’espoir crépusculaire,Assise avec le soir,‖ douce sainte d’amour.Oh ! tu ne songeais plus‖ à lever ta paupièreVers le côté divin‖ d’où tombe un peu de jour.
Passons, passons toujours,‖ errons où nous errâmesEt regardons l’espace‖ à nos yeux étendus,Pauvres gens isolés‖ dans le parc, pauvres âmesQui voulions retrouver‖ le paradis perdu !
Tout est mort, tout est mort,‖ l’azur et l’innocence,Et ce que veille l’ombre‖ et ce qui nous attend,Et tout ce qu’on bénit‖ quand on passe en silenceEt tout ce qu’on écoute‖ et tout ce qu’on entend.
Parcourons le vieux parc‖ qui jadis fut le nôtre,Le parc de vieux étangs,‖ de feuilles et d’amours,Marchons désespérés‖ et très doux l’un à l’autre…Oh ! la vie, oh ! le mal‖ de s’en aller toujours !…
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a livide / vide féminine, classiqueb vain / pain masculine, classiquea journées / destinées féminine, classiqueb lourds / toujours masculine, classiquea rampe / lampe féminine, classiqueb cieux / vieux masculine, classiquea crépusculaire / paupière féminine, classiqueb d’amour / jour masculine, classiquea errâmes / âmes féminine, classiqueb étendus / perdu masculine, non classiquea l’innocence / silence féminine, classiqueb attend / entend masculine, classiquea nôtre / l’autre féminine, classiqueb d’amours / toujours masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Pleureuses, Paris, Ernest Flammarion, éditeur, 1920· numérisation poesies.net· Sources