Poésies de Benserade, 1697· Stances, sonnets, épigrammes, etc.
Plainte d’un Amant à sa Maîtresse
LISEZ-LES devant mon rival,Ces vers où je me plains‖ de l’humeur dont vous estes ;Et riant avec luy‖ du sujet de mon mal,Songez quel honneur vous vous faites.
S’il vous aime, il n’aimera pointCette humeur, quoy-qu’enfin‖ il y trouve son compte ;Et je ne pense pas‖ que jamais sur ce pointVous luy puissiez faire un bon conte.
Dites-luy qu’avec peu d’effortVous rompez les liens‖ d’une amour infinie ;S’il en rit de bon cœur‖ et qu’il vous aime fort,Il est de bonne compagnie.
Il en a beau faire le fin,Si ma chute luy plaît,‖ l’exemple l’importune ;Quelque établi qu’il soit,‖ peut-estre mon chagrinFait trembler sa bonne fortune.
Quand l’objet est léger et vain,Le dernier soûpirant‖ se doit tenir alerte ;Qu’auroit-il plus que moy ?‖ j’ay fait le même gain,Il peut faire la même perte.
Chacun débite sa douceur,Chacun, en fait d’amour,‖ se supplante et se choque ;Et je gage déjà‖ que de mon successeurQuelqu’un regarde la défroque.
À vôtre gré prenez l’essor,Je n’en murmure point,‖ ce n’est plus mon affaire ;Mais, entre nous, combien‖ prétendez-vous encorAvoir d’inconstances à faire ?
Tout passe, les attraits s’en vont ;Et quand vous n’aurez plus‖ cette grande jeunesse,Eussiez-vous, s’il se peut,‖ un caprice plus pront,On vous gagnera de vîtesse.
S’il reste vers ces derniers tempsQuelque trait à vos yeux‖ de leurs traits adorables,Ils vous feront au moins‖ tout autant d’inconstansQue vous faites de misérables.
Pour vous payer, on vous rendraCette infidélité‖ qui n’épargnoit personne ;Et de vôtre printemps‖ la faute deviendraLe supplice de vôtre automne.
Vous verrez avecque rougeurVos charmes ne donner‖ que de foibles atteintes ;Et nous pourrons bien voir‖ quelque mépris vengeurNaître de vos grâces éteintes.
Mais malgré le dépit que j’ay,Le ciel garde pourtant‖ vôtre beauté parfaite ;Encore que je sois‖ un amant outragé,Je désire estre un faux prophète.
Versification
- Forme
- 12 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 12(abab)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (24 de 8, 24 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 12 quatrains
- Mots à la rime
- a rival / mal masculine, classiqueb estes / faites féminine, classiquea point masculine, classiqueb compte / conte féminine, classiquea d’effort / fort masculine, classiqueb infinie / compagnie féminine, classiquea fin / chagrin masculine, classiqueb l’importune / fortune féminine, classiquea vain / gain masculine, classiqueb alerte / perte féminine, classiquea douceur / successeur masculine, classiqueb choque / défroque féminine, classiquea l’essor / encor masculine, classiqueb affaire / faire féminine, classiquea vont / pront masculine, classiqueb jeunesse / vîtesse féminine, classiquea temps / d’inconstans masculine, classiqueb adorables / misérables féminine, classiquea rendra / deviendra masculine, classiqueb personne / automne féminine, classiquea rougeur / vengeur masculine, classiqueb atteintes / éteintes féminine, classiquea j’ay / outragé masculine, classiqueb parfaite / prophète féminine, équivalente
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Benserade, Paris, Librairie des bibliophiles, 1875· numérisation wikisource.org· Sources