Œuvres complètes de Béranger, 1839
Colibri
Air : Garde à vous ! (de la Fiancée)
Mes amis,J’ai soumisL’enfer à ma puissance.De son obéissanceJ’ai pour gage certainUn lutin. (bis.)Sous forme d’oiseau-moucheÀ mon chevet il couche.Lutin doux et chéri,Baisez-moi, Colibri,Colibri ! (ter.)
S’éveillant,Babillant,Au jour qui naît et brille,Son petit corps scintilleD’émeraude et d’azurEt d’or pur.Fleur qui cherche sa tige,Le voilà qui voltige :L’aurore en a souri.Baisez-moi, Colibri,Colibri !
Je le vois,À ma voix,Voler vers qui m’implore.Ses ailes font écloreRichesse, honneurs, amoursEt beaux jours.Quelque soif qui m’embrase,Il peut remplir le vaseQue ma bouche a tari.Baisez-moi, Colibri,Colibri !
Je puis voirSon pouvoirFranchir l’espace et l’onde,Du Pérou, de GolcondeM’apporter, dans nos ports,Les trésors.Mais, non ; point d’opulence,Quand un peuple en silenceSouffre et meurt sans abri.Baisez-moi, Colibri,Colibri !
Je puis voirSon pouvoirMe donner des couronnes,Des palais à colonnes,Des gardes et l’amourD’une cour.Mais, non ; j’en sais l’histoire :Le monde, à tant de gloire,De douleur pousse un cri.Baisez-moi, Colibri,Colibri !
Demandons,Pour seuls dons,Simple toit, portes closes,Des chants, du vin, des roses,Et la paix d’un reclus,Rien de plus.Mon paradis s’arrange,Dieux ! et l’oiseau se changeEn piquante houri.Baisez-moi, Colibri,Colibri !
66 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources